Les événements en Tunisie ouvrent la perspective du renversement du régime dictatorial de Ben Ali et sa clique mafieuse. Les jeunes protestent contre le chômage et la vie chère. Le gouvernement répond par la répression. Les promesses de Ben Ali ne valent rien. Il dit avoir les moyens de créer 300 000 emplois. Mais dans ce cas, pourquoi avait-il laissé dans la misère 300 000 chômeurs qui avaient besoin de ces emplois ? Les engagements de Ben Ali sont illusoires, mais la violence des forces de l’ordre et les dizaines de manifestant abattus sont, eux, bien réels – comme l’est l’arrestation du dirigeant du Parti Communiste des Ouvriers Tunisiens, Hamma Hammami.

Si le mouvement actuel se généralise, et surtout si les travailleurs l’appuient par un puissant mouvement de grève, ce gouvernement d’assassins finira par tomber. Mais Ben Ali n’est pas le seul problème à régler. Le régime en place est inextricablement lié aux capitalistes en Tunisie, en France et ailleurs, pour qui la Tunisie est une source d’immenses richesses. Incapables de développer l’économie, ce sont des parasites qui profitent directement des salaires de misère et des conditions de travail indignes. A l’exception de la classe dirigeante, les Tunisiens ont été transformés en un peuple d’esclaves au service de l’industrie touristique et de la sous-traitance. La corruption gangrène les échelons supérieurs de l’administration. Le chômage de masse sert les intérêts des capitalistes en intimidant les travailleurs qui ont la « chance » d’avoir un emploi.

Ben Ali couronne tout ce système. Il le protège et le pérennise. Avec ses policiers, ses mouchards, ses prisons, sa presse muselée et ses médias aux ordres, il voulait interdire toute contestation et toute possibilité de révolte. Mais l’aggravation des conditions de vie de ces dernières années a fini par provoquer une explosion. Les suicides de jeunes, poussés au désespoir par la misère et l’injustice, en ont fourni l’étincelle. Ben Ali traite les jeunes manifestants de « terroristes » et évoque l’implication d’Al Qaida. C’est tout simplement ridicule. La révolte actuelle plonge ses racines dans le sort que subissent les travailleurs et la jeunesse tunisienne, depuis des décennies.

La réaction du gouvernement français ne devrait surprendre personne. Face à la mobilisation populaire des Tunisiens, Michelle Alliot-Marie n’a pas hésité à proposer d’aider la dictature à « rétablir l’ordre » au plus vite ! Le capitalisme français a des intérêts considérables – et très profitables – en Tunisie, et ne voudrait pour rien au monde que ce soulèvement vienne troubler ses affaires.

Le gouvernement Sarkozy et les capitalistes français sont en train de détruire l’économie nationale. Les services publics sont saccagés, le chômage et l’emploi précaire se généralisent et s’aggravent. La production chute, tout comme les exportations et les importations, qui ont enregistré une baisse de 17 %, en 2010. Cette situation n’existe pas qu’en France. Le capitalisme a plongé toute l’Europe dans une crise économique extrêmement grave, qui a eu des répercussions désastreuses dans tous les pays du Maghreb. Le capitalisme a ruiné les Etats. A force de verser des milliards pour « stimuler » la rentabilité et remettre à flot les banques que des opérations spéculatives menaçaient de couler, les Etats ont, à leur tour, accumulé des dettes colossales. En conséquence, l’Europe et la France ne pourront pas connaître une reprise économique significative dans les années à venir. Cette situation aggravera la misère des jeunes et des travailleurs de Tunisie, du Maroc et d’Algérie.

Il est impossible de savoir à l’avance si la révolte actuelle se transformera en une révolution, à court terme. Cette possibilité est inhérente à la situation. Mais le facteur décisif est celui de l’entrée en action des travailleurs tunisiens – qui, à la différence des jeunes chômeurs, ont le pouvoir de paralyser toute l’économie et toute l’administration du pays. Sous la pression du mouvement, la direction nationale de l’UGTT a appelé à deux heures de grève générale pour demain, vendredi 14 janvier. Une solide grève générale laisserait suspendus en l’air, non seulement Ben Ali, mais aussi tous les grands capitalistes exploiteurs qui soutiennent son régime. L’armée et la police ne suffiraient plus pour protéger le régime.

Beaucoup de soldats sont issus du peuple et sont solidaires des manifestants. Mais ils se demandent combien de temps ce mouvement va durer et à quoi il va aboutir. S’ils défiaient les chefs militaires et si le mouvement s’essoufflait, ils en payeraient les conséquences, eux et leurs familles. La vengeance du régime serait terrible. Mais si le mouvement prend véritablement une ampleur de masse, notamment par le biais d’une grève générale, une fraction importante des forces armées pourrait se rallier à la cause du peuple. C’est alors que s’ouvrirait une période de révolution et la possibilité d’en finir avec le capitalisme en Tunisie – et, par contagion, dans l’ensemble du Maghreb. En France et à travers l’Europe, une telle évolution donnerait une puissante impulsion à la lutte des travailleurs contre le capitalisme.

SOLIDARITE AVEC LE PEUPLE TUNISIEN !
Manifestation samedi 15 janvier, à Paris, place de la République, à 14h.
Manifestation samedi 15 janvier, à Toulouse, place Jeanne d’Arc, à 11h

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