Le samedi 21 septembre, des militants de La Riposteassistaient au débat « Travailleuses et droit syndical. Quels enjeux pour les femmes en Tunisie ? », organisé à la Bourse du travail de Paris par le Comité de soutien aux syndicalistes de Latelec-Fauchana. Ces ouvrières tunisiennes, harcelées et licenciées abusivement, se trouvent en France depuis le 12 septembre pour faire connaître leur lutte et recueillir du soutien en France en organisant débats et réunions publiques. Dans une salle pleine et lors d’un débat animé, les militantes tunisiennes ont ainsi expliqué les développements d’une lutte exemplaire par leur courage et leur détermination. Le débat a aussi été l’occasion d’offrir un éclairage saisissant sur les combats syndicaux dans le contexte révolutionnaire tunisien, et dans celui plus général de la lutte pour l’émancipation des femmes.

Combativité ouvrière et répression patronale

La SEA Latelec est une usine dans la banlieue de Tunis, Fouchana, qui appartient au groupe Latécoère, fabriquant d’équipements et sous-traitant pour Airbus et Dassault. En 2005, Airbus a délocalisé à Fouchana une partie de la production de câblage, dans le but d’exploiter une main d’œuvre qualifiée mais de faible coût.

Le débat à Paris a permis de faire émerger le lien avec le contexte particulier de la Tunisie. Assurément le climat combatif autour de la révolution tunisienne de 2010-2011 a eu également des répercussions dans cette usine : les travailleuses ont alors commencé à se battre pour l’encadrement des heures supplémentaires, l’augmentation des salaires et le respect des normes d’hygiène et de sécurité. Organisées au sein de l’UGTT – la principale centrale syndicale du pays, qui a joué un rôle déterminant dans le renversement de Ben Ali –, elles ont enchainé grèves, débrayages et manifestations, sans jamais baisser la tête devant la répression patronale. La direction de Latécoère a en effet répondu par la force : projet de délocalisation temporaire en France de la production et politique de harcèlement antisyndical systématique.

Des centaines de salariées se sont retrouvées au chômage. 200 postes d’intérimaires ont étés supprimés depuis octobre 2012 et 200 autres suppressions ont été annoncées d’ici fin 2013. Des menaces de mort ont été adressées à certaines travailleuses. Parmi les licenciements, il y a ceux abusifs des trois déléguées syndicales présentes en France pour raconter leur lutte.

Une lutte exemplaire

La lutte de Latelec-Fouchana n’est pas seulement exemplaire de la situation tunisienne, elle l’est en général pour tous les travailleurs qui, du fait de la crise du capitalisme, subissent une dégradation de leurs conditions du travail. La logique concurrentielle au sein de l’industrie aéronautique internationale a poussé les capitalistes du secteur à déclencher une répression féroce contre les travailleurs. L’amélioration des conditions de vie des travailleuses de Fouchana est incompatible avec la logique de rentabilité inhérente au capitalisme. Ainsi la situation à Latelec est bien exemplaire des conséquences de la crise de ce système.

L’exemplarité de ce combat réside aussi dans le fait que 90 % des travailleurs de l’usine de Fouchana sont des femmes. Leurs salaires sont moindres que ceux des hommes et le harcèlement à leur encontre est encore plus féroce. Or c’est par la lutte que ces femmes ont pu revendiquer avec rage leur droit au travail, leur dignité de femme et leur rôle dans la société en général. Les travailleuses de Latelec sont un exemple de courage pour toutes les femmes de la classe ouvrière souhaitant se battre pour leur émancipation.

Révolution, qui a adhéré au comité de soutien, publiera prochainement une interview des déléguées syndicales présentes au débat, dans le but de faire connaître dans le mouvement ouvrier français cette lutte exemplaire qui mérite la solidarité et le soutien actif des travailleurs de France et d’ailleurs.

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