Nous relayons ci-dessous le communiqué de la CGT Latécoère publié ce matin. Implantée à Toulouse depuis 1917, Latécoère est une entreprise historique de la construction aéronautique française.


Pour la 1ère fois depuis 40 ans, une grève dure chez Latécoère

Pour la 1ère fois depuis 1972, Latécoère est en grève pour une durée illimitée depuis ce mercredi matin. Le feu couvait depuis des années ; il vient de prendre.

Les 1ères décisions de nos tout nouveaux actionnaires – au 1er rang desquels les fonds d’investissement anglo-saxons Apollo et Monarch – ne sont pas étrangères à cet embrasement : augmentation substantielle de la rémunération des membres du conseil d’administration (dont M. Gadonneix est le président et un des heureux bénéficiaires desdites augmentations) et attribution d’actions gratuites au management du groupe pour un montant total, au cours actuel de l’action, voisin de 10 millions d’euros.

Ces décisions calamiteuses ont été prises alors que les salaires ont été gelés cette année ; alors que tous les objectifs industriels ont été atteints ; alors que la direction n’a de cesse de louer les efforts et la performance des salariés et alors que la situation financière du groupe est assainie.

Il n’en fallait pas autant pour enflammer notre vieille et belle usine. Elle est en danger ; nous la défendons.

Nos revendications : respect de la négociation collective et augmentation générale des salaires

Sans aucun égard pour les organisations syndicales et pour la négociation collective, la direction a imposé cette année aux partenaires sociaux sa décision unilatérale de gel des salaires et des carrières. Il n’y eut qu’une parodie de négociation ce que nous, syndicat CGT Latécoère, avons contesté tout au long de l’année. Ce que nous revendiquions, revendiquons et avons revendiqué est pourtant fort raisonnable : rouvrir ces négociations sur la base d’une augmentation générale de 50 €.

Les racines de la grève

Elles sont nombreuses et anciennes :

- Les salaires d’abord. Chez Latécoère un ouvrier qualifié avec 10 ans d’ancienneté gagne péniblement 1400 € nets par mois ; c’est indécent. Fin de la politique d’alignement salarial sur Airbus, 2 gels des salaires en 5 ans, pas de prime de participation depuis Mathusalem, peu de promotions : nous sommes au pain sec.

- L’emploi ensuite. Depuis longtemps déjà nos ateliers se vident de leurs ouvriers : 176 fin 2009, 127 au 30/09/2015. Dans le même temps, l’activité et le chiffre d’affaires (650 M€ pour le groupe en 2015) ont explosé, mais c’est désormais aux 4 coins du tiers monde – au Mexique depuis peu, au Maroc bientôt, en Moldavie peut-être – que cette activité se fait. Fait nouveau, les bureaux aussi se vident et les cols blancs aussi s’inquiètent. Le ralentissement brutal et durable des activités d’étude – pas de nouvel avion à développer avant 10 ou 15 ans – ne manque pas d’interroger cruellement nos collègues ingénieurs et techniciens de bureau d’étude quant à leur avenir.

Nuit et brouillard. Anxiogène hier quand l’endettement du groupe était colossal, la situation ne l’est pas moins aujourd’hui. En effet nos nouveaux actionnaires, s’ils ont effectivement apuré la dette et apporté de l’argent frais, ont aussi acquis une sorte de créance sur Latécoère dont aucun salarié ne doute qu’ils sont très pressés de la recouvrer. A ceci s’ajoute le fait qu’à ce jour la direction n’a présenté aux salariés aucun projet industriel précis ; nous ne savons pas où nous allons.

Durcissement des relations sociales.   Dialogue social bafoué, multiplication des sanctions disciplinaires, management par objectifs déshumanisant, incitations appuyées à la « mobilité » : le vieux modèle paternaliste – qui n’était pas tendre et pour lequel nous n’avons aucune nostalgie – a été bousculé dans le sens du pire.

Vendredi 11 décembre à 10 h devant le siège de Latécoère au 135 rue Périole : grand rassemblement des salariés et de représentants de toute la métallurgie CGT du département ; conférence de presse.


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