Depuis le milieu des années 2000, la situation dans l’Education nationale n’a cessé de se dégrader. Alors que le nombre d’élèves a augmenté de 5 % entre 2005 et 2018, le nombre d’enseignants a baissé de 5 % [1]. De plus, entre 2001 et 2018, quelque 8000 écoles primaires ont été fermées, ce qui correspond à une baisse de 15 % du nombre d’écoles publiques. Dans le même temps, la part du PIB consacrée au budget de l’Education nationale est passée de 7,3 % à 6,7 %.

Suite à la crise mondiale de 2008, les différents gouvernements ont gelé le point d’indice qui détermine l’évolution de la rémunération des fonctionnaires. Or, depuis 2009, l’inflation globale a été de 11 %. Le pouvoir d’achat des enseignants – comme celui de l’ensemble des fonctionnaires – a donc nettement reculé.

Evo effectifs

Contre-réformes

Les dernières réformes s’inscrivent dans cette logique de réduction des coûts. Face à l’augmentation du nombre d’élèves et à la baisse du nombre d’enseignants, les différents gouvernements diminuent le nombre d’heures d’enseignement et augmentent le nombre d’élèves par classe. En 2016, avec la réforme du collège, les élèves ont perdu 10 % d’heures de mathématiques et de français, par exemple.

En 2018 et en 2019, le dédoublement des classes de CP et de CE1, dans les zones d’éducation prioritaires, a eu pour conséquence d’augmenter le nombre d’élèves dans les autres classes de l’école primaire.

La réforme Blanquer, avec la disparition des filières dans les lycées généraux et la mise en place des familles de métiers dans les lycées professionnels, fait augmenter le nombre d’élèves par classe et diminuer le nombre d’heures d’enseignement. Les conditions d’étude des élèves se détériorent et la charge de travail des enseignants augmente.

Mobilisation

L’année scolaire 2018-2019 a été marquée par d’importantes mobilisations des enseignants. Leurs revendications étaient nombreuses : ils rejetaient la réforme du lycée et du futur baccalauréat, ainsi que le projet de loi sur « l’école de la confiance ». Ils militaient aussi pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Mais les différentes journées de grève n’ont pas permis de faire plier le ministre de l’Education nationale.

Le 18 juillet 2019, le rapport Delevoye était publié. Selon ses préconisations, les enseignants perdraient en moyenne 30 % de leur pension de retraite. Avec des salaires qui baissent en pouvoir d’achat et des conditions de travail qui se dégradent d’année en année, cette perspective d’une baisse drastique des pensions a particulièrement mobilisé. Selon le ministère de la Fonction publique, le 5 décembre, 43 % des enseignants étaient en grève (entre 70 et 75 % selon les syndicats) ; le 10 décembre, 15 % (entre 30 et 60 % selon les syndicats) ; le 17 décembre, 22 %. C’est du jamais vu depuis le grand mouvement de 2003. Des milliers d’écoles ont été totalement fermées. Dans nombre d’établissements, le principal ou le proviseur s’est trouvé seul, ou presque pour accueillir les élèves.

Face à la grève historique des enseignants, Blanquer promet des primes supplémentaires en guise de revalorisation salariale, mais surtout une « redéfinition » du métier : c’est-à-dire une augmentation du temps de travail. Quelle provocation !

Aujourd’hui, les enseignants ont montré qu’ils étaient prêts à se battre. Les directions des syndicats de l’enseignement doivent appeler clairement à rejoindre les autres secteurs des travailleurs en grève reconductible.


[1] Sources : Insee et Depp

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