Les Etats Unis sont engagés sur le théâtre d’opération afghan depuis qu’ils sont parvenus à renverser le gouvernement des Talibans, fin 2001. Mais malgré tous leurs efforts, ils ont été incapables d’y établir un semblant de stabilité. Ils ont créé une apparence d’ordre à Kaboul, où est installé le gouvernement « national ». Mais hors de la capitale, ils contrôlent peu de choses, voire rien du tout. Les forces américaines ne contrôlent même pas un territoire équivalent à celui que contrôlait l’armée soviétique dans les années 1979-1989. Et en fait, les Etats-Unis ne cherchent même pas réellement à contrôler l’intégralité du territoire afghan.

Les Etats Unis entretiennent la fiction d’un « Afghanistan uni », sans fournir de troupes pour soutenir le pouvoir central. La Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (ISAF), conduite par l’OTAN, patrouille seulement à Kaboul et ses proches environs, tandis que les divers chefs de guerre régionaux et leurs milices contrôlent leurs territoires respectifs.

En conséquence, au lieu d’être défaits, Al-Qaida et ses sympathisants demeurent libre d’aller et venir et de mener des actions de guérilla « coup de poing ». Bien qu’Al-Qaida ne puisse plus utiliser l’Afghanistan comme base d’entraînement importante, elle est toujours active et se sert du pays comme base opérationnelle pour envoyer des combattants en Irak. Au regard des nombreuses affirmations de Blair et Bush selon lesquelles l’invasion de l’Irak se justifiait par la présence d’Al-Qaida, c’est assez ironique. En réalité, Al-Qaida n’était pas en Irak avant l’invasion - mais l’est certainement aujourd’hui !

Il est vrai que, depuis le 11 septembre, Al-Qaida n’est pas parvenue à mener d’action majeure contre un objectif américain. Mais elle s’est attaquée à des cibles « mineures », comme à Casablanca, Bali, Nadjaf, Riyad, etc. Surtout, Al-Qaida a clairement participé aux attaques contre les forces américaines en Irak. Tout ce que l’impérialisme américain est parvenu à faire, c’est étendre l’instabilité à d’autres parties de la région, en particulier au Pakistan. La région montagneuse de la frontière pakistano-afghane est poreuse, relativement peu surveillée, et ouverte à l’ethnie Pachtoune qui vit le long de la frontière. Al-Qaida a, en toute probabilité, déplacé ses principales forces dans cette région, où il est difficile d’opérer pour les troupes américaines.

Une offensive contre Al-Qaida serait pour l’administration Bush un excellent moyen de faire oublier à l’opinion américaine le désordre sanglant qui règne en Irak. Mais il y a un problème. Al-Qaida a des bases au Pakistan, qui est un allié important des Etats-Unis - et aussi un pays extrêmement instable. Washington a récemment commencé à renforcer sa pression sur Islamabad. Avec sa traditionnelle arrogance menaçante, l’impérialisme américain fait pression sur son « allié » Musharraf. Au fond, il lui dit : « ou vous vous occupez d’Al-Qaida, ou bien nous le faisons à votre place ! » Cela jette la panique dans les cercles dirigeants d’Islamabad.

Les Etats-Unis veulent une action décisive contre les Talibans, Al-Qaida et leurs sympathisants au Pakistan. Des évènements de taille ne tarderont pas à se produire dans la région. La frontière pakistano-afghane est une zone montagneuse, idéale pour les actions de guérilla. La frontière est elle-même poreuse, et permet des infiltrations constantes de la guérilla. L’hiver et la montagne excluent le déploiement de chars et d’autres équipements requis dans une guerre conventionnelle moderne. Ainsi, l’avantage technologique américain est considérablement réduit. Surtout, leurs ennemis peuvent compter sur l’appui et la sympathie de la population locale Pachtoune.

Ceci dit, le retour du printemps créera des conditions plus favorables à une nouvelle offensive américaine. Une intervention militaire américaine dans le nord du Pakistan provoquera une tempête. Les Pachtounes supportent péniblement les activités de l’impérialisme américain sur leurs terres. Depuis longtemps, les territoires de la frontière nord-ouest sont une zone dans laquelle l’armée pakistanaise ne peut s’aventurer sans risque. Toute tentative d’y lancer une offensive de grande envergure serait une aventure sanglante et très risquée.

Dans le but de prévenir une intervention américaine au Pakistan, Musharraf parle d’une offensive militaire pakistanaise majeure contre Al-Qaïda et ses soutiens dans les zones tribales. Mais cela créera de graves menaces pour son régime. Les fondamentalistes l’accusent déjà de trahison au sujet de ses tentatives de trouver un accord avec l’Inde sur la question du Cachemire. Une intervention dans la frontière nord-ouest accentuerait la fureur des fondamentalistes, qui ont des points d’appuis au sommet de l’armée et dans le nid de réaction que sont les services secrets pakistanais (l’ISI).

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