Les manifestations massives qui ont éclaté à Kaboul et dans de nombreuses villes d’Afghanistan, bravant les bâtons et parfois les balles des forces de sécurité, soulignent l’impasse où se trouvent les puissances impérialistes. La répression des manifestants a provoqué plusieurs dizaines de morts et de blessés graves. Parfois les policiers et les militaires de l’Armée Nationale Afghane (ANA) sont passés ouvertement du côté des manifestants. A plusieurs reprises, les militaires d’origine afghane ont même tourné leurs armes contre les soldats américains.

La cause immédiate de ce mouvement fut la décision de jeter des exemplaires du Coran dans l’incinérateur d’une base militaire, sous les yeux d’un groupe d’ouvriers afghans. De l’aveu des autorités militaires elles-mêmes, cet acte relevait de la « stupidité ». Mais ce serait une erreur de penser que l’offense faite à la religion explique à elle seule l’ampleur des mobilisations. Celles-ci ne font que révéler l’opposition quasi unanime des peuples d’Afghanistan – indépendamment de leur attitude envers les Talibans – à la présence des forces armées des Etats-Unis et de leurs alliés, dont la France.

L’invasion du pays a eu lieu en 2001, dans la foulée de l’attentat contre le World Trade Center. De par sa position géographique, l’Afghanistan était – et demeure – un enjeu stratégique majeur pour les grandes puissances. L’attentat du 11 septembre 2001, dans lequel aucun afghan n’était directement impliqué, a fourni le prétexte de l’invasion, dont le véritable objectif était de « sécuriser » le pays conformément aux intérêts militaires et économiques des Etats-Unis. Mais comme nous l’expliquions à l’époque, l’hostilité de la population afghane signifiait que pour « tenir » l’Afghanistan, il faudrait un quadrillage militaire du pays tout entier. Une « victoire » des impérialistes en Afghanistan ne pouvait pas se réduire à la prise de Kaboul. Elle impliquait la possibilité, à terme, de retirer les forces armées étrangères – ou de n’en laisser que quelques contingents, avec un gouvernement solidement installé et veillant à la protection des intérêts impérialistes. Or, une victoire de ce genre était, dès le départ, absolument impossible. Georges W. Bush, qui était certainement le président américain le plus borné et obtus de l’histoire, croyait pouvoir tout faire avec des bombes et des marines. Il projetait de placer non seulement l’Afghanistan, mais l’ensemble du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale sous la botte de l’impérialisme.

La vérité est la première victime de la guerre. La réalité de la situation sur le terrain contredit totalement la présentation qui en a été faite depuis le début. Pendant 11 ans, les communiqués des gouvernements et des généraux sur place prétendaient qu’ils allaient de « percée » en « percée », en passant par des « points de basculement » et des « tournants » innombrables. Et pourtant, tous les indicateurs du rapport de force sur le terrain – le nombre de morts et de blessés chez les militaires américains (+164 % entre 2010 et 2011), les attentats (+113 %) et les mutineries au sein de l’ANA – racontent une tout autre histoire, et ce malgré le renforcement massif des effectifs alliés. Le magazine Rolling Stone a publié des extraits d’un rapport préparé par le Lieutenant-Colonel Davis, que les autorités militaires ont refusé de rendre public. Davis écrit que « si les citoyens pouvaient connaître la situation sur le terrain, ils verraient le gouffre qui existe entre ce qui est dit par nos dirigeants et la réalité qui se cache derrière ». Il a interviewé des centaines d’officiers et de soldats du rang. Pour Davis, il est évident que les insurgés gagnent du terrain sur tous les fronts. Quant à l’ANA, il la décrit comme « une organisation à peine opérationnelle, qui collabore souvent avec l’ennemi ».

Le retrait programmé des forces américaines et françaises signe la défaite des puissances impérialistes. Pendant que les militaires sur place se font tuer par les Talibans, leurs gouvernements sont en train de négocier avec les chefs de ces mêmes Talibans au Qatar. C’est une capitulation qui ne dit pas son nom. Ces négociations n’aboutiront à rien de positif du point de vue des impérialistes. Quand ils quitteront l’Afghanistan, l’ANA va tout simplement s’effondrer. Le gouvernement corrompu de Karzaï – qui, lui aussi, discute avec les Talibans – tombera également. Il ne restera plus rien de leur passage en Afghanistan, si ce n’est la dévastation provoquée par plus d’une décennie de destructions, de souffrances et de mort. Sarkozy, comme Obama, déclare devant les cercueils des soldats tués qu’ils ne sont pas morts en vain. Mais hélas, ce n’est pas vrai. Ils sont morts dans une guerre menée dans l’intérêt exclusif des impérialistes. Leur courage serait digne d’une meilleure cause.

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