Pour la première fois depuis de nombreuses années, le 1er mai est redevenu synonyme de luttes sociales, aux Etats-Unis. En effet, c’est par centaines de milliers - 400 000 à Chicago, 75 000 à Denver, 20 000 à Orlando, 600 000 à Los Angeles - que des travailleurs avec ou sans papiers immigrés ont participé à une « journée sans immigrés », combinant grèves, boycotts et manifestations. Et bien que la plupart des manifestants étaient deslatinos, des milliers d’immigrés venus des quatre coins du monde étaient également présents, dont un bon nombre réclamaient le regroupement familial.

Cette journée était organisée pour protester contre une nouvelle loi visant à criminaliser davantage les immigrés, leur famille et ceux qui leur viennent en aide. Suivant cette loi, le simple fait de donner un verre d’eau à un clandestin ayant traversé le désert serait passible de prison. Il est également prévu d’accroître massivement les effectifs militaires et policiers à la frontière avec le Mexique, d’y construire un Mur de sécurité et d’utiliser toute la technologie moderne pour surveiller cette frontière - y compris les satellites.

Le 1er mai était en fait le point d’orgue de manifestations sans cesse plus importantes qui se sont déroulées dans de nombreuses villes, les semaines précédentes, et qui ont dépassé de loin les prévisions les plus optimistes. En trois semaines, on a assisté à la mobilisation de centaines de milliers de personnes, qui ont défilé dans plus de 130 villes américaines. Le 7 mars a mobilisé quelques 20 000 personnes à Washington. Le 10 mars, au moins 500 000 personnes ont manifesté à Chicago. Le 25 mars, 1 million de personnes sont descendues dans les rues de Los Angeles, 25 000 à Seattle, et des centaines de milliers dans d’autres villes petites et moyennes des Etats-Unis. Les 8 et 9 avril, ils étaient près de 500 000 à Dallas, et, le 10 avril, 125 000 à New York.

La réaction des cette couche particulièrement opprimée de la classe ouvrière a donc été massive, malgré les risques de licenciements et d’expulsion encourus. Comme nous l’ont rapporté nos camarades américains, le trait le plus marquant de ces manifestations était justement la joie qu’éprouvaient ces travailleurs de pouvoir enfin se montrer au grand jour, malgré leur statut d’illégaux, et de sentir leur nombre et leur force.

Les Etats-Unis comptent 40 millions de latinos, soit 14 % de la population. Aux cris d’« el pueblo unido, jamas sera vincido » (uni, le peuple ne sera jamais vaincu), les travailleurs immigrés ont fait un remake du film :Une journée sans mexicains. L’impact d’une telle journée de grève est énorme : dans de nombreuses industries, entreprises de service et du secteur agricole, un grand nombre de travailleurs sont sans-papiers. Dans la restauration, 1 travailleur sur 3 est sans papiers. D’après le Wall Street Journal, sur les 1,5 millions d’employés que compte l’industrie hôtelière, ils sont 150 000. Dans l’industrie agroalimentaire, ils sont 210 000 sur les 1,5 millions de salariés.

Ces salariés, dont on estime à 11 millions le nombre, aux Etats-Unis, occupent les métiers les plus difficiles, les plus mal payés et les plus dangereux. Privés de tout droit - comme celui de se syndiquer - et constamment menacés d’expulsion, ils constituent une main d’œuvre exploitable à merci sur laquelle repose des montagnes de profits capitalistes.

Aux Etats-Unis comme en France, l’immigration est directement liée à l’incapacité du système capitaliste à offrir le minimum de prospérité à chacun, sur la planète. Au cours des années 80 et 90, des politiques d’austérité ont été appliquées, sur ordre du FMI, dans les pays « en voie de développement ». Ces politiques étaient supposées permettre aux pays pauvres de rejoindre le club des pays riches. Mais en réalité, en Amérique latine comme ailleurs, elles ont eu pour conséquence d’aggraver la pauvreté de leur population - ainsi, par conséquent, que le nombre de leurs candidats à l’immigration illégale.

A ce stade, il y a un sentiment général d’ « unité des immigrants » - indépendamment de la classe sociale. Par exemple, de nombreux employeurs latinos ont soutenu le mouvement et ont autorisé les travailleurs de leur entreprise à participer à la journée du 1er mai. Cependant, ce « printemps » du mouvement ne durera pas indéfiniment. Dès lors que les intérêts des capitalistes latinos entreront en collusion avec ceux des travailleurs, le mouvement se divisera le long d’une ligne de classe. Les capitalistes d’origine immigrée qui ont acquis la citoyenneté américaine font partie des pires exploiteurs de leur communauté, car ils savent que les nouveaux arrivants n’ont d’autre choix que d’accepter les salaires et les conditions de travail qu’ils veulent bien leur donner.

Les véritables alliés des travailleurs sans-papiers sont les autres travailleurs américains. La lutte pour les droits des immigrés doit être liée à la lutte pour les droits sociaux, contre la guerre en Irak et contre un système capitaliste qui, même dans la première puissance mondiale, est synonyme de misère, de répression, d’humiliations et d’injustices quotidiennes.

Ces manifestations de masses ne sont qu’un avant-goût de ce qui va se développer, au fur et à mesure que d’autres secteurs de la société américaine rejoindront leurs frères et sœurs immigrés dans une lutte commune contre ce système décadent. De Tierra del Fuego jusqu’à l’Alaska, le peuple travailleur doit s’unir pour transformer le continent et mettre un terme, une fois pour toutes, à l’exploitation capitaliste.

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