Début décembre 2008, la direction de l’entreprise Republic Window & Door, aux Etats-Unis, annonçait que l’usine de Chicago allait fermer trois jours plus tard. Ce délai de trois jours était une violation flagrante de la loi fédérale, qui prévoit un préavis minimum de 60 jours. En réaction, quelque 300 travailleurs de Republic ont occupé l’usine et exigé le payement de différentes indemnités. Pour la première fois depuis les années 30, des travailleurs américains ont occupé leur lieu de travail. C’est un symptôme très important de l’humeur combative qui se développe, dans la classe ouvrière américaine. Alors que le patronat s’efforce de placer le poids de la crise sur les épaules des salariés, la lutte des classes est de nouveau à l’ordre du jour, aux Etats-Unis.

L’entreprise a déclaré que son chiffre d’affaires mensuel avait chuté de 25%, à 2,9 millions de dollars. Mais l’entreprise a continué de répondre aux commandes, jusqu’au dernier moment, de sorte que les salariés ont été pris par surprise par l’annonce de la fermeture.

La direction de Republic a expliqué aux travailleurs qu’elle devait fermer cette usine pour obtenir un prêt de sa banque, Bank of America (BoA). En réponse, les travailleurs de Republic ont organisé un rassemblement militant devant les bureaux de BoA.

Face à cette mobilisation, les dirigeants de Republic et de BoA ont accepté le principe d’une discussion avec des représentants syndicaux, le 3 décembre. Mais cette réunion a été sabordée par la direction de Republic, qui ne s’y est tout simplement pas rendue. C’est alors que le syndicat des salariés, United Electrical (UE), a décidé d’organiser l’occupation de l’usine, à laquelle 300 salariés ont participé, dans une ambiance très militante.

BoA est l’une des nombreuses grandes banques qui ont bénéficié d’une partie des 700 milliards de dollars du « plan de sauvetage » approuvé, en octobre 2008, par les Républicains et les Démocrates – y compris les deux candidats à la Maison Blanche. Ainsi, après avoir touché des milliards de dollars d’argent public, les banquiers refusent d’utiliser cet argent pour autre chose que leurs profits privés. Telle est la dure réalité du capitalisme !

L’occupation de l’usine a duré une semaine, pendant laquelle 300 travailleurs de Republic sont devenus un symbole de résistance pour toute la classe ouvrière américaine, qui est confrontée à une avalanche de fermetures et une montée en flèche du chômage. Des rassemblements de solidarité ont été organisés. Des messages de soutien ont afflué de tout le pays – et même du monde entier.

Après sept jours de lutte, BoA et différents organismes de crédit ont accepté de débloquer 2 millions de dollars pour indemniser les salariés de Republic. En conséquence, le 10 décembre, les travailleurs ont voté la fin de l’occupation, à l’unanimité.

Certes, malgré ce dénouement, des centaines de travailleurs ont tout de même perdu leur emploi. Seul le maintien de l’activité aurait constitué une réelle victoire. Mais dans le contexte de crise qui frappe l’économie américaine, l’exemple que ces salariés ont donné aux travailleurs de tout le pays est très important. Ils ont prouvé que seule la lutte – la lutte des classes – permet d’arracher des concessions au patronat. Melvin Maclin, dirigeant la section locale du syndicat UE, déclarait : « C’est important parce que cela démontre à tous les travailleurs que nous avons quelque chose à dire dans cette économie, parce que nous sommes la colonne vertébrale de ce pays. Ce ne sont pas les PDG. C’est le peuple travailleur. »

Les travailleurs de Republic ont ouvert la voie. Dans la période à venir, d’autres occupations auront lieu, aux Etats-Unis. Et tôt ou tard, l’expérience poussera les salariés à réclamer la nationalisation, sous leur contrôle démocratique, des entreprises menacées de fermeture. Il n’y a pas d’alternative. C’est ce que nos camarades américains du Socialist Appeal expliquent inlassablement. Ils rencontrent un écho croissant. Dans les années à venir, la classe ouvrière américaine – ce géant endormi – va révéler sa puissance colossale et redécouvrir les grandes traditions militantes qui furent les siennes dans les années 30.

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