Début avril, le président américain a multiplié les démonstrations de force militaire : une frappe de missiles sur une base aérienne du régime d’Assad en Syrie ; l’utilisation de « la mère de toutes les bombes » (MOAB, la plus grande bombe non nucléaire de l’arsenal américain) contre un groupe djihadiste en Afghanistan ; enfin, les provocations en mer de Chine contre le régime nord-coréen.

L’enchaînement de ces actions a marqué les esprits et contrarié les puissances rivales des Américains, en particulier la Russie ou la Chine. Assiste-t-on à une marche forcée vers une guerre mondiale sous la conduite de « l’irrationnel » Donald Trump, comme le craignent certains ?

Syrie : une intervention hypocrite

Sans aucune enquête et sans se préoccuper du soutien d’une quelconque institution internationale, Trump a lancé une frappe unilatérale contre les forces du gouvernement syrien, en complète contradiction avec ses positions récentes (hostiles à une intervention en Syrie).

Cette attaque serait justifiée par l’utilisation d’armes chimiques, par le régime d’Assad, dans une ville de la province d’Idlib. Il est impossible de confirmer une telle information, comme toutes celles en provenance de cette région fermement contrôlée par la branche syrienne d’Al Qaeda, rebaptisée Hayat Tahrir Al-Sham (HTS). Bien qu’il en soit capable, le régime d’Assad n’a rien à gagner à utiliser des armes chimiques alors qu’il se trouve en position de force dans la guerre civile, grâce au soutien de la Russie. L’intervention américaine bénéficie objectivement aux islamistes et à leurs soutiens – en difficulté depuis la reprise d’Alep par Assad en décembre dernier – bien plus qu’à tous les autres acteurs de cette guerre.

Les représentants de l’administration Trump avaient pourtant répété, depuis leur arrivée au pouvoir, qu’ils considéraient Assad comme la seule force capable de stabiliser la Syrie. Mais une partie de la classe dirigeante américaine et la CIA sont inquiètes de voir les Etats-Unis céder du terrain à Assad et aux Russes, qu’ils considèrent comme une menace pour les positions américaines dans la région. D’où leur soutien aux monarchies du Golfe et à leurs marionnettes djihadistes. C’est sous cette pression que Donald Trump a agi.

Les médias et les classes dirigeantes des pays occidentaux applaudissent désormais à tout rompre celui qu’ils rejetaient auparavant : l’« isolationniste » Trump s’est rallié aux besoins interventionnistes de l’impérialisme américain et des autres puissances occidentales. Ce retournement n’est pas surprenant. Les difficultés intérieures de l’administration américaine ont pu jouer un rôle. Mais c’est surtout la crise de l’impérialisme américain qui a pesé sur Trump. La domination américaine est de plus en plus remise en cause, en particulier au Moyen-Orient, que les interventions américaines successives ont complètement déstabilisé. Une démonstration de force s’avérait nécessaire pour restaurer l’influence américaine. Mais une intervention ultérieure des Etats-Unis en Syrie est exclue à ce stade, car ils n’en ont tout simplement plus les moyens.

Un bluff dangereux

Le « test » de la plus puissante bombe américaine en Afghanistan relève de la même logique : c’est un message envoyé aussi bien aux ennemis officiels des Etats-Unis qu’au reste du monde. Même chose lorsque Trump annonce qu’il envoie ses porte-avions nucléaires patrouiller en mer de Chine. Il s’agit officiellement de faire pression sur le régime nord-coréen pour lui faire renoncer à son programme nucléaire, qui pourrait menacer les alliés japonais et sud-coréens des Etats-Unis. Mais l’administration de Trump n’est pas plus « folle » que le régime de Kim-Jong-Un : un véritable conflit – potentiellement nucléaire – n’est dans l’intérêt d’aucun des deux camps.

Ce bluff réciproque a en revanche tout à voir avec le contrôle du commerce en mer de Chine. La puissance chinoise ascendante, qui soutient la Corée du Nord, cherche de plus en plus à être maîtresse de ses exportations dans « sa » mer, qui est encerclée par les bases militaires américaines. Sa capacité nouvelle à retourner à son profit d’anciens vassaux des Etats-Unis, comme récemment les Philippines, inquiète la classe dirigeante américaine. Les porte-avions américains sont donc là pour rappeler à leurs rivaux comme à leurs alliés qu’il faut toujours compter sur la puissance américaine.

Afin de maintenir leur domination et leurs profits, les impérialistes – Américains et autres – n’auront de cesse de semer les germes de conflits locaux, qui à leur tour déséquilibreront un peu plus les relations internationales. Ils multiplieront les interventions « locales » et les guerres par procuration. Mais une véritable guerre mondiale entre grandes puissances n’est pas à l’ordre du jour. Ceux qui redoutent une telle guerre ne tiennent compte ni des intérêts objectifs des grandes puissances, ni du rapport de force militaire réel entre celles-ci, ni des développements de la lutte de classes à l’échelle mondiale.

En attendant, l’impérialisme américain, même en déclin, reste la principale source des tensions dans le monde. Un personnage instable tel que Trump ne peut que contribuer à accélérer un processus qui s’impose à lui par les lois du capitalisme, qu’il défend. C’est donc bien dans le renversement de ce système, dont les impérialistes sont les principaux profiteurs, que nous devons chercher la solution aux guerres et à la barbarie permanentes qu’on nous promet.

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