Les organismes génétiquement modifiés (OGM) peuvent être des organismes végétaux, bactériens ou animaux. Les plus connus sont les plantes OGM (les PGM), qui sont utilisées dans l’agriculture depuis le milieu des années 1990. Mais les OGM étaient déjà utilisés en pharmacologie et en recherche depuis la fin des années 1970.

Par exemple, depuis 1981, des bactéries produisent la majorité de l’insuline humaine nécessaire au traitement du diabète. Personne ne s’y oppose. Par contre, l’arrivée des PGM dans les champs, et donc dans les assiettes, a suscité de vifs débats sur leur impact sanitaire et écologique.

Rentabilité

Depuis l’émergence de l’agriculture, l’être humain a profondément modifié les plantes utilisées – par croisements successifs et par sélection. L’avènement du capitalisme n’est donc pas le point de départ de la modification génétique du vivant. Mais ce système a entrainé de profondes modernisations techniques dans l’agriculture, tout en la soumettant aux exigences du marché et de la course aux profits.

La production alimentaire n’est pas planifiée en fonction des besoins réels de la population. Le critère qui domine, c’est la rentabilité. En conséquence, l’agriculture moderne ne cesse de s’orienter vers la monoculture et une gestion intensive des sols, pour favoriser la production des plantes les plus profitables : celles qui demandent un minimum de temps et d’investissements en main d’œuvre.

Dans ce contexte, les PGM sont apparues comme une panacée en matière de semences. Grâce à des modifications génétiques réalisées en laboratoire, il était possible de réduire le temps de travail en supprimant deux étapes : l’épandage de produits phytosanitaires et l’irrigation des semences.

Parallèlement à la mise sur le marché de semences PGM, dans les années 1990, s’est développé le mythe des PGM qui permettraient d’éliminer la faim dans le monde, de diminuer l’utilisation d’intrants dans l’agriculture et donc, in fine, de résoudre le problème écologique que posent les méthodes modernes d’exploitation des sols.

Bien sûr, l’utilisation croissante des PGM (11,3 % des surfaces cultivées en 2017) n’a pas endigué la faim dans le monde. De même, elle n’a pas empêché l’augmentation du recours aux engrais et aux pesticides. Les « propriétés salvatrices » des PGM sont autant d’illusions (profitables).

Qu’en dirait Marx ?

A l’époque de Marx, l’agriculture fut massivement mécanisée, dans le but de réduire les coûts de main d’œuvre et d’augmenter l’exploitation des sols. Marx assistait à la première crise écologique provoquée par le capitalisme : un appauvrissement sans précédent des sols anglais.

L’agriculture anglaise fut « sauvée » par les engrais chimiques. Marx y voyait un palliatif à la gestion catastrophique de l’agriculture par les capitalistes. Dans Le Capital, il écrivait : « Chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps est un progrès dans la ruine de ses ressources durables de fertilité. »

A l’instar des engrais chimiques du XIXe siècle, les PGM sont une fausse bonne idée pour sauver la planète ou maintenir les rendements agricoles. Le progrès scientifique n’est pas une ligne droite vers davantage d’artificiel. La recherche agronomique fait actuellement la grande redécouverte de l’efficacité de l’agriculture biologique et de la permaculture.

Les marxistes sont évidemment favorables aux progrès techniques. Par exemple, les PGM pharmaceutiques ou scientifiques répondent à un besoin social. Mais la question est : quelle classe sociale utilise le progrès technique – et à quelles fins ? En l’occurrence, dans le domaine de l’agriculture, les PGM sont un pis-aller pour répondre aux exigences de profits dans un écosystème délabré par la surexploitation.

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