Ce texte est le document d’orientation adopté par le Congrès national du Parti Communiste Révolutionnaire, fin mai.

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La profonde crise du capitalisme français se manifeste sur tous les plans : économique, social, politique, diplomatique et militaire. L’objectif du présent document est d’analyser les caractéristiques et l’orientation fondamentales de cette crise. Nous devons comprendre par quelle étape elle passe actuellement, et quels en seront les développements les plus probables à court et moyen termes, en particulier dans le domaine de la lutte des classes.

L’élaboration scientifique de perspectives – qui doivent être régulièrement corrigées à la lumière des événements – n’est ni un exercice académique, ni un jeu de l’esprit. C’est une composante essentielle de l’activité d’une organisation révolutionnaire, et notamment de ses décisions tactiques. Comme l’écrivait Trotsky en 1930 : « il faut avant tout déterminer dans quel sens et sous l’influence de quelles causes évolue l’état d’esprit de la classe ouvrière. C’est en combinant les données objectives et subjectives que l’on peut arriver plus ou moins à déterminer l’évolution du mouvement, établir un ensemble de prévisions étayé scientifiquement et sans lequel toute lutte révolutionnaire serait un non-sens. » L. Trotsky, « La “troisième période” d’erreurs de l’Internationale Communiste ». 1930.

C’est vrai même pour un parti dont les effectifs ne lui permettent pas encore de peser sur le cours des événements. Sans la formation de cadres révolutionnaires, notre croissance reposerait sur du sable ; or la formation de cadres est indissociable d’une compréhension des tendances fondamentales de notre époque et des perspectives qui en découlent.

Le déclin de la France et de l’UE

Dans divers articles et documents, nous avons analysé le déclin continu de l’impérialisme français depuis plusieurs décennies. Notamment dans cet article et dans nos Perspectives de 2023. Il n’est pas nécessaire d’y revenir ici dans le détail.

Ce déclin a connu une accélération très nette au cours des dernières années. C’est particulièrement évident en Afrique, où la bourgeoisie française a subi toute une série de revers humiliants – au profit d’autres puissances impérialistes, dont la Chine et la Russie.

Mais le recul de la France est loin d’être cantonné à l’Afrique. Le capitalisme français recule sur les marchés mondial, européen et même national. Prenons l’exemple de l’industrie pharmaceutique, qui est historiquement un point fort de l’économie française. Dans ce secteur, les importations (en France) en provenance de Chine ont atteint un niveau inédit : elles sont passées de 1 milliard d’euros en 2024 à 2,3 milliards en 2025.

La part de la France dans les exportations totales, au sein de l’UE, est en baisse depuis 25 ans : elle est passée de 18 % en 2000 à 13 % en 2024. La France souffre de la concurrence allemande, mais pas seulement. Par exemple, sur le marché agricole européen, la Pologne exporte de plus en plus. Elle produit près d’un tiers de la volaille de l’UE : sa production a été multipliée par 4 en 25 ans, tandis que celle de la France a chuté de 30 % sur la même période. Ce qui est frappant, à travers cet exemple, c’est le déficit de compétitivité du capitalisme français, non seulement face au capitalisme chinois, mais aussi face à des économies de troisième rang comme la Pologne. Et ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres : le déclin du capitalisme français est général.

Ceci dit, il ne s’agit pas d’un processus linéaire – et ce même en Afrique. Par exemple, le coup d’Etat de 2021 en Guinée a porté au pouvoir un ancien sous-officier de la Légion étrangère (marié à une gendarme française). Depuis son arrivée au pouvoir, la coopération de la Guinée avec la France s’est intensifiée – à rebours des dynamiques régionales – notamment en ce qui concerne la répression des opposants. En Syrie, le régime d’Ahmed al-Charaa a signé des contrats avec plusieurs entreprises françaises et reçoit démonstrativement un soutien diplomatique de Paris. Mais ceci ne change rien à la trajectoire générale de l’impérialisme français. Dans la lutte pour des marchés, des zones d’influence et des sources de matière première, la France est désormais une puissance de troisième rang. Sur l’arène mondiale, elle est condamnée à subir les conséquences de décisions prises sans elle à Washington, Pékin, Moscou et Berlin.

La France est une puissance déclinante au sein d’un continent déclinant. L’Europe ne joue plus dans la cour des grands. Elle ne fait plus le poids, économiquement, face à la Chine et aux Etats-Unis. Depuis 2002, la croissance annuelle de l’UE a été de 1,4 %, en moyenne, contre 2 % aux Etats-Unis et 8,3 % en Chine (laquelle ralentit nettement, désormais, mais surclasse l’UE dans de nombreux secteurs économiques).

En septembre 2024, l’ancien président de la BCE, Mario Draghi, publiait un rapport accablant sur les déficits d’investissement, de productivité et de compétitivité du capitalisme européen. Comme le souligne ce rapport, l’Europe est entravée par ses divisions internes et la petite taille des Etats-nations qui la composent. C’est conforme à ce que nous avons régulièrement expliqué : sur la base du capitalisme, une véritable unification économique du continent européen est impossible. Les rivalités entre les différentes bourgeoisies nationales y font obstacle.

Lors de la phase de relative croissance économique des années 90 et 2000, qui fut stimulée par une nette expansion du commerce mondial, les grands capitalistes européens voyaient dans la Chine une source d’investissements très profitables. Quant aux relations économiques entre l’Europe et les Etats-Unis, elles bénéficiaient aux deux – à défaut d’être équilibrées – sur fond de croissance globale. A l’époque, une politique douanière à la Donald Trump était impensable. Dans un tel contexte, les rivalités internes à l’UE passaient au deuxième plan.

Il en va autrement depuis la grande crise mondiale de 2008. Toutes sortes de conflits ont agité l’UE, notamment sur les questions migratoires, budgétaires et monétaires. Le deuxième mandat de Donald Trump marque un saut qualitatif dans ce processus. Face à l’agressivité du président américain, face à sa politique douanière et militaire, les tendances centrifuges s’intensifient au sein de l’UE.

Les belles âmes des plateaux de télévision en appellent à un « sursaut » unitaire de l’UE. Mario Draghi ne dit pas autre chose, au fond. Mais c’est peine perdue. Loin de favoriser une plus grande mutualisation des politiques économiques et militaires, les énormes pressions combinées des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie exacerbent les divisions internes à l’UE. Chacun cherche à s’en sortir au détriment des voisins. Le vieux « couple franco-allemand » fait chambre à part. L’Italie et l’Espagne tracent leur propre voie. Et ainsi de suite.

Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, mi-février, le chancelier allemand Friedrich Merz répondait en ces termes aux appels « unitaires » de Macron : « La réorganisation du monde par les grandes puissances s’opère plus rapidement et plus profondément que nous pouvons nous renforcer nous-mêmes. C’est pourquoi je ne suis pas convaincu par les appels trop instinctifs à l’Europe pour qu’elle abandonne les Etats-Unis comme partenaire. Je comprends le malaise et les doutes qui s’expriment dans de telles revendications. (…) Elles occultent les dures réalités géopolitiques en Europe. Et elles sous-estiment le potentiel que notre partenariat avec les Etats-Unis continue d’avoir, malgré toutes les difficultés. » Cité dans cet article du Monde, le 14 février 2026.

En clair, Merz souligne que le capitalisme allemand défendra comme il l’entend ses propres intérêts face aux pressions et exigences de Donald Trump. Lorsqu’il parle du « potentiel de notre partenariat avec les Etats-Unis », c’est surtout aux grands capitalistes allemands qu’il songe.

Des divergences du même ordre s’accentuent, entre la France et l’Allemagne, sur la politique à suivre face aux pressions économiques chinoises. De manière générale, la bourgeoisie française insiste sur la nécessité d’une mutualisation des investissements massifs requis pour accroître la compétitivité européenne – mais d’abord et surtout, bien sûr, la compétitivité et les parts de marché du capitalisme français (notamment dans le domaine militaire). En d’autres termes, la France propose à l’Allemagne de financer, une fois de plus, la défense des intérêts économiques français. La bourgeoisie allemande y est d’autant moins disposée qu’elle a ses propres problèmes internes – économiques et politiques (pressions de l’AfD) –, en particulier depuis le début de la guerre en Ukraine, qui a privé l’industrie allemande du gaz russe à bas prix. L’économie allemande est encore plus exposée que l’économie française à la concurrence chinoise et aux barrières commerciales américaines. Mais en termes de compétitivité, son industrie devance toujours nettement celle de la France. En outre, l’Allemagne dispose d’une marge de manœuvre en termes d’investissements publics dans son industrie, car sa dette publique (64 % du PIB) est bien moindre que celle de la France (117 % du PIB). Au final, dans ses choix économiques et budgétaires, la bourgeoisie allemande est de moins en moins disposée à tenir compte des intérêts de la France et des autres puissances européennes.

La même logique est à l’œuvre sur le plan militaire. Dans ce domaine, l’Europe n’est absolument pas de taille face à la Russie. De fait, « l’Europe de la Défense » est un vœu pieux et une vieille fiction. Et pour cause : l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, pour ne citer que ces quatre pays, n’ont pas exactement les mêmes intérêts, les mêmes positions, les mêmes alliances et zones d’influence sur l’arène mondiale. Leurs politiques étrangères ne coïncident pas toujours.

L’absence d’une politique militaire commune, en Europe, n’est pas un phénomène nouveau. Pendant des décennies, les capitalistes européens s’en préoccupaient d’autant moins que les Etats-Unis garantissaient la sécurité du continent. Mais le tournant brutal opéré par Donald Trump Nous avons rappelé les causes de ce tournant dans l’éditorial du mois de février., dans ce domaine, a de très sérieuses implications du point de vue des bourgeoisies européennes, en particulier dans le contexte d’une écrasante supériorité de l’armée russe sur l’ensemble des armées du continent. Là encore, les belles âmes de LCI en appellent à un « sursaut » européen en matière de défense. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. Par exemple, un projet d’avion de combat franco-allemand (le SCAF), lancé en 2017, est au point mort depuis plusieurs mois. Mi-février, Macron déclarait : « Si d’aventure, le partenaire allemand remettait en cause l’avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun ». A quoi un ministre allemand a répliqué : « La France a beaucoup plus besoin de nouveaux chars que l’Allemagne, qui peut développer et construire la nouvelle génération de chars sans la France ». Le « sursaut » européen, décidément, est très mal parti.

En dernière analyse, c’est la relative supériorité de l’économie allemande, malgré sa crise actuelle, qui est le facteur décisif. Une fraction de la bourgeoisie allemande pense qu’elle peut s’en sortir « sans la France » – pour ses chars, ses avions et tout le reste. A l’inverse, la bourgeoisie française a absolument besoin de l’Allemagne, en particulier lorsqu’il s’agit de contracter de nouvelles dettes massives à l’échelle européenne. Cette contradiction n’est pas nouvelle, mais elle va connaître une intensification très nette face aux pressions américaines et chinoises.

Rien de bon ne peut en sortir du point de vue de la bourgeoisie française. Pour tenter de défendre sa compétitivité et ses profits, elle n’aura pas d’autres choix que de s’attaquer encore plus brutalement aux conditions de vie et de travail de la masse des jeunes, des salariés, des chômeurs et des retraités. Autrement dit, la crise de l’impérialisme français, aggravée par la crise de l’UE, prépare une intensification de la lutte des classes et de la polarisation politique.

L’économie française et la crise de la dette

De nombreux économistes bourgeois prévoient une nouvelle dégradation de la conjoncture économique mondiale. Elle pourrait intervenir dès 2026 ; elle frapperait de plein fouet le capitalisme français. Mais avant même que n’éclate une nouvelle crise internationale, l’économie française multiplie les contre-performances et les « dérapages ».

D’après les chiffres de la Banque de France, le nombre de faillites d’entreprises (hors micro-entreprises) était deux fois plus important en 2025 qu’en 2017. Il a aussi dépassé de 14,5 % le niveau record de 2009, en pleine récession mondiale. Cela concerne non seulement les petites entreprises, mais aussi celles qui comptent plus de 250 salariés : en 2025, elles ont connu davantage de faillites qu’en 2009 (+10,5 %) et beaucoup plus qu’en 2017 (+142 %).

Dans l’industrie, le nombre d’entreprises qui ferment – ou sont menacées de fermeture – augmente nettement depuis 2024. Le 12 février dernier, L’Usine Nouvelle dressait le bilan de l’année 2025 : « Notre décompte final fait état de 124 usines menacées contre 86 ouvertures, soit un solde de -38. C’est un tout petit mieux que le solde final de l’année précédente (-40) ».

Le 9 décembre dernier, Les Echos soulignaient que « des pans entiers de l’industrie sont à vif – l’automobile, la métallurgie, la chimie… –, heurtés par la concurrence asiatique et le coût de l’énergie, qui reste à un niveau élevé. De manière inédite, l’agroalimentaire vacille à son tour (…). Au premier semestre, il a été le secteur le plus touché par des fermetures d’usines, avec 13 fermetures nettes (Blédina, Paul Prédault…). »

Sans surprise, le chômage repart à la hausse : +0,6 % en 2025 (catégorie A), soit au total 7,9 % (officiellement). Le « sous-emploi » (chômeurs compris) a augmenté dans les mêmes proportions pour atteindre 16,9 % à la fin de l’année 2025. Tels sont les chiffres officiels, dont on sait qu’ils sous-estiment l’ampleur du phénomène.

Chez les jeunes de moins de 25 ans, le chômage a bondi de 2,8 % en 2025, pour s’établir à 21,5 %. C’est la plus forte hausse depuis 2013. Elle signale un ralentissement général des embauches, car les jeunes en sont toujours les premières victimes.

La croissance du PIB français était de 1,6 % en 2023, de 1,1 % en 2024 et de 0,9 % en 2025. A ce jour, les prévisions pour 2026 oscillent autour de 1 %, mais le ralentissement de ces dernières années pourrait se poursuivre. Quoi qu’il en soit, même en l’absence d’une nouvelle crise mondiale, on voit mal comment l’économie française pourrait rebondir nettement, à court terme, dans un environnement international marqué, entre autres, par les pressions croissantes de la Chine et des Etats-Unis, l’impact (notamment énergétique) des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, et la baisse des exportations françaises en Allemagne (-5,3 % en 2024), qui est le premier partenaire commercial de la France.

En l’absence d’une reprise solide et durable de l’activité économique, la dette et les déficits publics ne pourront pas être maîtrisés. Les rentrées fiscales sont mauvaises, faute de croissance économique, et les coupes budgétaires et les contre-réformes drastiques ne peuvent pas faire de miracles. Par contre, elles infligent une double peine à la masse de la population, qui subit à la fois les conséquences de la stagnation économique et celles de l’austérité.

Le cocktail est d’autant plus explosif, socialement et politiquement, que les entreprises du CAC 40 n’imposent aucune espèce d’austérité à leurs actionnaires. Au contraire, elles les gavent de dividendes, chaque année, à coup de dizaines de milliards d’euros, dont une bonne partie vient tout droit des « aides » publiques de l’Etat aux entreprises : plus de 210 milliards d’euros par an selon le Sénat lui-même, peu enclin aux exagérations dans ce domaine. Dans le même temps, on apprend que plus de 13 000 millionnaires, en France, ne payent aucun impôt sur le revenu, notamment grâce à divers mécanismes d’« optimisation » et de « suroptimisation » fiscales.

La dette de l’Etat français a franchi la barre des 3500 milliards d’euros, soit près de 117 % du PIB. Cela représente près de 1100 milliards d’euros de plus qu’au début de l’année 2020. En outre, ces dernières années, la dette publique a crû deux fois plus vite que le PIB. D’après les données de l’Insee, entre le 4trimestre 2019 et le 3trimestre 2025, la dette publique a augmenté de 1095 milliards d’euros ; sur la même période, le PIB a seulement augmenté, en valeur, de 530 milliards d’euros.

La trajectoire de la dette et des déficits publics, en France, est insoutenable. A gauche, des dirigeants réformistes – dont Mélenchon – prétendent que c’est un faux problème et que les discours alarmistes, sur cette question, visent uniquement à justifier les politiques d’austérité. Mais en réalité, avant d’être agitée par la droite pour justifier des coupes dans les dépenses sociales, l’évolution de la dette publique est un élément et une expression de la dynamique globale du capitalisme français. Le dérapage des déficits publics est indissociable de la stagnation chronique, des déficits commerciaux massifs et systématiques, de l’atonie des investissements productifs, etc.

Sur le marché mondial des obligations d’Etat, c’est l’ensemble de ces facteurs qui font monter les taux d’intérêt que la France doit payer à ses créanciers, lesquels ne sont pas des philanthropes. La « charge » de la dette (le payement des seuls intérêts) s’est élevée à plus de 66 milliards d’euros en 2025 ; elle s’élèvera à plus de 75 milliards d’euros en 2026. A titre de comparaison, le budget global de l’Education nationale, en 2025, s’élevait à 64,5 milliards d’euros.

Ce que reflète l’augmentation des taux d’intérêt que doit consentir la France auprès de ses créanciers, c’est l’incertitude croissante qui pèse sur les capacités de l’Etat à rembourser en temps et en heure les emprunts contractés. Or le cercle vicieux, dans ce domaine, est bien connu : l’augmentation des taux d’intérêt aggrave la situation financière de l’Etat, mine sa « crédibilité financière » (ses capacités de remboursement), ce qui a pour effet d’accentuer la hausse des taux d’intérêt, et ainsi de suite. Encore une fois, ce cercle vicieux ne se développe pas en vase clos : il est nourri par la dynamique globale – et déclinante, en l’occurrence – de l’économie française et par l’instabilité politique qui en découle. C’est l’impasse générale du capitalisme français qui mine ses finances publiques ; en retour, la crise de la dette publique plombe la situation économique.

A terme, et peut-être à court terme, le risque est une flambée des taux d’intérêts sur la dette publique française. Pour la bourgeoisie, c’est une préoccupation majeure – et non une simple opération de propagande, comme l’affirme Mélenchon. Dès lors, la classe dirigeante n’a pas 36 solutions. Il lui faut, d’une part, imposer une austérité draconienne à la masse de la population, et d’autre part accroître la compétitivité du capitalisme français en augmentant très nettement l’exploitation de la classe ouvrière, c’est-à-dire la quantité de plus-value qu’elle génère. La bourgeoisie exigera que le salariat travaille plus, plus longtemps, plus intensément – et ce sans augmenter les salaires réels, voire même en les baissant.

Tel est le programme de la bourgeoisie française. Bien sûr, elle n’a jamais eu d’autre programme, en un sens. Mais par le passé, le rapport de forces entre les classes et les grandes traditions révolutionnaires des travailleurs français ont conduit la bourgeoisie à retenir ses coups, et même à faire des concessions, car elle redoutait – non sans raison – de provoquer une explosion sociale, un nouveau Mai 68. Désormais, la bourgeoisie ne peut plus louvoyer et temporiser : elle doit passer à l’offensive de façon brutale et générale. Autrement dit, elle doit déclarer la guerre à notre classe.

Le bilan du macronisme

De fait, cette guerre a déjà commencé. De Chirac à Macron en passant par Sarkozy, il y a eu une montée en puissance des attaques en tous genres contre les conditions de vie des masses. Même le « socialiste » François Hollande y a contribué, entre 2012 et 2017, notamment avec la première loi Travail – une attaque d’une ampleur sans précédent depuis des décennies – quitte à sacrifier les trois quarts de la base électorale du PS et renoncer à briguer un deuxième mandat.

En 2017, Macron lançait une nouvelle « loi Travail », suivie d’une contre-réforme de la SNCF et de l’infernale sélection à l’université : autant d’offensives que les précédents gouvernements n’avaient pas osé lancer. Mais à partir de novembre 2018, soit à peine 18 mois après l’élection présidentielle, le puissant mouvement des Gilets jaunes brisait net l’élan « réformateur » de Macron. Il a dû attendre le premier reflux du mouvement, à l’été 2019, pour attaquer la fonction publique et l’assurance chômage. Puis, en mars 2020, la pandémie mondiale envoyait le projet de « retraite à points » dans les poubelles de l’Assemblée nationale, dans la foulée d’un puissant mouvement de protestation dans les rues. L’heure était au « quoi qu’il en coûte », c’est-à-dire à une nouvelle augmentation massive de la dette publique.

Après sa deuxième victoire électorale, en 2022, Macron a relancé l’agenda des contre-réformes. Comme en 2017 et 2018, il a profité de la stratégie perdante des directions syndicales pour faire passer une nouvelle contre-réforme des retraites au printemps 2023, malgré une opposition massive dans les rues. L’assurance chômage a de nouveau été attaquée, pendant que les « aides » publiques aux entreprises continuaient d’augmenter. Mais faute d’une majorité absolue au Palais Bourbon, et face à la menace croissante d’une motion de censure, Macron fut contraint de dissoudre l’Assemblée nationale en juin 2024. Résultat : l’Assemblée nationale est encore plus fracturée. Le gouvernement en est réduit à s’appuyer sur les députés du PS pour faire adopter des budgets austéritaires. Il a même dû leur concéder une « suspension » de la réforme des retraites de 2023.

La grande bourgeoisie observe ce spectacle avec une impatience croissante. Elle dresse un bilan très mitigé – de son point de vue de classe – des deux mandats de Macron. Elle en attendait et en espérait bien plus. Dans le contexte économique que nous avons décrit plus haut, elle a objectivement besoin de coupes budgétaires et de contre-réformes beaucoup plus profondes. Mais elle est confrontée au problème suivant : les contre-réformes des vingt dernières années, combinées aux effets mécaniques de la crise du capitalisme, ont préparé les conditions d’une explosion de la lutte des classes que les directions syndicales ne pourront pas contrôler, mais aussi d’une polarisation politique toujours plus nette – vers la droite (RN) et vers la gauche (FI). Autrement dit, à l’heure où la bourgeoisie doit lancer des attaques sans précédent contre nos conditions de vie et de travail, elle fait face à une classe ouvrière exaspérée, d’une part, et d’autre part à une équation politique inédite et très incertaine.

Du point de vue de la bourgeoisie, une « solution » politique s’impose de plus en plus : la formation d’un gouvernement de coalition dirigé par le RN et assis sur une « union des droites » à l’Assemblée nationale. Certes, c’est loin de faire l’unanimité, en particulier chez les bourgeois, petits-bourgeois et politiciens « centristes ». Mais un gouvernement du « centre » doté d’une solide majorité parlementaire n’est pas l’hypothèse la plus probable, désormais, de sorte que la classe dirigeante n’a plus tellement le choix : elle doit solliciter activement les services du parti de Jean-Marie et Marine Le Pen, en dépit de l’hostilité qu’il suscite dans de larges fractions de la jeunesse et du salariat. D’où la « normalisation » du RN, sa « dé-diabolisation » permanente – et les appels croissants, désormais, à renverser le « Front républicain » au détriment de LFI.

Il n’y a pas lieu de s’étonner ou de se plaindre de ce « Front républicain » contre LFI. De notre point de vue de classe, c’est le soi-disant « Front républicain contre l’extrême droite » qui est un scandale, car c’est une politique de collaboration de classe entre les organisations du mouvement ouvrier et les partis de la bourgeoisie – collaboration qui profite toujours à ces derniers et surtout, au final, à l’extrême droite. Lire à ce propos notre article sur « L’ascension du RN et les tâches du mouvement ouvrier ».  A l’inverse, les partisans du « Front républicain » contre LFI proposent de réunir toute la droite contre l’aile gauche du réformisme (LFI) : d’un point de vue de classe, il y a là une certaine logique. Cela pourrait même être une clarification salutaire, à condition que les dirigeants de LFI en expliquent le caractère de classe et ne cherchent pas à ressusciter le « Front républicain » contre le RN.

Une « fascisation » de la société ?

La possibilité d’un gouvernement dirigé par le RN, à l’issue des élections de 2027, suscite beaucoup de colère et d’inquiétude dans de larges secteurs de la jeunesse et de la classe ouvrière. Notre position, sur cette question, sera un élément important de notre travail et de la construction du PCR. Nous devrons répondre de façon concrète et convaincante à trois questions : 1) comment se fait-il que le RN soit en situation d’accéder au pouvoir ? ; 2) comment la gauche et le mouvement ouvrier peuvent-ils l’en empêcher ? ; 3) qu’adviendra-t-il si, malgré tout, le RN l’emporte ?

Nous avons longuement répondu à ces trois questions dans notre brochure sur l’ascension du RN et les tâches du mouvement ouvrier. Nous y expliquons notamment pourquoi une victoire du RN, en 2027, ne marquerait pas l’avènement d’un régime fasciste ou bonapartiste. D’un point de vue marxiste, c’est indiscutable. Mais dans nos discussions avec les jeunes et les travailleurs, nous ne devons pas commencer par une formulation abstraite de nos perspectives sur le caractère d’un éventuel gouvernement du RN. En effet, cette perspective n’est pas si facile à comprendre, en particulier dans un contexte où la plupart des organisations de gauche dénoncent une « fascisation » de la société et prophétisent une apocalypse démocratique si le RN accède au pouvoir.

Nous devons éviter de donner l’impression de minimiser le danger – bien réel – que représenterait une victoire du RN en 2027. On doit tenir compte de l’hostilité et de l’inquiétude légitimes que suscitent le RN et l’extrême droite en général, notamment dans la couche de la jeunesse qu’on vise. Nous devons d’abord souligner la responsabilité des dirigeants officiels du mouvement ouvrier dans la longue ascension du RN : les trahisons et renoncements des gouvernements « de gauche » successifs depuis 1981 ; les soi-disant « Fronts républicains contre l’extrême droite », qui ont renforcé la posture « antisystème » du RN ; la participation, à des degrés divers, de l’aile droite du réformisme à la propagande raciste et islamophobe (Faure, Ruffin, Roussel, etc.) ; le refus des directions syndicales d’organiser une lutte sérieuse contre la régression sociale ; les alliances de LFI avec l’aile droite du réformisme (Nupes, NFP) – et ainsi de suite. C’est l’ensemble des erreurs, renoncements et trahisons de la gauche réformiste, depuis des décennies, qui a permis au RN de capter une fraction croissante de la colère sociale et de l’aspiration à « renverser la table ».

De cela découlent le programme et la stratégie que nous défendons pour briser l’ascension du RN : une lutte contre le racisme et l’islamophobie au moyen d’une mobilisation unitaire de tous les travailleurs sur la base d’un programme de classe offensif et radical ; une rupture de LFI avec l’aile droite du réformisme ; un rejet de toutes les formes de « Front républicain contre le RN » ; une lutte interne à la CGT pour radicaliser son programme et sa stratégie. Dans le même temps, nous devons expliquer que pour en finir avec l’extrême droite, il faudra en finir avec le capitalisme lui-même, dont la crise nourrit le « populisme » réactionnaire. Et pour ce faire, il faut construire un parti et une Internationale révolutionnaires.

Il nous faut d’abord expliquer notre programme et notre stratégie pour lutter contre l’extrême droite. Ensuite, seulement, nous pouvons expliquer pourquoi une victoire du RN ne marquerait pas l’avènement d’un régime fasciste ou bonapartiste. Notre position découle d’une analyse concrète du véritable rapport de forces entre les classes. C’est vrai en France comme aux Etats-Unis, par exemple, où la magnifique mobilisation des jeunes et des travailleurs de Minneapolis contre l’ICE a donné une bonne illustration du véritable rapport de forces entre les classes.

Beaucoup de jeunes et de travailleurs redoutent qu’un gouvernement du RN ne soit « bien pire » – encore plus raciste et répressif, notamment – que les gouvernements successifs des dix dernières années. Nous ne devons pas répondre à ces légitimes inquiétudes par des considérations abstraites sur l’impossibilité d’un régime bonapartiste à court terme, en France. Nous devons répondre d’une façon claire et concrète. Oui, la bourgeoisie française a objectivement besoin d’intensifier la propagande raciste, les attaques contre les « étrangers » et la remise en cause de nos droits démocratiques les plus élémentaires (droit de faire grève, de manifester, de se réunir, etc.). Et oui, bien sûr, le RN est parfaitement disposé à mener une telle politique. Mais pas seulement le RN : tous les partis bourgeois y sont disposés, et tous s’y préparent. Par conséquent, la question n’est pas de savoir si un Bardella, à l’Elysée, sera « pire » qu’un Retailleau, un Philippe ou un Darmanin ; c’est de savoir comment la classe ouvrière doit répondre à l’offensive raciste et anti-démocratique de la bourgeoisie française. Or cela renvoie, une fois de plus, à la question de la direction du mouvement ouvrier. On doit faire porter la discussion là-dessus, car c’est la clé du problème.

Nous devons formuler les choses de façon positive et combative, comme nous l’avons fait dans un article publié en juin 2024 : « Dans le contexte actuel, un gouvernement du RN serait d’emblée faible et fragile. Dès le premier jour, il serait détesté par des fractions décisives de la jeunesse et du salariat. Du fait de sa politique pro-capitaliste, il serait condamné à perdre du terrain dans son électorat ouvrier, mais aussi dans les couches les plus pauvres de la petite bourgeoisie. Il n’est pas possible d’anticiper le rythme de ce processus, mais du fait de la profondeur de la crise et des attentes sociales, il pourrait être assez rapide. Un élément central de l’équation sera précisément le programme et la stratégie des grandes organisations du mouvement ouvrier, à commencer par la plus puissante d’entre elles : la CGT. Plus la CGT disposera d’un plan de bataille clair et combatif, plus elle sera capable de mobiliser de larges couches de jeunes et de travailleurs, plus vite s’effectuera la décomposition de la base sociale du RN. »

Ce qui vaut pour la CGT vaut pour LFI et l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier. Dans nos perspectives relatives à un éventuel gouvernement du RN et à la politique qu’il pourra (ou non) mener, nous devons insister sur le rôle et la responsabilité des directions du mouvement ouvrier. Soit dit en passant, c’est précisément ce qui terrifie Sophie Binet : elle redoute les pressions de sa base et de la classe ouvrière en général pour que soit menée une lutte massive et radicale contre un gouvernement du RN. Après avoir caractérisé le RN comme l’ennemi absolu de la classe ouvrière, et un ennemi qualitativement différent du reste de la droite, Sophie Binet serait en difficulté pour s’engager, comme avec Macron, dans une politique de « concertation » passive avec un gouvernement dirigé par Le Pen ou Bardella.

Enfin, nous devons souligner la responsabilité de la CGT et de l’ensemble du mouvement ouvrier dans la lutte contre les agressions perpétrées par les organisations fascistes. Le nombre de ces agressions pourrait encore augmenter dans la période à venir. Les dirigeants des organisations réformistes (LFI, CGT) demandent la « dissolution » des groupuscules fascistes par l’Etat bourgeois. Or ces groupuscules sont des agents supplétifs de l’Etat bourgeois, qui les protège. Nous devons insister sur l’idée que les organisations du mouvement ouvrier doivent organiser elles-mêmes leur propre défense – et des mobilisations de masse – contre les organisations fascistes.

La prochaine campagne électorale

La campagne électorale pour la présidentielle de 2027 sera très polarisée. L’instrumentalisation éhontée de la mort d’un militant néofasciste à Lyon, mi-février, en a donné un avant-goût. La droite, l’extrême droite et l’aile droite du réformisme feront tout – avec le soutien sans faille des grands médias – pour tenter de discréditer la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Aucun mensonge et aucune calomnie ne lui seront épargnés.

Cette polarisation politique reflète la polarisation générale dans la société elle-même, sur fond de crise et de régression sociale permanentes. Ce que la bourgeoisie déteste et redoute chez Mélenchon, ce n’est pas sa personne, ni même en premier lieu son programme (même si elle n’en pense que du mal) : ce sont surtout les couches sociales qui se tiennent derrière lui, le soutiennent et menacent de se mettre en mouvement, ce qui entrainerait d’autres couches de notre classe.

Pour des raisons indiquées plus haut, la bourgeoisie française veut intensifier la guerre sociale contre les travailleurs. Ce que Mélenchon – malgré sa modération réformiste – incarne aux yeux de la classe dirigeante, c’est précisément la résistance potentielle des masses aux offensives à venir. Telle est la plus profonde source de l’hostilité viscérale que suscite LFI dans les sommets de la société. Cette hostilité est renforcée par le fait qu’à la différence d’autres dirigeants réformistes (tel Jeremy Corbyn, en Grande-Bretagne), Mélenchon rejette fermement les accusations calomnieuses qui le visent – et, bien souvent, contre-attaque vigoureusement, du moins en paroles.

Par exemple, il n’a jamais cédé un millimètre à l’accusation d’antisémitisme (à la différence de Corbyn) ; il a même souligné, à juste titre, que cette accusation était indissociable d’une justification du génocide des Gazaouis. De même, il a tourné en dérision la commission d’enquête parlementaire visant à lier LFI au fondamentalisme islamique. De manière générale, la fermeté de LFI sur la Palestine et contre l’islamophobie (entre autres) a pour effet de consolider sa base sociale et d’accroître l’exaspération de ses adversaires.

Ceci étant dit, Mélenchon et les dirigeants de LFI sont des réformistes, et comme tels ils multiplient les erreurs droitières. En particulier, ils portent une part de responsabilité dans l’ascension du RN, et ce au moins depuis juin 2022 : la Nupes et le NFP – c’est-à-dire l’alliance formelle de LFI avec l’aile droite du réformisme – ne pouvaient susciter aucune espèce d’enthousiasme chez des millions de jeunes, de pauvres, de travailleurs et de retraités qui détestent le PS, les Verts et le PCF (et surtout le PS), ces trois vieux partis « de gouvernement » qui sont perçus comme des rouages du « système » (et ne font rien pour corriger cette image). La Nupes et le NFP ne pouvaient pas convaincre grand monde dans l’électorat ouvrier du RN ou chez les travailleurs abstentionnistes, qui au total représentent une énorme réserve de voix. Elles seront la clé du scrutin d’avril 2027, dans une large mesure.

Comparons les résultats du premier tour de la présidentielle de 2022 avec ceux du premier tour des législatives de 2024. En avril 2022, les partis du futur NFP (FI, PS, Verts et PCF) ont recueilli un total de 10,7 millions de voix ; en juillet 2024, le NFP a recueilli 9 millions de voix. De son côté, le RN a recueilli 8,1 millions de voix en avril 2022 ; en juillet 2024, l’alliance RN-Ciotti en a recueilli 10,1 millions. Bilan : 1,7 million de voix en moins pour le NFP, contre 2 millions de voix en plus pour le RN. Le différentiel est de 3,7 millions de voix. Contrairement à ce qu’affirme Mélenchon, le NFP ne fut pas un grand succès électoral. Au contraire : il a contribué à une nouvelle progression électorale du RN, qui s’est présenté comme le seul parti « antisystème ».

Ces erreurs des dirigeants de LFI découlent de leur incapacité organique à rompre avec l’aile droite du réformisme, qui elle-même est directement soumise aux intérêts fondamentaux de la bourgeoisie. Si les dirigeants de LFI avaient fermement tenu une opposition de principe aux lâchetés et à la pathétique modération de l’aile droite du réformisme, ils seraient en meilleure posture au seuil de la campagne électorale qui va s’engager. De même, ils seraient en meilleure posture si, au lieu d’un « mouvement » privé d’une authentique démocratie interne, ils avaient formé un parti de masse doté de dirigeants responsables (et donc révocables), de solides structures locales et d’une puissante force de frappe militante.

Au point où en sont les choses, il est impossible de formuler un pronostic sur le résultat des élections présidentielle et législatives de 2027. Les sondages donnent un avantage au RN, pour le moment, ce qui est conforme à ce que nous venons d’expliquer. Mais une qualification de Mélenchon au deuxième tour, sans doute face au RN, est tout à fait possible. Sur fond d’énorme polarisation sociale et politique, ce serait un séisme susceptible de mobiliser de nouvelles couches sociales au profit de LFI. Un deuxième tour opposant Mélenchon à Le Pen (ou Bardella) jetterait tous les politiciens « modérés » dans un embarras tragi-comique et agirait comme deux gigantesques aimants aux deux pôles de classe de la société. L’orientation de la campagne de Mélenchon serait un facteur décisif dans le résultat final : plus il chercherait à se « recentrer », moins il aurait de chances de l’emporter.

Perspectives et tactique

Il est inutile de spéculer sur ce que fera Mélenchon et sur les résultats du scrutin présidentiel. De notre point de vue, l’essentiel est ailleurs : dans le fait que malgré toutes les manœuvres de l’aile droite du réformisme (« primaires », etc.), LFI sera probablement – une fois de plus – l’axe de cristallisation de l’opposition de gauche au « système », à la droite et à l’extrême droite. Il est vrai que les erreurs de LFI ont ressuscité l’aile droite du réformisme. Mais le processus de polarisation politique est tel que l’espace électoral entre LFI et les macronistes (ou ex-macronistes) se réduit comme peau de chagrin. Or c’est dans cet espace que Ruffin, Autain, Tondelier et consorts cherchent un appui pour marginaliser Mélenchon. Il est peu probable qu’ils y parviennent.

Face au danger d’une victoire du RN, des millions de jeunes et de travailleurs souhaiteront la victoire de LFI. Ils estimeront à juste titre que toute candidature « de gauche » se tenant sur la droite de LFI est une entreprise de sabotage au service de la droite et de l’extrême droite. La plupart regretteront aussi les candidatures de « l’extrême gauche », dans un contexte où la qualification de Mélenchon pourrait se jouer à quelques centaines de milliers de voix (comme en 2022).

Dès lors, notre soutien critique à LFI trouvera un écho favorable chez les jeunes les plus radicalisés avec lesquels nous discuterons sur les facs et lors des grands événements de la campagne (meetings et manifestations). Tout l’enjeu sera de savoir expliquer concrètement notre position et d’en faire un levier pour la construction du PCR.

Nous devrons résister aux pressions opportunistes inhérentes à ce type de travail. Dans l’élan et l’enthousiasme de la campagne, nos critiques ne seront pas toujours comprises et bien reçues. Tout en argumentant fraternellement, nous ne devons rien céder aux illusions réformistes (plus ou moins superficielles) de la majorité des jeunes et des travailleurs qui soutiennent Mélenchon. Nous nous orientons vers la petite minorité la plus radicale, celle qui comprend – ou qui est en voie de comprendre – que le programme, les idées et la stratégie de LFI sont beaucoup trop modérés, qu’il faut un programme de rupture avec le capitalisme, et donc construire un parti révolutionnaire défendant ce programme.

Avec des jeunes tentés par un vote pour « l’extrême gauche » (précisément parce que LFI est réformiste), nous devons commencer par discuter de ce qui est le plus important : nos idées et notre programme révolutionnaires. Nous devons d’abord vérifier si nous sommes d’accord dans ce domaine. Ensuite, seulement, nous pouvons expliquer notre position tactique à l’égard de LFI, mais sans en faire une question de principe (ce qu’elle n’est pas, précisément).

L’erreur symétrique à l’opportunisme, c’est l’ultra-gauchisme. Pendant la campagne électorale, les pressions ultra-gauchistes extérieures à notre parti seront réduites au dernier carré d’organisations « trotskystes » qui refusent catégoriquement d’apporter un soutien critique à LFI. Ces pressions seront donc marginales, quoiqu’elles puissent exister sur certaines facs : NPA-R, RP, etc. Quant aux jeunes inorganisés qui seront tentés par un vote pour « l’extrême gauche », leur pression sera d’autant moins forte qu’ils seront eux-mêmes hésitants, bien souvent, et ouverts à notre position de soutien critique à LFI.

Des sectes « trotskystes » nous reprocheront de ne pas rallier leur bannière électorale (le cas échéant) et leurs idées « révolutionnaires ». Elles nous accuseront de « renforcer les illusions » dans le réformisme de LFI. Mais d’une part, à y regarder de près, les idées de LO, du NPA-R, de RP, etc. sont abstraites, confuses et souvent modérées. D’autre part, nous ne renforçons aucune illusion dans les idées réformistes de Mélenchon, puisque c’est précisément sur le réformisme que porte notre critique. Seuls des esprits sectaires peuvent s’imaginer que le fait d’appeler à voter pour Mélenchon est, en lui-même, une « trahison » du marxisme. S’il est bien formulé, notre soutien critique à LFI contribue, au contraire, à élever le niveau de conscience de ceux qui nous écoutent et nous lisent. C’est tout l’inverse d’une trahison. Et dans le même temps, c’est le meilleur moyen d’engager un dialogue constructif avec les jeunes et les travailleurs qui s’apprêtent à voter pour LFI.

Nous devons expliquer notre position sur LFI de façon claire et concrète. En ce qui concerne les perspectives pour un gouvernement de LFI, nous devons éviter les affirmations trop catégoriques. Il est vrai que la bourgeoisie exercera d’énormes pressions sur un gouvernement de LFI pour qu’il renonce à son programme. Il est également vrai que si LFI ne passe pas à l’offensive, si elle ne s’attaque pas à la grande propriété capitaliste, elle finira par renoncer à son programme. Tout cela est exact et nous devons l’expliquer. Mais nous ne pouvons pas anticiper les étapes et le rythme d’un tel processus. On ne peut pas totalement exclure que, dans un premier temps, un gouvernement de LFI résiste aux pressions et commence à mettre en œuvre certaines mesures progressistes de son programme.

Un élément de l’équation sera la mobilisation des masses elles-mêmes. En juin 1936, la victoire électorale du Front populaire a précipité une puissante grève générale illimitée, c’est-à-dire une crise révolutionnaire. Jeté sur la défensive, le grand patronat a dû concéder les 40 heures, les congés payés, etc., qui ne figuraient même pas dans le programme du Front populaire. Les dirigeants réformistes et staliniens ont sauvé le capitalisme français, mais la bourgeoisie a dû faire un pas en arrière avant de repartir à l’offensive et d’écraser le mouvement ouvrier.

Dans son Programme de transition, Trotsky soulignait que « sous l’influence d’une combinaison tout à fait exceptionnelle de circonstances », dont une « offensive révolutionnaire des masses », il n’était pas impossible que des dirigeants réformistes, au pouvoir, aillent « plus loin qu’ils ne le veulent eux-mêmes dans la voie de la rupture avec la bourgeoisie ». Nous aurions tort de l’exclure totalement dans le cas d’un gouvernement de LFI. Bien sûr, un tel gouvernement ne mettra pas à l’ordre du jour l’expropriation de la grande bourgeoisie française. Mais notre position n’a rien à voir avec le fatalisme abstrait et passif des organisations ultra-gauchistes qui prophétisent une « trahison » immédiate de LFI. Nous devons formuler les choses positivement : 1) un gouvernement de LFI sera exposé à d’énormes pressions bourgeoises, à commencer par celles des marchés financiers internationaux ; 2) le seul moyen de briser ces pressions sera l’expropriation de la grande bourgeoisie et un appel aux travailleurs européens pour qu’ils suivent cet exemple ; 3) la mobilisation des masses sera un élément décisif du processus ; 4) la seule garantie de la victoire définitive de notre classe, c’est la construction d’un puissant parti révolutionnaire, qui soit à la fois préparé et déterminé à renverser le système capitaliste. C’est à cette conclusion que doit mener notre argumentation.

Le mouvement syndical

Comme en 2017 et en 2022, la campagne de LFI suscitera d’autant plus d’espoirs que les mobilisations syndicales ne sont pas parvenues à enrayer la régression sociale, sans parler d’arracher de nouvelles conquêtes. Lorsque la lutte des travailleurs est en échec sur le terrain syndical, leur attention se reporte sur le terrain électoral – à condition qu’une force politique ouvre la perspective d’une rupture avec l’austérité et les contre-réformes.

Il est probable que Macron n’engagera pas de contre-réforme drastique en pleine campagne électorale. Quant aux directions syndicales, en l’absence de grande contre-réforme, elles ne voudront sans doute pas prendre l’initiative d’une mobilisation interprofessionnelle d’ampleur. Elles se contenteront probablement de quelques « journées d’action » routinières et sans lendemain. Cependant, d’ici le mois d’avril 2027, d’importantes luttes peuvent éclater à l’échelle d’entreprises menacées de fermetures ou de plans sociaux. En outre, une réédition d’un mouvement semblable à celui du 10 septembre – hors structures syndicales – est tout à fait possible : la jeunesse et les travailleurs les plus radicalisés ne voudront pas forcément attendre le résultat du scrutin présidentiel. Enfin, il faudra bien un budget pour 2027, ce qui pourrait jouer le rôle de catalyseur de nouvelles mobilisations. Celles-ci pourraient aussi être provoquées par la situation internationale (guerres impérialistes, mobilisations révolutionnaires) ou par une nouvelle « bavure » policière. Bref, non seulement la campagne électorale sera très polarisée, mais il n’est pas impossible qu’elle se déroule sur fond de grande instabilité sociale.

La passivité et le conservatisme délibérés des directions confédérales des syndicats, depuis plusieurs décennies, ouvrent la voie à de grandes mobilisations se déployant en dehors des structures syndicales – au moins dans un premier temps. Ce fut le cas du mouvement du 10 septembre dernier et du mouvement des Gilets jaunes en 2018 et 2019. A l’avenir, d’autres mouvements de ce type sont possibles, et même inévitables. Tôt ou tard, la lutte des classes – à l’échelle nationale – finira par échapper au contrôle des directions confédérales des syndicats.

Ceci dit, l’accumulation de colère et de frustration, dans le salariat, finira par trouver une expression à l’intérieur du mouvement syndical. Le 53Congrès de la CGT, en 2023, en fut une expression très nette. Mais d’autres confédérations syndicales seront aussi affectées par une polarisation interne. Nous devons rejeter toute forme de sectarisme à l’égard des travailleurs organisés à la CFDT, à Force ouvrière, etc. N’oublions pas que face à la menace d’une fermeture, en 2012, la CFDT du site industriel de Florange (ArcelorMittal) se mobilisait sur le mot d’ordre de « nationalisation sans indemnité ni rachat ».

En ce qui concerne la CGT, qui est la confédération la plus militante, sa polarisation interne n’est pas un processus linéaire. Il y a des flux et des reflux. Le 53Congrès fut un temps fort, mais il a été suivi par un certain recul de l’aile gauche. Il y a à cela plusieurs raisons, que nous avions d’ailleurs anticipées. De nombreux militants de la CGT ont donné le bénéfice du doute à Sophie Binet. De son côté, elle a cherché à réparer les fractures du 53Congrès. Elle n’a pas attaqué l’aile gauche ; au contraire, elle a participé à ses initiatives, a pris la parole dans ses rassemblements, etc. Quant aux dirigeants de l’aile gauche de la CGT, ils restent confus et sont divisés sur la stratégie à suivre. En novembre dernier, l’aile gauche de la CGT a perdu l’un de ses vieux bastions lors du Congrès de l’Union Départementale des Bouches-du-Rhône.

Il faut bien comprendre que « l’aile gauche » de la CGT n’est pas une fraction homogène et bien organisée. Il y a, de facto, des fédérations (comme la FNIC), des Unions Départementales (comme celle du Nord), des Unions Locales et des syndicats d’entreprise qui se tiennent nettement sur la gauche de la direction confédérale. Mais l’ensemble ne constitue pas – ou du moins, pas encore – une structure centralisée et soudée par une stratégie, des idées et un programme communs.

De même, « Unité CGT » n’est pas vraiment « l’aile gauche de la CGT », comme nous l’avons parfois écrit de façon schématique. C’est simplement une publication à laquelle contribuent différents secteurs de l’aile gauche. Mais comme c’est la seule publication à jouer ce rôle, à ce stade, elle est susceptible de développer son influence dans les années à venir. En attendant, « Unité CGT » reflète bien les carences de l’aile gauche de la CGT. Par exemple, en amont du 10 septembre, ils ont publié un très bon communiqué qui tranchait une fois de plus avec la modération de la direction confédérale. Mais dans la foulée de la mobilisation, ses rédacteurs se sont contentés de répéter en boucle qu’il fallait « tout bloquer », sans expliquer concrètement comment on pourrait y parvenir.

Tôt ou tard, la polarisation interne à la CGT franchira un nouveau seuil qualitatif. Des fédérations et des UD vireront à gauche. Des figures militantes émergeront à l’échelle nationale. Sous la pression, même la direction confédérale pourrait faire un pas vers la gauche, afin de ne pas perdre la main. Il est impossible d’anticiper le détail et le rythme de ce processus, que nous devrons suivre attentivement au fur et à mesure de son développement.

Dans l’immédiat, relevons que la crise de régime pousse Sophie Binet à prendre sans cesse des positions politiques, en pleine rupture avec le principe (hypocrite) de « l’indépendance syndicale », principe selon lequel les dirigeants syndicaux ne doivent s’occuper que de la lutte extra-parlementaire – et les dirigeants politiques uniquement de la lutte électorale et parlementaire.

Après la chute du gouvernement Bayrou, en septembre dernier, toutes les directions confédérales des syndicats se sont prononcées contre une dissolution de l’Assemblée nationale ou une élection présidentielle anticipée. En phase avec cette position politique, elles ont tout fait pour éteindre le mouvement du 10 septembre, stabiliser la situation sociale et permettre à Lecornu de négocier un budget austéritaire avec les députés socialistes.

Sophie Binet a donc apporté un amendement de taille au « principe » de l’indépendance syndicale : elle peut prendre position sur toutes les questions politiques, en général pour soutenir l’aile droite du réformisme, voire la droite tout court (au nom du « Front républicain contre le RN ») ; mais par contre, les dirigeants politiques – et en particulier ceux de LFI – ne doivent pas se mêler de la lutte des classes extra-parlementaire ! Cette dissymétrie n’est pas du goût de Mélenchon, qui ne s’est pas privé d’appeler les organisations syndicales à préparer une « grève générale » en amont du 10 septembre 2025.

Tout ceci confirme ce que nous avons expliqué à de nombreuses reprises : l’approfondissement de la crise du capitalisme sape les bases de la soi-disant « indépendance syndicale », car elle brise la frontière artificielle entre la lutte électorale (« politique ») et la lutte extra-parlementaire (« syndicale »). L’aile droite du mouvement syndical s’alignera toujours plus ouvertement sur les dirigeants les plus droitiers des partis « de gauche ». A l’inverse, l’aile gauche du mouvement syndical prendra et assumera des positions politiques « radicales ». Dans ce conflit, nous défendrons la position générale formulée dans notre programme : « Le PCR milite pour l’adoption par le mouvement syndical, et d’abord par la CGT, d’un programme de rupture avec le capitalisme et de transformation socialiste de la société. Sur cette base, les syndicats pourront librement et démocratiquement déterminer leurs relations précises avec les différents partis de gauche. »

Dans le même temps, non seulement nous devons défendre le droit de LFI d’intervenir sur le terrain syndical, mais nous devons surtout souligner que le mouvement de Mélenchon se contente, dans ce domaine, d’interventions et d’initiatives ponctuelles, sans lendemain. Par exemple, il était positif que Mélenchon appelle les syndicats à organiser une grève générale le 10 septembre dernier. Mais dans la foulée du 10 septembre, la direction de LFI a laissé les directions syndicales saboter le mouvement ; elle s’est repliée dans l’arène parlementaire – c’est-à-dire dans l’arène du crétinisme parlementaire, puisque rien de bon ne pouvait sortir de l’Assemblée nationale.

Ce faisant, les dirigeants de LFI ont objectivement aidé Sophie Binet et consorts à étouffer la mobilisation sociale. Nous devons l’expliquer d’une façon positive, constructive, mais claire et nette. De manière générale, notre critique de LFI ne cible pas seulement son programme réformiste, mais aussi sa stratégie, et en particulier le fait que ce mouvement pourrait jouer un rôle très positif dans la construction d’un mouvement extra-parlementaire – ce que, précisément, il ne fait pas.

La jeunesse et l’extrême gauche

Nous l’avons dit et répété : l’une des caractéristiques les plus fondamentales de la période actuelle, et qui est d’une importance décisive de notre point de vue, c’est la radicalisation politique d’une fraction croissante de la jeunesse. Cette radicalisation prend diverses formes. Le soutien dont LFI bénéficie dans la jeunesse en est l’expression la plus massive, et nous avons abordé plus haut les considérations tactiques qui en découlent pour notre parti. Mais une petite minorité de la jeunesse – y compris, bien sûr, parmi les jeunes qui soutiennent LFI – s’oriente directement vers les idées du communisme. C’est la base objective de notre croissance et de nos succès au cours des dernières années. Mais c’est aussi la base objective de la croissance d’autres organisations qui se réclament du marxisme et du communisme.

Certaines organisations ultra-gauchistes sont tellement pétrifiées dans leur dogmatisme et leur formalisme, sans parler de leur régime interne, qu’on ne saurait dire si elles profiteront de la radicalisation de la jeunesse. D’autres organisations, par contre, vont sans doute grandir et grandissent déjà.

Ces dernières années, on assiste également à un certain réveil des organisations « staliniennes », ou plutôt néo-staliniennes et néo-maoïstes. Elles bénéficient en ce moment d’une conjoncture favorable : face à la monstrueuse agressivité de l’impérialisme américain, le géant chinois peut faire figure de contrepoids « progressiste », voire « anti-impérialiste », dans l’esprit d’un certain nombre de jeunes. Par ailleurs, les organisations en question sont en phase avec diverses idées postmodernes, et notamment les théories « décoloniales », qui sont toujours à la mode dans certaines couches de la jeunesse. Enfin, les erreurs et méthodes erronées des sectes « trotskystes » facilitent la croissance des néo-staliniens.

Nous ne devons faire aucune concession aux idées néo-staliniennes et néo-maoïstes, qui sont une impasse. Notre critique de la PaduTeam, par exemple, visait à marquer l’opposition irréductible entre le marxisme authentique et le stalinisme (fut-il « néo »). Ceci dit, c’est une chose – absolument nécessaire – de critiquer fermement des youtubeurs dotés d’une large audience et qui déversent des tonnes d’idioties sur le « trotskysme » et Léon Trotsky. Autre chose est de savoir mener une discussion constructive avec des jeunes qui ne comprennent pas encore la différence entre le marxisme et les idées néo-staliniennes. Nous devons absolument éviter de les traiter de « staliniens » à la première idée confuse qu’ils formulent ! Nous devons expliquer patiemment et concrètement nos idées, ce qu’est la Chine aujourd’hui, mais aussi ce qu’est le bolchevisme, l’internationalisme révolutionnaire et le programme authentique de la lutte contre l’impérialisme. Nous devons tenir compte du fait que, bien souvent, nous avons à faire à des jeunes révoltés contre les crimes de l’impérialisme occidental. C’est de là qu’il faut partir, dans nos discussions avec eux, en nous efforçant de les gagner aux idées et au programme du marxisme.

En fait, ce doit être notre attitude générale à l’égard de tous les jeunes qui sympathisent avec telle ou telle organisation « d’extrême gauche », quelle qu’elle soit. Comme nous l’écrivions dans nos Perspectives de 2023 : « Du point de vue du développement de la lutte des classes dans les années à venir, les recompositions de “l’extrême gauche” n’ont pas grande importance. Elles n’en ont pas davantage du point de vue de la construction de notre propre organisation, car elles n’appelleront pas de décisions tactiques significatives de notre part. Sur le plan “tactique”, nos camarades doivent surtout savoir distinguer un irréductible sectaire d’un jeune révolté, sincère, ouvert, mais rebuté à juste titre par la modération des dirigeants de la gauche réformiste. Or des jeunes de ce type sont nombreux en dehors des organisations gauchistes. On doit savoir discuter avec eux en commençant, non par brandir La maladie infantile de Lénine, mais par expliquer notre critique marxiste des dirigeants réformistes. Il faut commencer par ce sur quoi nous sommes d’accord. Ensuite, seulement, on peut expliquer patiemment et concrètement la question de la tactique à l’égard des grandes organisations réformistes du mouvement ouvrier. »

Conclusion

Nous avons consacré une bonne partie de ce document aux perspectives les plus immédiates, c’est-à-dire à la campagne électorale de la présidentielle et à la situation qui découlera de son résultat. Nous avons discuté deux hypothèses : un gouvernement dirigé par le RN et un gouvernement dirigé par LFI.

En réalité, une victoire d’un candidat du « centre » en 2027 est toujours possible. Mais ce n’est pas l’hypothèse qu’auront en tête la plupart des jeunes que nous chercherons à gagner pendant la campagne électorale. Ils songeront avec inquiétude à la possibilité d’une victoire du RN (qu’annoncent les sondages, à ce stade) et voudront écarter cette possibilité au moyen d’une victoire de LFI. C’est donc à ces deux possibilités que se rattacheront nos discussions sur la présidentielle, pendant la campagne électorale.

Ceci dit, admettons que ni LFI, ni le RN ne remporte la présidentielle. Dans ce cas, les élections législatives déboucheraient probablement sur une Assemblée nationale sans majorité absolue. Mais il pourrait en aller de même, en réalité, dans l’hypothèse d’une victoire de LFI ou du RN à la présidentielle. La crise de régime prendra différentes formes et voies suivant les différents scénarios électoraux.

De manière générale, nous devons comprendre que l’instabilité sociale se développera – avec des flux et des reflux – dans tous les cas de figure. La crise du capitalisme français et les contradictions entre les classes sont telles que de grandes luttes éclateront sans crier gare, quelle que soit la situation précise à l’Elysée et au Palais Bourbon. C’est ce que nous a rappelé le mouvement du 10 septembre, qui a émergé contre la volonté des directions confédérales des syndicats.

Les deux classes fondamentales de la société française – la bourgeoisie et le salariat – s’orientent vers une série d’affrontements majeurs. En l’absence d’un parti révolutionnaire suffisamment puissant pour résoudre ce conflit au profit des travailleurs, le processus se développera pendant toute une période. Elle sera marquée par des offensives et des victoires partielles de notre classe, mais aussi des défaites et même des phases d’atonie de la lutte des classes. Celles-ci, cependant, ne seront que le prélude à de nouvelles offensives des travailleurs.

Tout l’enjeu, pour notre parti, sera d’intervenir dans les événements pour construire le PCR, plonger ses racines dans la jeunesse et le mouvement ouvrier, accroître sans cesse ses forces et son influence, jusqu’à ce qu’il soit en mesure de disputer aux réformistes la direction du mouvement ouvrier – et donc de mettre la révolution socialiste à l’ordre du jour.

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