Depuis l’offensive criminelle de l’impérialisme américain contre le Venezuela, le 3 janvier, Donald Trump multiplie les menaces à un rythme impressionnant. Iran, Mexique, Colombie, Cuba, Canada, Europe : tous (et d’autres !) sont dans le collimateur de la Maison-Blanche, et ce de la façon la plus explicite. Au programme : bombardements, sanctions ou hausse des droits de douane.

Le style de Donald Trump renforce l’image d’une arrogance débridée. En France, des « experts » en sont parfois réduits à des spéculations sur la santé mentale du président de la première puissance mondiale. En réalité, ses objectifs sont assez clairs et cohérents : il veut défendre activement et agressivement les intérêts de l’impérialisme américain. Ce qu’il y a d’irrationnel, dans ce domaine, relève de l’irrationalité du système capitaliste lui-même, dont la survie menace de plonger l’humanité dans une barbarie généralisée. Tous les politiciens et journalistes bourgeois contribuent à cette folie furieuse.

La Chine et les Etats-Unis

Pour comprendre l’orientation fondamentale de politique étrangère américaine, par-delà ses soubresauts, il faut partir de l’évolution du rapport de forces entre les grandes puissances impérialistes – dans le contexte d’une profonde crise du capitalisme mondial, et donc d’une exacerbation de la lutte interimpérialiste pour des marchés, des zones d’influence et des sources de matières premières.

Depuis plus d’une décennie, on assiste au déclin relatif de l’impérialisme américain et à l’ascension corrélative de l’impérialisme chinois, qui est désormais le principal concurrent des Etats-Unis à l’échelle mondiale. La rivalité croissante entre les Etats-Unis et la Chine est le facteur le plus déterminant des relations internationales. Ses répercussions touchent toutes les régions du monde.

Dans les pages de ce journal, nous avons souvent souligné que c’est ce facteur qui pèse le plus lourd dans la politique de Donald Trump vis-à-vis de la guerre en Ukraine. S’il demande aux bourgeoisies européennes de s’en débrouiller elles-mêmes, ce n’est pas seulement parce qu’il refuse d’assumer l’humiliante défaite de l’OTAN face à l’armée russe ; c’est aussi parce que l’impérialisme américain veut concentrer ses ressources – qui sont colossales, mais pas infinies – dans d’autres régions du monde, où c’est le poids de la Chine qui constitue la première préoccupation des Etats-Unis.

Trump et l’Amérique latine

Prenons le cas de l’agression militaire du Venezuela, le 3 janvier dernier. Le contrôle des énormes ressources pétrolières de ce pays est évidemment un élément important de l’équation. Mais si c’était le seul élément, Trump n’aurait pas eu besoin de bombarder Caracas et de kidnapper Maduro : il lui suffisait de trouver un accord avec ce dernier et de lever les sanctions contre l’industrie pétrolière du Venezuela. Bien avant le 3 janvier, Maduro a dit et répété qu’il était entièrement disposé à trouver un accord avec les Américains.

L’agression militaire du Venezuela faisait partie d’une stratégie plus globale. C’était un avertissement très clair à tous les régimes du continent latino-américain, que les Etats-Unis considèrent comme leur pré carré, mais dont la Chine est désormais le premier partenaire commercial. Trump a voulu rappeler « qui est le patron » en Amérique latine. Il en attend des répercussions favorables aux Etats-Unis en termes d’accès prioritaire à des marchés, des infrastructures et des ressources minières – au détriment de l’impérialisme chinois.

Ceci étant dit, il est beaucoup plus facile de bombarder Caracas que de briser les puissants liens économiques entre l’Amérique latine et la Chine. Par exemple, l’institut de recherche AidData a calculé que pour 1 dollar prêté ou donné par les Etats-Unis à des Etats latino-américains, entre 2014 et 2023, la Chine en a prêté ou donné 3. Une telle dépendance financière à l’égard de la Chine ne peut pas être supprimée en 24 heures au moyen de menaces issues de la Maison-Blanche. Par ailleurs, les Etats-Unis vont-ils importer les énormes quantités de produits agroalimentaires que la Chine achète à divers pays latino-américains ? Même l’architrumpiste Javier Milei rechigne à rompre les liens économiques de l’Argentine avec le géant chinois.

Au final, les menaces et interventions de Trump aggravent l’instabilité économique, politique et militaire à l’échelle mondiale. L’un des effets en sera – paradoxalement – de pousser divers pays dans le giron de la Chine, pour se mettre à l’abri des menaces et sanctions américaines. Par ailleurs, tout ceci exacerbe la haine des peuples opprimés à l’égard de l’impérialisme américain et des régimes corrompus qui s’y soumettent. Tôt ou tard, cela se retournera contre Washington – y compris au Venezuela.

L’Europe aux abois

Dans ce vaste conflit qui oppose les Etats-Unis à la Chine (et, dans une moindre mesure, à la Russie), les impérialistes européens sont réduits au rôle de spectateurs impuissants et de victimes collatérales. Trump ne perd jamais une occasion de les mépriser et de les humilier. Ce faisant, il souligne le rapport de forces réel entre les Etats-Unis et l’Europe, cette coalition de petits Etats instables, endettés et déclinants. Même abstraction faite de ses divisions internes, l’Europe est désormais une puissance de deuxième rang.

Dans ce contexte, l’hypocrisie des dirigeants européens atteint sans cesse de nouveaux sommets. Ces dernières décennies, ils ont soutenu pratiquement tous les crimes (innombrables) de l’impérialisme américain. Comme les Etats-Unis, ils ont soutenu et financé le génocide des Gazaouis au nom du « droit d’Israël à se défendre ». A l’heure où nous écrivons ces lignes, ils encouragent Trump à bombarder l’Iran et Cuba – au nom de la « démocratie » et des « valeurs libérales », bien sûr. Mais lorsque le président américain parle de prendre possession du Groenland, les mêmes dirigeants européens lèvent les bras au ciel, implorent le Seigneur et lancent de solennelles protestations. L’impérialisme américain ne leur pose aucun problème, sauf lorsqu’il vise leurs intérêts.

A cette occasion, les bourgeoisies européennes ont révélé leur conception très singulière du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Elles ne cessent de brandir ce principe – contre Poutine – à propos de l’Ukraine. Mais dans le cas du Groenland, dont les habitants ont été martyrisés par le Danemark, le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » a soudainement disparu de la rhétorique européenne. Très précisément, on nous informe que le sort de cette colonie danoise doit être tranché par les Groenlandais… et les Danois !

Le déclin irréversible du capitalisme européen aura d’énormes répercussions politiques et sociales sur l’ensemble de ce continent. Ce que les bourgeoisies européennes perdent sur l’arène mondiale, elles s’efforceront de le récupérer en attaquant brutalement la classe ouvrière, les chômeurs, les jeunes et les retraités. Cela prépare une intensification de la lutte des classes dans tous les pays d’Europe.

Le déclin du capitalisme français

Au sein d’une Europe déclinante, le déclin spécifique de l’impérialisme français s’est accéléré au cours des toutes dernières années, en particulier en Afrique. Pour défendre ses profits et ses parts de marché, la bourgeoisie française doit mettre à l’ordre du jour une offensive générale, d’une ampleur inédite, contre les conditions de vie et de travail de l’écrasante majorité de la population.

Cependant, les politiciens bourgeois ont le plus grand mal à susciter l’enthousiasme des électeurs en leur annonçant une cure d’austérité drastique. Telle est la cause de la longue et pathétique farce parlementaire à laquelle on assiste depuis les élections législatives de juillet 2024. Une fois de plus, les dirigeants du PS ont permis au gouvernement de faire adopter un budget austéritaire. Dans la mesure où il aurait pu être encore plus austéritaire, Olivier Faure et compagnie crient « victoire ». C’est ridicule, mais le fait est que la grande bourgeoisie française a besoin de coupes budgétaires beaucoup plus profondes. Le Medef le clame. Il proteste, exige, exhorte – en vain, car il n’y a pas de majorité parlementaire pour faire adopter le programme dont le grand patronat a besoin.

En conséquence, la classe dirigeante se résout à l’option d’un gouvernement dirigé par le RN à l’issue des prochaines élections présidentielle et législatives. Mais c’est loin d’être fait. La France insoumise peut parvenir à cristalliser l’énorme quantité de colère qui s’est accumulée dans les profondeurs de la société. A une condition : la FI doit rompre clairement avec l’aile droite du réformisme (PS, Verts, PCF) et mener campagne sur un programme très radical.

Le PCR soutiendra activement les candidatures de la FI. Nous appelons à voter pour ce mouvement aux élections municipales du mois prochain. Mais nous participerons à ces luttes électorales sur la base de notre programme révolutionnaire et internationaliste. Il faut en finir avec le système capitaliste, exproprier les grands moyens de production et les placer sous le contrôle des travailleurs, qui produisent toutes les richesses. C’est la seule voie pour éliminer toutes les formes de misère et d’oppression. Et c’est aussi le meilleur moyen d’œuvrer à l’émancipation de tous les peuples opprimés par l’impérialisme.


Sommaire

Contre l’impérialisme : lutter pour le socialisme ! - Edito du n°97
De Philadelphie à Tokyo, l’ICR se mobilise pour le Venezuela
Les prochaines réunions publiques du PCR
Grève au Louvre : défendre le patrimoine contre la logique du profit
Brèves
« La lutte continue, jusqu’à la victoire ! » Interview du Collectif des Mineurs Isolés de Rouen
La grève des médecins libéraux et la crise de la santé publique
« J’étais bonne à être exploitée, rien de plus » Témoignage de Mariam, travailleuse étrangère
La bourgeoisie intensifie la répression des sans-papiers
Meurtre d’El Hacen Diarra : « la police tue », une fois de plus
Comment expliquer la pénurie de logements ?
Groenland : Trump humilie les impérialistes européens
Etats-Unis : mobilisation historique contre l’ICE
Syrie : les impérialistes sacrifient les Kurdes
Iran : mouvement de masse et manœuvres impérialistes
Venezuela : un mois après l’enlèvement de Maduro
Marxisme et révisionnisme
La révolution ne sera pas télévisée Le film sur l’échec du coup d’Etat contre Chavez, en 2002
Qu'est-ce que l'impérialisme ?

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