Lors de la cérémonie d’intronisation de son nouveau gouvernement, lundi, le président Hugo Chavez a annoncé une série de mesures radicales. Si elles étaient mises en œuvre, elles porteraient un coup sévère à l’oligarchie vénézuélienne et à l’impérialisme. Les annonces de Chavez reflètent l’état d’esprit des masses vénézuéliennes, leur volonté d’en finir avec le capitalisme dans le pays.

En décembre, Chavez a remporté une victoire électorale écrasante – la plus importante depuis le début de la révolution vénézuélienne. Le rapport de force est désormais très favorable aux masses vénézuéliennes. Chavez a le contrôle absolu du Parlement, ainsi qu’un base massive dans la population. Les conditions d’un renversement définitif du capitalisme sont réunies.

Dans son discours, Chavez a insisté sur l’idée que le Venezuela est entré dans une nouvelle phase, qu’il appelle « le Projet National Simon Bolivar de 2007-2021 », et dont le but est construire le « Socialisme bolivarien ». Lors de sa propre cérémonie d’intronisation, Chavez devrait donner plus de détails sur ce projet. Mais dès lundi, il a annoncé 5 points, cinq « moteurs » de la révolution : une « loi-cadre » spéciale, une nouvelle réforme constitutionnelle, un plan d’éducation populaire, la refonte des organes du pouvoir d’Etat, et enfin « l’explosion révolutionnaire du pouvoir communal ».

La loi-cadre est sans doute la plus importante des annonces. Elle permettrait à Chavez, dans l’année qui vient, de faire adopter un certain nombre de décrets. Chavez a précisé qu’un élément central de cette loi serait la nationalisation de toutes les industries clés qui ont été privatisées par les gouvernements précédents, comme par exemple la CANTV – la compagnie de télécommunications (privatisée en 1991) – et l’industrie de l’électricité. Il y a quelques mois, déjà, Chavez avait menacé de nationaliser la CANTV si la direction de l’entreprise n’alignait pas les retraites de ses salariés sur le salaire minimum.

Chavez a dit clairement ce qu’il fallait faire : « Tout ce qui a été privatisé – nationalisons-le », une proposition qui a été très applaudie. Il a précisé que l’objectif était d’établir « la propriété sociale des secteurs stratégiques des moyens de production. »

Chavez prévoit également de renforcer le contrôle d’Etat sur l’industrie pétrolière. Aujourd’hui, il y a quatre projets d’exploitation de la région pétrolière d’Orinoco, que l’Etat gère en collaboration avec les entreprises américaines Exxon Mobil, Conoco et Chevron, l’entreprise française Total, la britannique BP et la norvégienne Statoil. Dans ces opérations, l’Etat vénézuélien est minoritaire. Chavez propose donc de devenir majoritaire, ce qui renforcera le contrôle de l’Etat sur ces projets importants, qui représentent 18% de la production nationale de pétrole.

Chavez a précisé que le texte de cette loi était prêt, et qu’il serait rapidement soumis à l’Assemblée Nationale.

Il a également proposé de nouvelles réformes constitutionnelles. Sans entrer dans les détails, il a indiqué qu’il allait se baser sur le « pouvoir populaire, véritable combustible » de la révolution. Et d’ajouter : « Nous allons vers une République socialiste du Venezuela, et cela nécessite une profonde réforme de notre constitution. [...] Nous allons vers le socialisme, et personne ne nous en empêchera. » Au cours de son discours, il a explicitement fait référence aux idéaux de Marx et de Lénine.

L’une des réformes mentionnées par Chavez vise au renforcement du contrôle sur la Banque Centrale. Aujourd’hui, la Banque Centrale est indépendante. Et comme Chavez l’a dit, cette indépendance en fait un instrument du « néo-libéralisme ». C’est correct. Les dirigeants de la Banque Centrale se sont systématiquement opposés à la politique de Chavez sur l’affectation des ressources de l’Etat à la lutte contre la pauvreté et à la mise en œuvre d’authentiques réformes sociales. Ils ont utilisé l’indépendance de la Banque Centrale pour défendre les membres de l’oligarchie, qui veulent conserver leur contrôle sur les principaux leviers de l’économie.

Chavez a également annoncé le lancement d’un plan « d’éducation populaire bolivarienne ». Il a expliqué que cela « renforcerait les nouvelles valeurs et détruirait les anciennes – l’individualisme, le capitalisme, l’égoïsme. »

Il a aussi parlé de donner davantage de pouvoir aux régions les plus pauvres du pays, ce qui était une façon de souligner la nécessité de placer le pouvoir entre les mains des masses qui soutiennent la révolution. Il a dit qu’il fallait « démanteler l’Etat bourgeois » – qui est « un obstacle à la révolution » – et a indiqué qu’il fallait donner davantage de pouvoirs aux nouveaux Conseils Communaux, qui devraient se développer à la base, de façon à ce que le nouvel Etat repose sur ces Conseils Communaux.

Avant même son discours, Chavez avait déjà décidé de ne pas renouveler la licence de RCTV, une compagnie de radio-télévision qui a systématiquement soutenu toutes les manœuvres anti-démocratiques pour renverser le Président. Elle avait soutenu le coup d’Etat d’avril 2002 et le sabotage de l’industrie pétrolière, fin 2002.

Cette décision de Chavez lui a valu les critiques de l’opposition et de l’impérialisme. Ils veulent pouvoir librement comploter contre le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela. Imaginez qu’une chaîne de télévision privée américaine appelle les généraux à renverser Bush. Comment les Républicains réagiraient-ils ? Cette chaîne de télévision serait fermée dans les 24 heures.

Autre fait significatif : le vice-président du Venezuela, Jose Vicente Rangel, a été limogé et remplacé par Jorge Rodriguez. Rangel avait fini par être considéré comme un représentant de l’aile la plus modérée de la direction bolivarienne. Il s’était notamment opposé, en août dernier, à l’expropriation des terrains de golfe de Caracas, qu’avait pourtant annoncée Barreto, le maire de la ville. A l’époque, Rangel expliquait que le gouvernement vénézuélien était le garant du respect de la propriété privée.

Les marxistes ne peuvent qu’approuver et soutenir pleinement les mesures annoncées par Chavez. Nous avons systématiquement expliqué que la révolution bolivarienne ne pouvait pas s’arrêter à mi-chemin. Soit elle avance jusqu’à l’expropriation des principaux leviers de l’économie, brisant ainsi le pouvoir de l’oligarchie et de l’impérialisme – soit l’oligarchie, utilisant son contrôle de l’économie pour saboter et miner la révolution, finira par la liquider.

La réaction de la classe capitaliste internationale aux annonces de Chavez ne s’est pas faite attendre – et ne surprendra personne. Alberto Ramos, de Goldman Sachs, a écrit que « ces annonces politiques déconcertantes constituent un tournant clair vers une politique encore plus nationaliste et interventionniste, qui risque de mener à une nouvelle érosion de la confiance des marchés et des fondamentaux macro-économiques et institutionnels du pays ». Richard La Rosa, analyste financier, déclare : « Nous nous attendions tous à des annonces radicales après la victoire du 3 décembre. Mais là, les marchés ont été complètement pris de court. Nous sommes tous choqués. » Nombreux sont ceux qui pensent que Chavez va prendre la voie suivie par Cuba au début des années 60, lorsque Castro a nationalisé l’essentiel de l’économie.

Au fur et à mesure que Chavez se déplace vers la gauche, les capitalistes – au Venezuela et à l’échelle internationale – intensifient leur campagne haineuse contre lui. C’est que leurs intérêts matériels sont en jeu. Si Chavez va jusqu’au bout, il recevra le soutien enthousiaste des masses vénézuéliennes. Ces derniers temps, Chavez parle de rendre le processus révolutionnaire irréversible. Il n’y a qu’une façon d’y parvenir : en expropriant la classe capitaliste et en construisant un Etat reposant sur la classe ouvrière.

Lorsque Chavez parle de « démanteler l’Etat bourgeois », il a parfaitement raison. L’Etat actuel est infesté d’agents de l’ancien régime. La grande majorité des hauts-fonctionnaires de l’Etat actuel étaient payés par l’ancienne administration pour servir les intérêts de la bourgeoisie. On ne peut pas leur faire confiance. Chaque jour, chaque minute, ils manœuvrent pour bloquer toute réforme progressiste. Il s’efforcent de miner la révolution, dans l’espoir de préparer le terrain à un retour de l’ancien régime. Chavez a souvent fait référence au bureaucratie et à la corruption qui, à tous les niveaux de l’Etat, bloquent le processus révolutionnaire.

L’axe du pouvoir doit passer aux masses elles-mêmes. La seule force sur laquelle Chavez peut compter, c’est la classe ouvrière vénézuélienne, les paysans et les pauvres. Il est temps que des comités soient élus dans toutes les entreprises et les quartier ouvriers, et que ces comités soient reliés du niveau local jusqu’au national. Tel serait l’instrument qui permettrait de « démanteler l’Etat bourgeois » et de construire un « Etat révolutionnaire. »

L’UNT devrait prendre l’initiative d’organiser une Conférence nationale des travailleurs, qui discuterait des mesures concrètes à prendre pour organiser la lutte, dans les secteurs clés de l’économie, pour leur nationalisation sous contrôle ouvrier – mais aussi pour empêcher les patrons de saboter l’activité des entreprises. Une telle Conférence pourrait également entreprendre une campagne d’occupation de ces 800 entreprises dont Chavez disait, en 2005, qu’elle pourraient être expropriées.

Il est clair que le processus révolutionnaire, au Venezuela, connaît actuellement une accélération. Si la révolution va jusqu’à son terme, dans la période à venir, elle deviendra une grande source d’inspiration pour tous les peuples d’Amérique latine – et au-delà. Cela ouvrirait une nouvelle période de révolutions. C’est pourquoi tous les authentiques communistes et socialistes ne peuvent être qu’enthousiasmés par ces développements, et soutiendront pleinement la révolution vénézuélienne. Les capitalistes, à l’échelle internationale, utilisent tout leur pouvoir, leur contrôle des médias, leur pouvoir économique, etc, pour attaquer la révolution. Notre devoir, dans tous les pays, est de les contrer de toutes nos forces.

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