Pour bien comprendre la situation actuelle au Venezuela, il faut connaître l’histoire de la révolution vénézuélienne.

Entre 1958 et 1998, deux partis de droite se partageaient le pouvoir. Ils appliquaient le programme de la classe capitaliste et les mesures d’austérité dictées par le FMI. A la fin des années 80, le taux de pauvreté s’élevait à 80 %. La classe dirigeante, elle, vivait grassement de la rente pétrolière.

En 1989, suite à l’augmentation brutale de certains prix, des manifestations et des émeutes – connues sous le nom d’El Caracazo – sont réprimées dans le sang par l’armée, dans les rues de Caracas, la capitale. Il y a entre 300 et 3000 victimes, selon les sources.

Hugo Chavez

A l’époque, Hugo Chavez est un officier de l’armée qui entretient d’étroites relations avec des milieux de gauche (y compris dans l’armée). Choqué par la répression du Caracazo, il tente un coup d’Etat en février 1992. C’est un échec qui le mène en prison, mais lui assure une grande popularité dans la masse de la population, car Chavez a publiquement appuyé sa tentative de coup d’Etat sur un programme de gauche.

Libéré en 1994 sous la pression des masses, Chavez remporte facilement les élections présidentielles de 1998. Aussitôt, il fait adopter par référendum une nouvelle constitution « bolivarienne » – du nom de Simón Bolívar –, qui marque toute une série d’avancées démocratiques. En 2001, des lois sont promulguées permettant à l’Etat d’intervenir davantage dans l’économie. Les principales concernent la réforme agraire (favorable aux petits paysans) et la reprise en main, par l’Etat, de la gigantesque entreprise pétrolière du pays (PDVSA). Par exemple, les compagnies pétrolières étrangères sont davantage taxées.

Grâce à l’argent du pétrole, Chavez finance des programmes sociaux de grande ampleur, notamment en matière d’éducation (éradication de l’analphabétisme) et de santé (grâce à des milliers de médecins cubains). Un vaste programme de construction de logements sociaux est lancé. La grande pauvreté recule rapidement.

La réaction passe à l’offensive

Pour la classe dirigeante vénézuélienne et l’impérialisme américain, c’en est trop. Un coup d’Etat est organisé le 11 avril 2002 par les Etats-Unis, le patronat vénézuélien, les médias privés, l’Eglise et une fraction des sommets de l’armée. Chavez est arrêté. Mais en l’espace de 48 heures, la mobilisation révolutionnaire des masses balaye le coup d’Etat. Cet épisode extraordinaire de la révolution vénézuélienne est saisi sur le vif dans le documentaire intitulé : La révolution ne sera pas télévisée.

En décembre 2002, la bourgeoisie vénézuélienne tente à nouveau de renverser le gouvernement Chavez, cette fois-ci au moyen d’un lock-out patronal (les entreprises sont fermées par leur propriétaire). L’objectif est de semer le chaos économique pour créer les conditions d’un nouveau coup d’Etat. Mais là encore, les masses se mobilisent et balayent le lock-out. Les travailleurs de PDVSA parviennent à relancer la production, alors que les dirigeants de l’entreprise, y compris les ingénieurs, sont partis après avoir saboté les machines.

Crise économique

En 2006, Chavez proclame le caractère « socialiste » de la révolution bolivarienne. Cependant, la bourgeoisie vénézuélienne et les impérialistes ne sont pas expropriés. Et ils tentent de renverser Chavez par tous les moyens : manifestations violentes, sabotage économique, boycotts d’élections, référendums révocatoires, etc. Mais à chaque fois, les masses vénézuéliennes se mobilisent pour y faire échec.

A partir de la crise mondiale de 2008, la situation économique se complique, en particulier du fait de la chute des prix du pétrole. Les mesures sociales deviennent de plus en plus difficiles à financer. En 2015, le prix du baril tombe à 27 dollars. Le Venezuela s’enfonce dans une crise économique profonde, qui est aggravée par les sanctions américaines.

Ces quatre dernières années, le PIB a diminué de moitié. Il y a une chute drastique des importations – de 66 milliards de dollars en 2012 à 9 milliards en 2018. La production de pétrole tombe de 3 millions de barils par jour à 1,1 million. Le taux de change passe de 1 dollar pour 60 bolivars, en août 2018, à 1 dollar pour 3300 bolivars en février 2019. Les salaires ne suivent pas le rythme de l’hyperinflation.

La raison fondamentale de cette impasse économique est claire : il est impossible de réguler le capitalisme, en particulier en période de crise. Les capitalistes vénézuéliens continuent de spéculer sur la monnaie et sur les prix des biens de consommation. Ils exportent leurs capitaux à l’étranger et, pour le reste, alimentent le marché noir.

En conséquence, le gouvernement de Nicolas Maduro – élu après la mort de Chavez, en 2013, et réélu en 2018 – perd de plus en plus de soutien dans la masse de la population. L’initiative révolutionnaire des travailleurs est entravée par la bureaucratie « bolivarienne », ce qui conduit à la désillusion et au scepticisme. La révolution vénézuélienne ne pourra être sauvée qu’en allant jusqu’à son terme, celui qu’avait fixé Chavez lui-même : le socialisme. Nous l’avons dit et répété au sujet du Venezuela : il n’est pas possible de faire la moitié d’une révolution.

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