Le scénario est toujours le même : un petit groupe armé et souvent masqué attaque des étudiants ou des lycéens mobilisés. Depuis le début du mouvement contre la loi ORE, de telles attaques ont eu lieu à Montpellier, à Strasbourg, à Paris-1 Tolbiac et à Tours. Cela pose la question de l’attitude que la jeunesse et le mouvement doivent adopter vis-à-vis des organisations d’extrême droite et fascistes.

Il faut d’abord replacer ces événements dans le contexte politique général. Contrairement à ce que l’on entend parfois, un régime fasciste, en France, est exclu à court et moyen terme. La base sociale du fascisme – les classes moyennes et la paysannerie – a largement fondu depuis les années 30.

Où sont, aujourd’hui, les millions de petits bourgeois et d’étudiants réactionnaires qui servaient de troupes de choc à Hitler et Mussolini ? Deuxièmement, les forces du mouvement ouvrier sont intactes. Il faudrait une série de défaites majeures de notre classe pour qu’un régime dictatorial – plutôt bonapartiste que fasciste, d’ailleurs – soit possible en France. Et encore serait-il très instable.

Intervention de l’Etat ?

Pour autant, les groupuscules fascistes et d’extrême droite représentent un danger réel qu’il faut combattre. Comment ? Les dirigeants des grandes organisations de gauche, syndicales et politiques, demandent à l’Etat d’intervenir et, notamment, de dissoudre les organisations en question.

Cette position est erronée. Notons d’abord que les dissolutions légales ne produisent aucun effet. En 2014, après l’assassinat de Clément Meric, plusieurs groupes ont été légalement dissous, mais ils se sont reconstitués immédiatement sous d’autres noms. Par exemple, les « Jeunesses nationalistes » sont devenues « Jeune Nation ». Il en va toujours ainsi. Le GUD, responsable de plusieurs attaques récentes, est le successeur du groupe « Occident », dissous en 1968.

Mais surtout, ces appels à l’Etat sont en contradiction avec la véritable attitude de l’Etat vis-à-vis des groupes fascistes. A Paris-Tolbiac, les six fascistes arrêtés – cagoulés, battes de base-ball à la main – ne sont pas passés en comparution immédiate. Ils ne seront jugés qu’en septembre ; le délit de « violences volontaires » n’a pas été retenu. A Montpellier, un étudiant agressé a été menacé par un policier pendant son audition, pour qu’il retire son témoignage.

C’est que l’Etat bourgeois n’est pas neutre dans cette affaire. Pour la classe dirigeante, les groupuscules fascistes jouent un rôle supplétif, aux côtés des CRS, de la BAC et autres forces répressives. Elle les tient aussi en réserve pour l’avenir. La justice bourgeoise ne les frappe que lorsqu’ils vont « trop loin » (comme un chien enragé qu’elle tient en laisse), mais sans jamais les éliminer.

Il est donc inutile de compter sur la justice bourgeoise pour nous défendre contre les assauts de ces groupuscules. Et c’est même pire qu’inutile : cela revient à semer des illusions, et donc à désarmer les militants.

Une réponse de classe

Les travailleurs et les étudiants mobilisés doivent assurer eux-mêmes leur propre défense. Ils ne peuvent et ne doivent compter que sur leurs propres forces. Par exemple, le mouvement ouvrier doit protéger physiquement les AG, occupations et manifestations des étudiants. Les syndicats de travailleurs ont largement les forces et les moyens de couper l’envie aux éléments fascistes de mener leurs assauts.

Que pèsent quelques groupuscules d’extrême droite et fascistes, face à la puissance organisée de notre classe ? Pas grand-chose. Encore faut-il que notre camp prenne les choses en main, au lieu de se tourner vers l’Etat. A la violence réactionnaire, il faut opposer l’autodéfense organisée, massive et déterminée des jeunes et des travailleurs, unis dans la lutte contre toute forme de répression – y  compris la répression « légale » de l’Etat, qui n’hésite pas à « débloquer » des facultés à coup de matraque.

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