Le budget de l’an 2001 réserve 244,7 milliards de francs au budget de la défense. La France consacre plus d’argent par habitant à l’armement que tous les autres pays du monde à la seule l’exception des États-Unis.

Au mois de juin dernier, au Salon International pour l’armement, Eurosatory, qui s’est tenu au Bourget, Alain Richard, Ministre de la Défense, affirmait la volonté du gouvernement de favoriser le processus de restructuration de l’industrie militaire.

Dans un numéro précédent de La Riposte, nous faisions état des énormes crédits affectés au rééquipement militaire français : plus de 750 milliards de francs entre 91 et 98. En 1999, la France dépensait dans ce secteur 642 dollars par an et par habitant. Apparemment, ces gigantesques dépenses ne suffisent pas et on assiste à de nouveaux engagements financiers considérables dans divers secteurs de la défense. En effet, le gouvernement et le Sénat ont pris position en faveur d’une défense antimissile française. Le gouvernement s’engage pour l’acquisition de 50 avions de transport A400M (40 milliards de francs), pour le lancement de l’industrialisation de l’hélicoptère de transport NH-90, pour la fabrication de drones, etc. Et aujourd’hui, après avoir investi plus de 20 milliards de francs dans le porte-avions nucléaire Charles De Gaulle, un rapport du Sénat en appelle au lancement d’un deuxième porte-avions.

Où va-t-on ? N’assiste-t-on pas à une grande course pour l’acquisition de moyens de destruction ? La France est-elle menacée par des missiles SCUD ? Nos ravissants Nemrods en kaki nous assurent que tout cela est une question de souveraineté nationale et de "permanence dans la gestion des crises". Le même phénomène est à constater dans tous les pays capitalistes industrialisés, mais aussi en Inde, à Singapour, etc. Les États-Unis dépensaient, en 1999, 804 dollars par habitant dans l’armement.

C’est donc bien une course aux armements qui a "officiellement" commencé en juin dernier, lors du sommet Clinton-Poutine, où fut discutée la question du déploiement du bouclier antimissile américain. Ce dernier remettait en cause le traité américano-russe ABM (Anti Ballistic Missiles), signé en 1972, lequel limitait les défenses anti-balistiques à un seul site pour chacun des deux pays et entérinait le dogme de l’équilibre de la terreur.

Il y a dix ans, on nous prophétisait un ordre de paix et de prospérité. Mais la réalité est tout autre : c’est au beau milieu d’une course aux armements sans précédents que nous vivons. Pourquoi ces centaines de milliards gaspillés, au détriment de tout ce qu’une telle richesse pourrait produire dans l’intérêt de la société ? On ne peut plus raisonnablement invoquer l’argument de l’Union Soviétique et de la Chine. La réponse réside plutôt dans la sauvegarde des intérêts du capitalisme dans les pays ex-coloniaux. Le Sénat illustre d’ailleurs très bien ce propos, dans son document pour justifier un deuxième porte-avions, en parlant de "permettre une graduation des moyens de coercition". Il ne s’agit plus de se défendre contre un oppresseur, mais de pouvoir faire pression plus efficacement et plus rapidement sur les peuples ex-coloniaux pour s’assurer leur asservissement aux intérêts des grandes firmes supranationales comme Elf-Total-Fina, Vivendi, etc.

Imaginons, alors qu’on nous a rabattu les oreilles avec le "trou de la Sécu" et que le gouvernement joue à l’oncle Picsou avec les primes de Noël des chômeurs, que l’on médiatise les différents budgets proportionnellement à leur montant : l’armement éclipserait largement le trou de la Sécu, et il ne resterait même plus de place pour les pages sportives de nos quotidiens.

Mais de toute évidence, le gouvernement Jospin, et de manière générale, les dirigeants politiques actuels, ne veulent et ne peuvent pas justifier ces dépenses autrement que par l’argument grotesque de la "souveraineté nationale". C’est pourquoi il appartient aux militants de faire toute la lumière sur les catastrophes humaines que nous réserve le système qu’ils défendent, mais aussi de constituer les forces qui y mettront définitivement fin.

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