Secteur jusque-là peu mobilisé, l’Action sociale vit un mouvement inédit depuis le 7 décembre. Valérian, éducateur spécialisé dans le secteur de Versailles et syndiqué à Sud présente son métier, et revient sur l’histoire de ce secteur et cette mobilisation.

Cet article est en lien avec notre article du journal n° 58 (février) : Mobilisation des salariés de la Santé et de l’Action sociale


En quoi consiste ton métier ?

J’interviens dans le cadre des appartements de coordination thérapeutique (ACT). Nous accueillons des personnes atteintes de pathologies somatiques invalidantes (VIH, drépanocytose, diabète, maladie auto-immune, en traitement suite à la greffe d’un organe, etc.) et qui sont dans une situation sociale qui ne leur permet pas de traiter cette maladie. Les personnes que j’aide sont souvent en grande précarité et souvent isolées et éprouvent des difficultés pour comprendre le français ou effectuer les démarches administratives. Mon activité s’articule autour du lien social. Je participe à le préserver ou le réparer en accompagnant vers l’autonomie.

Les équipes sont pluridisciplinaires afin de prendre en charge les différents aspects relatifs à chaque personne : éducateur spécialisé, psychologue, infirmière, assistante sociale, directeur. D’où l’importance de nous coordonner avec les médecins spécialistes et les services sociaux.

Quelle est l’histoire de ton service ?

Le service d’ACT a émergé au milieu des années 90 lors de l’épidémie du sida. A cette époque les malades n’étaient pas accueillis. Aujourd’hui avec l’amélioration des traitements, ce service s’est ouvert à d’autres pathologies. Au début, c’étaient des associations qui se sont progressivement fait récupérer par de grosses structures dont le fonctionnement se rapproche de celui d’une entreprise (comme La Croix Rouge).

Mon unité provient d’une association financée par l’Agence Régionale de Santé (ARS). Celle-ci a été assimilée, au sein d’autres unités, à l’association mère qui compte aujourd’hui 800 salariés.

Et les conditions de travail ?

Je les trouve optimales, car le dispositif des ACT est suffisamment financé, mais c’est rare dans l’action sociale ; ailleurs dans le médico-social, on constate un sous-effectif chronique que ce soit dans le handicap, l’aide sociale à l’enfance et l’insertion.

Ceci dit, mon équipe devrait être plus diversifiée. Nous sommes trop d’éducateurs spécialisés et il manque une assistante sociale. C’est un choix de la direction. Pourtant si nous avions pu nous concerter, nous aurions constitué une équipe mieux adaptée au besoin réel grâce à un diagnostic de terrain.

Ce que je crains, c’est l’arrivée de la tarification à l’acte qui va nuire à la qualité de notre travail. En vigueur dans les hôpitaux, elle est en cours de déploiement dans notre secteur. Au lieu de tarifer la journée, ce sont les résidents qui vont être tarifés en fonction des actes qui leur sont nécessaires.

Où en est la lutte ?

Nous continuons le combat pour des augmentations de salaire et pour une fusion des conventions collectives avec les meilleurs critères (congés, conditions de travail).

Comme c’est un métier de vocation, les salaires sont faibles : 1350 € en début de carrière. On nous propose des primes (astreintes, nuits, week-end) qui peuvent aller jusqu’à 250 €, mais ce qu’il faudra, c’est une revalorisation générale des salaires de 300 € voire 400 €.

Suite aux mobilisations, nous avons obtenu un accord de principe pour toucher la prime du Ségur de 183 euros. Une première victoire !

La dernière mobilisation a eu lieu en février. Nous étions 4000 alors que l’action sociale compte 1 200 000 salariés. C’est peu, mais c’est un début pour nous !

La grève est difficile pour deux raisons. D’abord, il y a un esprit de charité qui persiste, car c’est un secteur construit à la base par des associations (souvent religieuses) et des parents. Ensuite, du fait de la spécificité de nos activités, nous sommes très dispersés. Le seul moment où je vois mes collègues des autres unités, c’est dans les conventions et les réunions syndicales. De plus, si nous nous absentons, les conséquences peuvent être assez compliquées à gérer, car il y a notamment des risques de crises psychiques si l’encadrement n’est pas suffisant.

Néanmoins le mouvement est lancé et deux nouvelles journées de grèves sont annoncées les 31 mai et 1er juin.

Comment vois-tu l’évolution du mouvement ?

J’espère une amplification. Pour cela, il faudrait politiser davantage mes collègues et les amener à adopter une analyse de classe de la société. C’est sur cette base que nous pourrons nous rapprocher, car nos métiers sont trop disparates.

Je compte aussi sur une augmentation de la syndicalisation. A mon niveau, je me bats en signalant chaque tâche qui déroge à nos droits et qui fait entorse à la convention collective. Je donne du contenu politique en faisant le lien avec les textes réglementaires.

Nous avons aussi besoin de prendre conscience de notre force. Par exemple si le personnel des Instituts Médico Educatif (IME) se mettait en grève, beaucoup de parents seraient obligés de garder leurs enfants. Nous pourrions davantage prendre conscience de notre capacité de blocage.

Il y a aussi un gros travail de coordination à mener avec les autres secteurs comme la santé ou l’Education nationale, avec lesquels nous avons parfois des relations directes. La mobilisation du social s’est faite à l’écart de celle des soignants : pour le Ségur, nous avons défilé après eux.

Nous avons donc un gros potentiel d’organisation à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur de notre secteur pour construire une mobilisation d’ampleur.

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