L’InterSyndicat National des Internes (ISNI) a communiqué au président Emmanuel Macron 32 revendications dans un « manifeste » pour améliorer l’organisation du système de santé et la formation des médecins. Depuis 2009, de nombreux syndicats et associations d’étudiants en médecine (les « internes ») travaillent sur un programme de réforme de leur formation (le 3e cycle des études médicales) avec la participation d’universitaires, d’enseignants et de médecins de tout bord. Les différents ministres de la Santé ont toujours fait la sourde oreille face aux cris d’alarme et aux revendications de ceux qui font tourner l’hôpital au quotidien. Les objectifs de diminution des dépenses publiques continuent de remuer le couteau dans la plaie, mettant le système de santé à l’agonie et les internes en colère.

Un constat alarmant

Pour tenter de maintenir le fonctionnement d’un hôpital qui se meurt du manque de personnel et de moyens, les responsables de la ligne politique actuelle persistent et signent dans la surexploitation du « double statut » des internes, étudiants et salariés. D’une part, les internes sont médecins à part entière lorsqu’il s’agit de garantir les soins et d’en prendre les responsabilités. Ils accumulent en moyenne 55 heures de travail hebdomadaires en service hospitalier [1], bien que la durée légale maximale européenne soit fixée à 48 heures. D’autre part, ils sont étudiants sur la fiche de paie (salaire horaire inférieur au SMIC) ou quand il s’agit d’appliquer la législation du travail. Une large majorité de ces étudiants salariés, malgré ce que stipule le décret n° 2015-225 du 26 février 2015, ne disposent toujours pas de demi-journée de formation personnelle, ni de demi-journée universitaire. Alors qu’une loi le rend obligatoire depuis plus de 10 ans, le repos après une garde est loin d’être pleinement appliqué. En combinant ces conditions dégradées de travail et d’études, et souvent sous la pression de la hiérarchie ou de l’élitisme ambiant, de nombreux internes craquent et souffrent de stress aigu et de mal-être chronique. Poussés au bout de la dépression, cinq internes se sont suicidés depuis janvier 2017. C’est le bilan désastreux de ces politiques inhumaines qui détruisent, en plus du service public de la santé, la vie de jeunes internes et celle de leurs proches.

La logique comptable

L’objectif initial de la réforme du 3e cycle visait à augmenter la formation des internes, pour que leur savoir et leur pratique soient en adéquation avec les acquis scientifiques et techniques. Mais au final, la réforme mise en place a pour unique objectif de faire des économies, via une formation au rabais et une médecine low cost. Cette logique purement comptable entend utiliser les docteurs « juniors » pour pallier au manque de médecins « séniors » dans de nombreux services, au détriment de leur temps réel de formation. C’est irresponsable et contre-productif. Marisol Touraine [2] et son gouvernement ont trahi les acteurs de cette réforme, en particulier les internes, en signant l’arrêté ministériel. Après la manifestation nationale organisée par l’ISNI le 18 avril dernier, qui a rassemblé plus d’un millier d’internes en grève dans les rues d’une vingtaine de grandes villes, la pression sur le nouveau gouvernement est maintenue pour une obtenir une véritable avancée, c’est-à-dire une réforme établie par les acteurs concernés, en toute transparence, sans précipitation ni chantage en tout genre. Les internes et leurs patients méritent mieux qu’une contre-réforme bâclée, expédiée dans un calendrier qui visait, avec les échéances électorales, à empêcher toute possibilité de contestation. C’est raté : la réforme du 3e cycle ne se fera pas sans les internes !

Mobilisation !

Dans un contexte d’instabilité et d’injustices sociales grandissantes, les futurs médecins refusent, à leur tour, ce qui leur est imposé. Ils luttent contre des pressions subies au quotidien en faisant valoir leur exercice médical et leur statut d’étudiant. Mais ils luttent aussi pour le droit à une formation de qualité et le respect de la législation du travail.

Il n’existe pas de réforme souhaitable qui soit orientée vers l’austérité au travail ou la précarité des études. Il faut des postes de séniors en nombre suffisant pour garantir la transmission optimale des acquis scientifiques et techniques aux étudiants salariés. De manière générale, seule une rupture avec la logique économique dominante offre un avenir de progrès, avec une formation adaptée pour des soins de qualité. Cette nouvelle logique doit s’intégrer dans un programme de financement massif des services publics de santé et de la formation universitaire, au profit des patients et des soignants.

Sébastien Vergan – Interne en médecine générale à Marseille


 

[1] Voir l’étude sur le temps de travail des internes (mai 2016) du syndicat des internes de Marseille (SAIHM).

[2] Ministre des Affaires sociales et de la Santé du gouvernement Hollande (16 mai 2012-10 mai 2017).

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