L’existence d’une durée légale du temps de travail semble aller de soi. Pourtant, c’est une conquête sociale qui a été arrachée au prix de longues années de lutte. De la loi sur la journée de 8 heures, en 1919, jusqu’aux lois Aubry de 1998 et 2000 sur la semaine de 35 heures, le temps de travail a progressivement diminué tout au long du XXe siècle. Combiné à d’autres lois sociales, cela a permis d’améliorer la santé de la population et d’accroître sensiblement l’espérance de vie (82,5 ans en 2012 contre 45 en 1900).

La crise économique pousse la classe dirigeante à reprendre ce qu’elle a dû concéder par le passé. Le discours favorable à des semaines et des journées de travail plus longues se fait sans cesse entendre. Pour se redresser, la France aurait besoin de « travailler plus », ce qui permettrait aux salariés concernés de « gagner plus », pour reprendre le slogan de Nicolas Sarkozy. Revenir aux 39 heures : une opération « gagnant-gagnant » pour le salariat et le patronat ? Pas si sûr.

Durée légale et durée maximale

Que signifie exactement la durée légale hebdomadaire du travail, en France ? Il ne s’agit ni d’une interdiction de travailler moins de 35 heures (temps partiel), ni d’une interdiction de travailler plus (heures supplémentaires). La durée maximale hebdomadaire du travail est de 48 heures, ce que les lois Aubry n’ont pas changé. La durée légale du travail détermine le seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Aujourd’hui, les huit premières heures travaillées au-delà de 35 heures doivent être payées (en théorie) avec une majoration de 25 %. Au-delà de huit heures, la majoration des heures travaillées est de 50 % (quand elles sont déclarées...).

D’après Eurostat, l’organisme de statistique de la Commission européenne, les salariés français à temps plein travaillent déjà 40,7 heures par semaine, en moyenne. Cette moyenne cache de grandes disparités, bien sûr. Mais si la durée légale du travail repasse à 39 heures, demain, la plupart des salariés ne travailleront pas plus. Simplement, ils toucheront moins d’heures supplémentaires ! Pour eux, ce sera « travailler autant pour gagner moins ».

Sous la pression du patronat, qui exigeait des contreparties aux 35 heures, les lois Aubry avaient déjà permis de calculer les heures supplémentaires à l’année plutôt qu’à la semaine, dans nombre d’entreprises. Dans ce cas, si un salarié travaille 39 heures une semaine, 31 heures la suivante, etc., aucune heure supplémentaire ne lui sera comptée. L’heure supplémentaire étant mieux payée, il y perd. Par contre le patron y gagne : il peut ajuster le temps de travail des salariés à l’évolution de la charge de travail – sans les payer davantage. Annualisation du temps de travail et flexibilité des salariés vont de pair.

32 heures ?

Philippe Martinez (CGT) propose de lutter pour les 32 heures. On ne peut qu’être d’accord avec cet objectif. Mais encore une fois, dans les faits les salariés à temps plein travaillent près de 41 heures, en France. Et pendant ce temps, le pays compte près de 6 millions de chômeurs, si on compte tous ceux qui ont des temps partiels subis. La revendication des 32 heures doit donc s’accompagner d’une autre : l’échelle mobile du temps de travail. Lorsqu’il y a moins de travail, ce mécanisme d’ajustement permet de le partager entre tous les salariés disponibles, sans baisse des salaires. Le patronat dira que c’est une mesure ruineuse, mais ce n’est pas aux salariés de payer pour la crise du capitalisme. Si la classe dirigeante est incapable d’assurer le minimum vital à la population, qu’elle cède la place aux travailleurs : ils sauront organiser eux-mêmes la production et donner du travail à tous. 

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