Alors que l’économie mondiale ressemble de plus en plus à un magasin de porcelaine, l’éléphant Donald Trump fait à nouveau parler de lui. Le 22 mars, il a annoncé une hausse des taxes visant certains produits chinois ; elle pourrait impacter jusqu’à 60 milliards de dollars de marchandises. Deux semaines plus tôt, il avait déjà décrété l’augmentation des tarifs douaniers pour l’acier (+25 %) et l’aluminium (+10 %), ce qui frappera tout particulièrement les exportateurs canadiens, brésiliens, sud-coréens et mexicains.

Le président américain n’en est pas à son coup d’essai. A peine arrivé à la Maison-Blanche, il y a 13 mois, il s’empressait de retirer les Etats-Unis du TPP (Accord de partenariat transpacifique) et déclarait vouloir réviser l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qu’il qualifiait de « pire accord de l’histoire ». Il invoquait la « sécurité nationale » des Etats-Unis (un concept mal défini dans les accords de l’OMC) pour interdire l’installation du groupe chinois Huawei sur le territoire américain.

Dans ce domaine, toute sa politique était déjà résumée dans son discours d’investiture : « Nous suivrons deux règles simples : acheter américain et embaucher américain ».

Guerre commerciale et équilibre mondial

Les différents accords commerciaux que Trump remet en cause sont, pour partie, le fruit de compromis passés après la crise de 2008, pour limiter les tensions protectionnistes. Ils visaient à écouler un maximum de marchandises et, ainsi, à contenir la crise de surproduction. Cet équilibre déjà précaire l’est d’autant plus avec Trump, qui fait vaciller les structures du commerce mondial construites depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les actes d’hostilité économiques du gouvernement américain entraîneront forcément des représailles de la part des pays touchés, notamment la Chine et les pays de l’Union Européenne. En guise de coups de semonce, une première série de rétorsion a été annoncée en Europe et en Chine. Pour défendre ses exportations, le Premier ministre chinois Li Keqiang a averti qu’une guerre commerciale entre les deux grandes puissances « ne profiterait à personne », mais que son pays y était quand même prêt. Soit dit en passant, l’Europe aussi a déjà imposé de nombreuses mesures « antidumping » contre les exportations d’acier chinois.

En période de contraction des marchés, tous les pays tendent à mettre en place des mesures protectionnistes. Qu’il s’agisse de hausses des droits de douane, de taxes « antidumping » ou encore de restrictions sur les investissements étrangers, l’objectif de chaque dirigeant national est de protéger son marché intérieur contre la concurrence étrangère. Mais cela n’est profitable qu’à court terme, car cela pousse les pays visés à répliquer, au risque de paralyser le commerce mondial. Rappelons que c’est précisément à cause d’une flambée de mesures protectionnistes que la récession mondiale de 1929 s’est transformée en Grande Dépression, dans les années 1930. Ce scénario peut très bien se reproduire.

« America first »

Le centre d’analyse financière Global Trade Alert signale une « poussée protectionniste » à l’échelle mondiale, ces dernières années. La Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Allemagne et la France ont adopté plus de mesures protectionnistes que la Chine. Les Etats-Unis prenaient déjà cette voie sous Obama. Le nombre de mesures protectionnistes a ainsi été multiplié par 10 entre 2009 et 2017, une augmentation graduelle depuis le début de la crise, mais qui vient de franchir un seuil qualitatif.

Pendant sa campagne électorale, en 2016, Donald Trump a promis de défendre les travailleurs et les industries de son pays face à la « concurrence déloyale » étrangère, notamment chinoise. Il rendait les importations étrangères responsables de la hausse du chômage aux Etats-Unis – et promettait à ses partisans de sauver des millions d’emplois. Mais la tentation protectionniste ne se limite pas à cet argument démagogique de campagne électorale. Elle a ses sources dans les contradictions du capitalisme en crise qui, partout, poussent une partie de la bourgeoisie à réclamer plus de « protection » contre ses concurrents étrangers. C’est ce qui explique que de plus en plus d’hommes politiques s’y déclarent favorables, des Brexiters britanniques à Laurent Wauquiez.

Socialisme

Du point de vue des travailleurs, ni le libre-échange, ni le protectionnisme ne sont des solutions à leurs problèmes, au chômage et à la pauvreté. Ils seraient les premières victimes d’une récession mondiale précipitée par une guerre commerciale. De nouvelles cures d’austérité seraient annoncées pour compenser la perte de marchés extérieurs.

Les tensions protectionnistes reflètent l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste. Seuls son renversement et l’établissement d’une économie socialiste planifiée – à l’échelle nationale et internationale – permettront d’en finir avec la misère, la précarité et tous les autres fléaux inhérents au capitalisme.

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