Depuis le 26 mars, des chasseurs saoudiens bombardent des cibles stratégiques au Yémen : grands axes routiers et infrastructures clés. Mi-avril, on dénombrait déjà plus de 500 morts et 1700 blessés. L’Arabie Saoudite est appuyée par une large coalition de pays sunnites, dont l’Egypte, ainsi que par les membres du Conseil de Coopération du Golfe (1), à l’exception de l’Oman.

Pendant des années, l’Arabie Saoudite a soutenu le dictateur du Yémen Ali Abdallah Saleh, qui fut finalement renversé lors du « printemps arabe ». Les Saoudiens, comme tous les dictateurs et despotes des pays du Golfe, ont alors manœuvré pour placer à la tête du régime Abd Rabbo Mansour Hadi, ancien vice-président pendant 17 ans.

Cependant, le soutien populaire de Hadi s’est rapidement évaporé – le temps, pour les masses, de réaliser que le nouveau président n’avait pas l’intention d’en finir avec la corruption, le népotisme, le tribalisme et l’extrême pauvreté qui frappe 60 % de la population. Au contraire, Hadi a appliqué un programme d’austérité qui a aggravé les conditions de vie des plus démunis. Pour gouverner, Hadi s’est appuyé sur certaines tribus, notamment via le parti Al-Islah, affilié aux Frères musulmans, tout en en marginalisant d’autres, comme les zaydites et les Houthis, qui comptent pour 40 % de la population yéménite.

Dans ce contexte, la rébellion houthie a pris le contrôle de larges territoires dans le nord du pays. Leurs slogans, contre l’impérialisme américain, la corruption, la pauvreté et l’austérité, sont entrés en résonance avec les aspirations de nombreux jeunes pauvres du nord, à majorité chiite. Lorsqu’en janvier dernier les Houthis ont pris le contrôle de Sanaa, la capitale, ils n’ont pas rencontré de grande résistance de la part des soutiens du « président légitime ».

Dans le sud, Hadi ne jouit guère d’une position plus favorable. Sa politique de collaboration avec l’impérialisme américain – qu’il autorisait à utiliser des drones – a jeté de larges franges de la population dans les bras des sécessionnistes et des islamistes radicaux.

Le rôle de l’Iran

Pour l’Arabie Saoudite, il est inconcevable que le Yémen se désintègre et tombe sous la coupe de l’Iran. En finançant les Houthis et en envoyant sur place des « Gardiens de la Révolution », l’Iran cherche à étendre sa zone d’influence. La menace d’une frontière commune avec un pays dirigé par des chiites et soutenu par l’Iran a décidé le régime saoudien à intervenir militairement. L’inaction aurait été interprétée comme une marque de faiblesse et aurait pu motiver la minorité chiite du royaume à se soulever.

L’offensive de l’Arabie saoudite est un message clair envoyé à Téhéran. Si, jusqu’à présent, le conflit entre les deux puissances régionales se déroulait par l’intermédiaire de pays tampons comme l’Irak, la Syrie, le Pakistan ou l’Afghanistan, l’emploi des forces armées marque un tournant majeur.

Ce n’est pas un hasard si l’opération militaire a commencé quelques jours avant la date butoir de signature d’un accord entre les Etats-Unis et l’Iran sur la question nucléaire. Les Etats-Unis soutiennent hypocritement l’intervention saoudienne, après avoir appuyé Ali Abdallah Saleh pendant 30 ans, puis Hadi, et travaillé avec les Houthis pour lutter contre Al-Qaïda. Cependant, la défense de leurs intérêts au Moyen-Orient, notamment la lutte contre Daech et Al-Quaïda, passe par un assouplissement de leurs relations avec l’Iran. Si, au nord de l’Irak, les Kurdes ont été en mesure de repousser l’Etat islamique, les Iraniens sont les seuls alliés fiables des Etats-Unis dans le reste du pays.

En intervenant militairement, l’Arabie Saoudite adresse un message d’avertissement à Washington. Cependant, cette campagne saoudienne apparaît comme un acte désespéré. Son armée est faible et le Yémen est un terrain de combat difficile. Après six guerres menées par Saleh contre les Houthis, ceux-ci sont toujours debout. Le peuple du Yémen est un peuple fier qui méprise par-dessus tout l’impérialisme saoudien. Une occupation se solderait inévitablement par un renforcement des positions des Houthis et d’Al-Quaïda. Et quand bien même les Saoudiens évinceraient les Houthis du pouvoir, ce serait pour les remplacer par un gouvernement instable, sous perfusion permanente, qui serait rapidement confronté à de nouveaux soulèvements.

Cette nouvelle aventure militaire illustre à la fois la fragilité du régime saoudien et les contradictions insolubles auxquelles l’impérialisme américain se trouve confronté. Douze ans après l’invasion américaine de l’Irak, la région est plus instable que jamais. Les interventions impérialistes aggravent le chaos. Seule une nouvelle vague révolutionnaire ouvrira la perspective d’en finir à la fois avec les guerres, les régimes corrompus et la misère des masses.


(1) Arabie saoudite, Koweït, Bahreïn, Oman, Emirats arabes unis et Qatar.

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