L’accord sur les réfugiés entre l’Union Européenne et la Turquie est entré en vigueur le 19 mars dernier. L’Etat turc recevra 6 milliards d’euros de l’UE pour lui sous-traiter la gestion directe des réfugiés et demandeurs d’asile en provenance du Moyen-Orient. En outre, le président turc Erdogan a reçu de vagues promesses sur la libéralisation de la politique des visas pour les citoyens turcs en Europe, ainsi que sur la relance du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE.

La bourgeoisie européenne n’espérait qu’une chose : la déportation forcée, en Turquie, des migrants entrés en Grèce (donc dans l’UE) à la date prévue par l’accord. Ce lamentable spectacle a bien commencé, dès le 19 mars. ONG et volontaires ont été expulsés des îles grecques. Les centres d’accueil ont été transformés en camps fermés préparant la déportation des migrants.

La promesse de « couloirs humanitaires » prévoyant d’échanger un Syrien expulsé contre un Syrien « acceptable » révèle toute l’hypocrisie de la classe dirigeante européenne. Outre le caractère scandaleux de cette distinction entre Syriens, le chiffre maximum annoncé est ridiculement bas (72 000 personnes). D’autre part, c’est une promesse creuse. Qu’ils soient d’extrême-droite ou sous la pression de cette dernière, les gouvernements européens refusent d’accueillir les demandeurs d’asile déjà présents dans l’UE. Certains ont réintroduit des contrôles aux frontières, menaçant le Traité de Schengen et sa libre-circulation des personnes.

Une prison à ciel ouvert

Des milliers de réfugiés ont donc commencé à être déportés vers la Turquie. Les dirigeants européens qualifient ce pays de « sûr ». Mais selon Amnesty International, les camps de réfugiés s’y caractérisent par la plus grande misère : manque d’eau potable ou de services hygiéniques ; des enlèvements y ont lieu. En outre, les autorités turques continuent d’expulser vers la Syrie des centaines de réfugiés.

Les dirigeants de l’UE font mine d’ignorer que les droits de l’homme sont systématiquement violés par l’Etat turc. La minorité kurde y est persécutée. La guerre civile déclenchée par Erdogan s’apparente toujours plus à un « nettoyage ethnique ».

Les dirigeants européens espèrent que des personnes fuyant l’enfer syrien, irakien ou afghan accepteront de vivre dans des camps de concentration à ciel ouvert, dans un pays autoritaire déchiré par la guerre civile et le terrorisme. Comment un projet affichant un tel mépris des souffrances des réfugiés pourrait-il réellement fonctionner ? Avant même d’être déportés en Turquie, les réfugiés verront les « hotspot » (centre d’accueil) prévus sur les îles grecques se transformer en de véritables prisons. Des révoltes sont prévisibles.

La réaction la plus probable des migrants reste la recherche d’autres routes, bien que plus dangereuses, que celle des îles grecques, comme en Mer Noire. Les arrivées sur ces îles ont déjà commencé à se réduire, depuis le 20 mars. Au lieu de lutter contre les « passeurs », cet accord les rendra encore plus riches.

Politiser la solidarité

Dans ce contexte, les tensions aux frontières intérieures de l’UE pourraient s’accroître, au point de détruire Schengen, voire l’UE elle-même. La « crise des réfugiés » est un problème du seul point de vue des capitalistes, mais c’en est un sérieux. Le capitalisme européen en crise n’a que l’austérité à offrir à sa propre population. Dès lors, les classes dirigeantes n’ont pas la moindre intention de garantir une existence digne à des centaines de milliers d’êtres humains fuyant la barbarie. Les gouvernements européens préféreront signer d’autres « accords de la honte », malgré leur coût.

Le mouvement européen de solidarité avec les réfugiés doit franchir une nouvelle étape, au-delà de l’objectif – certes important – de l’aide immédiate. Un mouvement politique est nécessaire, qui s’attaque à la racine du problème, s’oppose à toutes les guerres impérialistes et revendique le contrôle de l’économie, afin de mettre les sommes colossales accumulées par les banques et les multinationales au service de l’aide aux réfugiés.

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