Le 13 décembre dernier, tous les réactionnaires du monde – des Conservateurs britanniques aux « blairistes », en passant par Trump et Le Figaro – se réjouissaient de la défaite du Labour (Parti Travailliste) aux élections législatives en Grande-Bretagne.

Les Conservateurs ont retrouvé une large majorité au Parlement – et donc une certaine liberté de mouvement pour appliquer leur politique. Quant aux « blairistes » (l’aile droite du Labour), ils espèrent que la défaite de leur parti leur permettra d’en reprendre le contrôle. Jeremy Corbyn, qui vient de l’aile gauche du parti, le dirige depuis 2015. Dès l’annonce des résultats, il a annoncé qu’il allait rapidement céder sa place.

C’est un coup dur pour la gauche britannique. Mais au-delà de la déception, il faut analyser les causes de cette défaite et en tirer les bonnes conclusions pour l’avenir.

Calomnies et Brexit

La campagne électorale a été la plus sale des temps modernes. Les Conservateurs ont multiplié les mensonges sur le programme des Travaillistes – allant même jusqu’à créer un faux site « officiel » du Labour, tandis que s’enchaînaient les calomnies contre Jeremy Corbyn. L’accusation la plus martelée, jour après jour, était aussi la plus odieusement mensongère : l’antisémitisme.

Ceci a pu jouer un rôle dans certaines couches de la population. Cependant, le facteur principal dans la défaite du Labour, c’est sa position sur le Brexit. Contrairement aux élections de 2017, où Corbyn s’engageait à respecter le résultat du référendum de 2016, il a cédé, cette fois-ci, à la pression des blairistes : il s’est déclaré favorable à un nouveau référendum.

C’était une grosse erreur. Les deux camps de politiciens qui s’opposent, sur la question du Brexit, sont également réactionnaires : d’un côté (les « brexiters »), on a l’extrême droite des Conservateurs, des chauvinistes et des racistes de tout poil ; de l’autre (les « remainers »), on a les banquiers et les grands capitalistes, soutenus par la droite du Labour et les Libéraux. Aucun des deux camps ne défend les intérêts des travailleurs britanniques.

En outre, dans les masses, la victoire du Brexit, en 2016, était basée – en partie – sur le rejet de l’austérité et de la pauvreté, l’UE étant associée au statu quo. Dans ce contexte, l’idée d’un nouveau référendum apparaissait comme un ralliement du Labour au camp des partisans de l’UE – et donc de l’ordre établi. Cela a beaucoup aidé la campagne des Conservateurs, qui se présentaient comme les défenseurs de la « démocratie » (du respect du vote de 2016).

Les blairistes à l’offensive

Dès l’annonce des résultats, toute la droite du Labour, relayée avec enthousiasme par les grands médias, a exigé la démission de Corbyn et le retour à un programme plus « modéré » (ouvertement pro-capitaliste).

Cependant, leurs espoirs risquent d’être déçus. Depuis que Corbyn a pris la tête du Labour, la composition politique du parti a radicalement changé. Les blairistes n’y sont plus qu’une minorité. Ils seraient même privés de postes dirigeants si Corbyn ne les avait pas ménagés, à tort, au nom de l’unité du parti.

Dès 2017, une campagne de « désélection » aurait pu et dû être engagée, de façon à permettre aux militants de la base de choisir leurs candidats et, ainsi, « désélectionner » les députés sortants qui appartiennent à l’aile droite (soit la majorité du groupe parlementaire !). Mais Corbyn s’y est refusé. Résultat : les députés blairistes ont saboté la campagne du Labour.

Perspectives

La bourgeoisie britannique est soulagée, car elle était terrifiée par l’hypothèse d’un gouvernement dirigé par l’aile gauche du Labour. Si cette perspective n’est plus à l’ordre du jour dans l’immédiat, elle pourrait revenir plus vite que prévu.

D’une part, la base militante du Labour a été choquée et radicalisée par les provocations des blairistes. La lutte pour le contrôle du parti est donc loin d’être déjà gagnée par la droite.

Par ailleurs, la victoire de Boris Johnson n’est pas un gage de paix sociale. Beaucoup de ceux qui ont voté pour lui attendent du Brexit une nouvelle ère de prospérité et de croissance économique. Or il n’en sera rien. Johnson fera payer le prix du Brexit aux travailleurs britanniques. Son gouvernement va multiplier les coupes budgétaires et les contre-réformes. Un projet de privatisation de la Sécurité sociale au profit d’investisseurs américains a déjà été révélé. Or ce n’est pas le seul du genre à être actuellement en préparation.

Tout cela finira par provoquer une vive réaction des masses contre Boris Johnson et sa clique. A court ou moyen terme, on peut s’attendre à une vague de luttes d’une ampleur inédite depuis les années 70. Pour y intervenir avec succès, le Labour ne doit pas revenir à sa modération des années Blair. Il doit, au contraire, se débarrasser complètement des scories du blairisme et adopter un programme de transformation socialiste de la société.

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