Le 24 septembre dernier, Jeremy Corbyn a été réélu à la tête du Parti Travailliste britannique (le Labour). Avec 61,8 % des suffrages, il a battu le représentant de l’aile droite du parti (Owen Smith) d’une façon encore plus nette que lors de sa victoire de 2015 (59,8 %). C’est d’autant plus significatif qu’il a subi une intense campagne médiatique de discrédit orchestrée par la classe dirigeante.

Mouvement de masse

Les représentants de la bourgeoisie britannique au sein du Labour – les « blairistes », qui ont dirigé le parti pendant plus de 20 ans – n’ont jamais accepté l’élection de Jérémy Corbyn, en 2015. Ils sont ulcérés par ses discours contre l’austérité, qui rencontrent un immense écho dans la population. Aussi ont-ils cherché à profiter du séisme politique provoqué par le Brexit pour tenter de le renverser. Le vote de défiance adressé à Corbyn par la majorité des députés travaillistes a précipité une nouvelle élection interne.

Mais le putsch des « blairistes » a complètement échoué. Les jeunes et les travailleurs se sont massivement mobilisés, tout l’été, pour permettre à Corbyn de remporter un nouveau succès. Il l’a largement emporté dans tous les « corps électoraux » : 59 % des adhérents, 60 % des syndiqués et 70 % des sympathisants ont voté pour lui. Et ce alors que plus de 120 000 personnes avaient été arbitrairement exclues du vote par la bureaucratie du parti !

Les manœuvres de l’aile droite sont incapables d’interrompre un processus profond et qui la dépasse. En un an, le Labour a gagné 420 000 membres. Avec quelque 600 000 adhérents en septembre 2016, il est – de loin – le parti de gauche le plus massif en Europe.

Unité ?

La perspective d’une victoire électorale de Jeremy Corbyn affole la classe dirigeante. Le Financial Times décrit un Corbyn « ancrant à l’extrême gauche, avec une poigne de fer, l’un des plus vieux partis britanniques ». Les capitalistes voient leur échapper un pilier du bipartisme soutenant leur système. Ils feront tout pour le récupérer, quitte à provoquer une scission du Labour. Elle est d’ailleurs inévitable, à un certain stade.

Après avoir organisé un putsch contre Corbyn, l’aile droite du parti appelle sans vergogne à « l’unité ». Si un certain nombre de carriéristes ont commencé à quitter le parti, la plupart vont prendre leur mal en patience, développer leur « parti dans le parti » et coordonner leur campagne anti-Corbyn, sans relâche. Mais ils ont un gros problème : la base du parti soutient très majoritairement Corbyn – et, par ailleurs, ne cesse de croître. A un certain stade, cette contradiction débouchera sur une scission.

Passer à l’offensive

Jeremy Corbyn et Momentum – le mouvement qui défend ses idées au sein du Labour – ont souvent péché par naïveté. Ils ne peuvent plus se permettre de défendre une « unité » factice entre des représentants de classes antagonistes. Les conférences organisées pour la désélection des députés travaillistes droitiers constitueront un moment décisif. Ce processus permet, à la veille d’élections législatives, d’écarter les députés du parti qui ne donnent pas satisfaction, ce qui est le cas de la grande majorité d’entre eux ! Ce sera l’occasion d’enlever à l’aile droite du Labour sa principale force : sa puissance parlementaire et financière.

Mais ce n’est pas suffisant. Comme l’expliquent nos camarades de Socialist Appeal dans Momentum et le Labour, il faut désormais lier la lutte pour la démocratie interne à la nécessité d’un véritable programme socialiste, conformément aux meilleures traditions du Parti Travailliste.

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