Après avoir fait partie de l’Union européenne pendant 40 ans, le peuple de Grande-Bretagne a pris une décision historique en votant pour en sortir, le 23 juin dernier. En conséquence, ce pays traverse sa plus grave crise constitutionnelle et politique depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Les résultats détaillés du référendum révèlent de profondes divisions dans la société britannique. Il y avait des divisions de classe dans les deux camps. La classe ouvrière était également divisée sur cette question. Les travailleurs en activité ont majoritairement voté pour le « remain » (« rester » dans l’UE) ; les chômeurs et les retraités ont majoritairement voté pour le « leave » (« sortir »). Il y a un énorme fossé générationnel : 61 % des plus de 65 ans ont voté pour le « leave » ; 75 % des moins de 25 ans ont voté pour le « remain ». Enfin, le maintien dans l’UE était largement majoritaire chez les Britanniques d’origine africaine (75 %) et asiatique (66 %).

Racisme et nationalisme

Les électeurs qui ont voté pour le Brexit l’ont fait pour différentes raisons, certaines progressistes et d’autres réactionnaires. La colère des anciennes communautés industrielles et minières du Nord du pays, qui ont été condamnées à des années de déclin économique, de plans sociaux et de pauvreté, a joué un rôle évident. Elles détestent la lointaine caste politique de Westminster – et plus encore la bureaucratie bruxelloise, qui n’a rien fait pour elle. Elle considérait comme une imposture – à juste titre – l’argument des partisans du « remain » selon lequel l’UE est synonyme de prospérité et de meilleures conditions de vie pour tous.

Il y avait donc un élément progressiste, anti-establishement, dans le vote de ces travailleurs pour le Brexit. Ceci étant dit, la campagne en faveur du Brexit était entièrement dominée par des arguments nationalistes et racistes. En ce sens, elle était essentiellement réactionnaire. Dans les semaines qui ont suivi le référendum, le nombre d’agressions racistes a augmenté de 500 %, en Grande-Bretagne.

Beaucoup de jeunes et de travailleurs qui ont voté pour le maintien dans l’UE l’ont fait pour s’opposer à cette propagande raciste et nationaliste. Il y avait donc, là aussi, un élément progressiste dans ce vote. Mais chez les Conservateurs et dans l’aile droite du Labour, les partisans du « remain » n’avaient aucun argument progressiste à avancer. Ils faisaient simplement l’apologie de l’UE capitaliste. Au final, la campagne officielle était donc réactionnaire des deux côtés.

Par le passé, Jérémy Corbyn (le chef du Labour) s’est opposé à l’UE. Cette fois-ci, il a défendu le « remain » dans l’espoir de sauvegarder l’unité du parti. Mais il a tout de même critiqué l’UE et refusé de faire campagne aux côtés de Cameron. Cela a valu à Corbyn d’être accusé par l’aile droite du Labour d’être responsable du résultat. Et le lendemain, l’aile droite du Labour a tenté un coup d’Etat contre Jérémy Corbyn.

La crise du Parti conservateur

L’organisation de ce référendum n’était pas la conséquence d’une pression du peuple britannique, qui de manière générale ne s’intéressait guère à l’UE. L’initiative est venue de David Cameron, alors Premier ministre, qui cherchait à résoudre le conflit entre l’aile pro-européenne et l’aile eurosceptique du Parti conservateur. C’était un pari risqué, que Cameron a perdu.

Les dirigeants conservateurs favorables au Brexit sont des réactionnaires de la pire espèce. Ils représentent la tendance de droite traditionnelle – « Little Englander » – de ce parti. Celle-ci incarne les opinions et les préjugés de la base petite-bourgeoise du parti, qui par le passé étaient fermement tenue en laisse par la clique dirigeante des notables aristocratiques du parti.

Les dirigeants conservateurs représentent les grandes banques et multinationales de la City. Ils sont pleins de mépris et de condescendance pour les fanatiques de leur base. C’est une faille qui a été habilement exploitée par Michael Gove et Boris Johnson, tous deux partisans du Brexit. Cependant, ils n’avaient pas anticipé le résultat. Ils espéraient faire un bon score et, ainsi, peser davantage dans le parti. Ils ont été les premiers stupéfaits par leur propre victoire. Et ils ne savent pas quoi en faire, à présent.

Nigel Farage et l’UKIP

A l’extrême droite du mouvement pour le Brexit, on trouve Nigel Farage, de l’UKIP. Cela fait de nombreuses années que Farage défend des positions nationalistes, xénophobes et anti-immigration. Jusqu’alors, il était tenu à distance par les politiciens « respectables ». Mais la campagne du référendum l’a mis au centre de la politique britannique. Cela aura de sérieuses implications pour l’avenir.

Une dizaine de jours avant le référendum, Farage dévoilait fièrement une gigantesque affiche montrant une immense colonne de migrants en marche – assortie du slogan : « Breaking point » (« Point de rupture »). Cette démagogie raciste est une grossière tentative de détourner l’attention des travailleurs des causes réelles de la crise, du chômage et de la misère. C’est cette manœuvre de diversion qui a dominé la campagne référendaire.

L’impasse de l’UE

Le Brexit est une nouvelle étape dans la crise de l’UE, qui n’est rien d’autre qu’un bloc capitaliste réactionnaire dominé par les grandes banques et les multinationales.

En leur temps, Lénine et Trotsky expliquaient déjà que l’unification de l’Europe sur la base du capitalisme est une « utopie réactionnaire ». Une « utopie » parce que c’est impossible, du fait de la rivalité entre classes dirigeantes européennes ; « réactionnaire » parce que la tentative d’y arriver quand même se fait au détriment des masses. On le voit bien avec le sort infligé au peuple grec et les attaques contre les travailleurs, partout.

Tant que l’économie se développait, l’intégration européenne pouvait se poursuivre. Toutes les classes dirigeantes d’Europe y avaient intérêt. Mais avec la crise économique, toutes les contradictions entre classes dirigeantes nationales ressurgissent. La crise de l’euro n’a pas été résolue, ni la crise grecque. Les accords de Schengen – censés garantir la libre circulation au sein de l’UE – sont en lambeaux du fait de la crise des réfugiés. Or, l’union monétaire et les accords de Schengen étaient célébrés comme les deux piliers du processus d’intégration européenne.

Conséquences internationales

Le Brexit a envoyé une onde de choc en Europe et au-delà. Il a donné un puissant élan aux tendances centrifuges, au moment même où le sentiment anti-UE progresse du fait des politiques d’austérité. En l’absence d’une alternative de gauche crédible, ce sentiment peut temporairement donner un avantage aux partis d’extrême droite. Les dirigeants comme Marine Le Pen ou Geert Wilders (Hollande) ont salué le Brexit et demandé un référendum sur l’UE dans leurs pays respectifs.

Le sentiment de haine à l’égard de l’UE, de la part de nombreux travailleurs, a un caractère potentiellement progressiste et révolutionnaire. Avec une direction et un programme corrects, la gauche pourrait poser une menace sérieuse à l’UE et au système capitaliste lui-même. Le problème est que les réformistes se sont adaptés à l’UE capitaliste et ne proposent pas d’alternative crédible.

La question s’est posée de façon brutale en Grèce, l’année dernière. Au lendemain de la victoire du « non » aux diktats de la « troïka », le 5 juillet 2015, Tsipras aurait pu commencer à prendre des mesures contre le capitalisme et faire appel au soutien de la classe ouvrière européenne pour aider le peuple grec. Au lieu de cela, il a capitulé devant l’UE, ce qui a eu un effet déprimant, temporairement, sur le reste du mouvement ouvrier européen.

Enfin, l’idée que les travailleurs d’Europe pourraient solutionner leurs problèmes en sortant de l’UE – sur la base du capitalisme – est complètement fausse. Elle est pourtant véhiculée chez certains réformistes de gauche. Le Brexit et ses conséquences permettront de démontrer ce qu’il en est vraiment. Ce sont les travailleurs britanniques qui seront les principales victimes des conséquences du Brexit sur l’économie du pays. La classe dirigeante utilisera le Brexit comme un prétexte pour lancer de nouvelles contre-réformes. Le Brexit ne règle absolument rien du point de vue de la classe ouvrière. Il n’y a aucune solution à ses problèmes sur la base du capitalisme, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE.

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