Le 24 octobre, le président Macron recevait à l’Elysée le chef d’Etat égyptien Abdel Fattah Al-Sissi. Les organisations de défense des droits de l’homme attendaient la position du président français, grand donneur de leçons en matière de démocratie. Les ONG parlent de la « pire crise des droits humains depuis des décennies, en Egypte ». Depuis l’arrivée au pouvoir d’Al-Sissi, en juillet 2013, pas moins de 60 000 personnes ont été arrêtées dans le pays.

Voici la position du Président du soi-disant « pays des Droits de l’Homme » : « Je n’accepte pas qu’un dirigeant étranger me donne des leçons sur la façon dont je gère mon pays, donc je n’en donne pas aux autres. » Pourtant, Macron n’a pas hésité à donner des leçons de démocratie au président vénézuélien Maduro, cet été, lorsqu’il a fait face à une offensive ultra-violente d’une partie de la droite, qui cherchait à le renverser par la force. Pourquoi est-ce que Macron accable Maduro, mais ne donne pas de leçons au dictateur Al-Sissi – qui, lui, emprisonne, torture et assassine ses opposants pacifiques ?

Gros contrats

Les relations économiques franco-égyptiennes nous apportent la réponse : près de 160 entreprises françaises sont implantées en Egypte, où elles exploitent environ 30 000 salariés dans des secteurs très variés. Vinci et Bouygues ont obtenu le contrat d’extension du métro du Caire, pour plus d’un milliard d’euros. Et depuis 2015, l’Egypte et la France ont conclu pour plus de six milliards d’euros de contrats d’armements ultra-modernes. Les « droits de l’homme » ne pèsent rien, aux yeux de la bourgeoisie française, comparés à ses intérêts économiques. Et du point de vue de Macron, la « faute » du gouvernement Maduro, c’est qu’il continue – malgré l’impasse de sa politique réformiste – de représenter la révolution vénézuélienne, laquelle rejette la domination des puissances impérialistes.

La jeunesse égyptienne

L’Egypte s’est fortement industrialisée depuis les années 1960. C’est la deuxième puissance économique en Afrique. Sa population frôle les 100 millions d’habitants, dont 40 % habitent les principaux centres urbains. La classe ouvrière y est puissante et la jeunesse est hautement éduquée. Les deux tiers des Egyptiens ont moins de 30 ans. La jeunesse constitue une force sociale colossale. C’est elle qui a mené les masses égyptiennes dans la rue lors des puissantes vagues révolutionnaires de 2011 et 2013.

Ses conditions de vie n’ont cessé de se dégrader, ces dernières années. Sous le régime d’Al-Sissi, les jeunes égyptiens ont pour seul horizon la pauvreté, l’émigration ou le jihad. Paradoxalement, dans un pays majoritairement analphabète, les jeunes diplômés ont plus de chance d’être au chômage que les autres. Dans un article intitulé La ruine de l’Egypte, le journal britannique The Economist évoquait un chômage des jeunes oscillant entre 54 % et 60 %, ces six dernières années.

La classe dirigeante égyptienne a ouvert son économie au pillage des investisseurs étrangers. La bourgeoisie en a bénéficié, pas les travailleurs et les jeunes. Parallèlement, la classe dirigeante coupe drastiquement dans les dépenses de santé et d’éducation. Les logements manquent, les salaires restent très bas et le chômage augmente. Les jeunes n’ont connu que le déclin économique et les privatisations. Beaucoup souhaitent quitter leur pays, qui ne leur offre aucun avenir.

On peut établir un parallèle entre la jeunesse égyptienne et la jeunesse du sud de l’Europe. En Egypte, la jeunesse est profondément désespérée. En 2013, selon un sondage, la moitié des jeunes égyptiens étaient prêts à émigrer pour trouver un emploi. Si un tel sondage avait lieu aujourd’hui, ils seraient sans doute encore plus nombreux à vouloir quitter leur pays. Mais dans les faits, l’écrasante majorité des jeunes égyptiens sont condamnés à rester en Egypte. Ils n’auront pas d’autre choix que de reprendre le chemin des luttes massives, pour renverser le système qui les conduit à la ruine.

Le facteur subjectif

La jeunesse égyptienne ne supportera pas indéfiniment la pauvreté et l’austérité. Les tensions sociales augmentent dans la société. Une nouvelle explosion de la lutte des classes se prépare. La révolution égyptienne, qui a commencé en 2011, n’est pas terminée. Les leçons de 2011 et de 2013 lui ont fait gagner en maturité. Sa tâche impérative est d’organiser une solide direction révolutionnaire, sous la forme d’un parti démocratique doté d’un programme de rupture avec le capitalisme.

La jeunesse et la classe ouvrière égyptiennes partagent les mêmes intérêts fondamentaux. L’enjeu est de réunir ces forces sociales dans le but de renverser le système capitaliste en Egypte : c’est la seule solution pour sortir le pays de la crise économique. En 2011 et 2013, les jeunes ont fait preuve d’un courage révolutionnaire remarquable. Fortes de l’expérience de ces dernières années, la jeunesse et la classe ouvrière doivent construire le facteur subjectif, c’est-à-dire une authentique direction révolutionnaire qui entraînera les masses vers un stade supérieur de la lutte : la révolution socialiste.

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