Cet article date d’avril 2010.

A moins de deux mois du début de la première Coupe du monde de football sur le sol africain, l’assassinat du leader néo-nazi Eugène Terre’Blanche (photo), le 3 avril dernier, confirme la persistance de vives tensions raciales, dans le pays.

Terre’Blanche était la figure pro-apartheid la plus médiatique, depuis la transformation du régime amorcée au début des années 1990. En 1973, il fonde le Mouvement de Résistance Afrikaner (AWB), qui prône la supériorité de la race blanche. Directement inspiré du mouvement nazi – drapeaux rappelant la croix gammée, défilés paramilitaires, milice armée – l’AWB a organisé de nombreux attentats meurtriers. A titre personnel, Terre’Blanche fut à maintes reprises condamné par la justice pour des agressions très violentes sur des personnes de couleur.

Le 3 avril, deux ouvriers agricoles noirs qui avaient travaillé sur la ferme de Terre’Blanche, et qu’il n’avait pas payés, l’ont battu à mort. Le salaire colossal qu’ils lui réclamaient était d’un peu moins de 30 euros, soit bien moins que le minimum légal. En outre, l’un des ouvriers, âgé d’à peine 15 ans, était illégalement exploité par Terre’Blanche. Compte tenu de son curriculum vitae, nous ne verserons pas de larmes sur sa disparition.

Inégalités sociales

La stratégie de « réconciliation nationale » prônée par l’ANC (Congrès National Africain), depuis qu’il est au pouvoir, révèle au grand jour sa fragilité. L’histoire de l’ANC nous offre un nouvel exemple de dérive bureaucratique d’un parti originellement révolutionnaire.

En 1990, sous la menace imminente d’un mouvement de masse des travailleurs noirs, le gouvernement pro-capitaliste de De Klerk annonce sa volonté de transmettre les pouvoirs politiques à l’ANC. Le leader de l’ANC, Nelson Mandela, est libéré de prison, où il a passé trente ans. A l’époque, dans ses discours, Terre’Blanche assimilait la fin de l’apartheid à une capitulation devant le communisme. Mais si le pouvoir politique a pu ainsi changer de mains assez paisiblement, c’est parce que l’ANC et le régime de l’époque ont passé un accord. En échange du pouvoir politique, les Blancs conservaient le pouvoir économique – et les dirigeants de l’ANC s’engageaient à protéger les intérêts des capitalistes sud-africains. Autrement dit, l’ANC devait renoncer à tout objectif socialiste et révolutionnaire.

En contradiction directe avec les aspirations des masses, les dirigeants de l’ANC ont jusqu’alors parfaitement rempli leur mission, comme ils l’ont démontré dès leur arrivée au pouvoir. Ils ont massivement privatisé : la santé, l’éducation, les services sociaux… Cette politique pro-capitaliste a mis à la porte des dizaines de milliers de travailleurs.

L’Afrique du Sud reste l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Alors qu’il dispose d’un sous-sol riche en minerais et en métaux précieux, 50 % de la population n’a pas accès à l’eau courante et 30 % n’a pas d’électricité. Le chômage tourne autour de 40 %. Cette pauvreté généralisée, au sein de la communauté noire, est le facteur principal qui engendre une criminalité endémique. Dans ce domaine, le pays est sur le podium mondial.

La répartition des terres agricoles est une autre preuve que, malgré le changement de régime, la même minorité de capitalistes a conservé tous ses biens. 82 % des terres arables du pays sont aux mains de la communauté blanche, alors qu’elle ne représente que 10 % de la population.

Le mouvement ouvrier fait pression, par l’intermédiaire des luttes syndicales, pour défendre les intérêts des travailleurs et infléchir la politique du gouvernement dans le sens d’une vraie politique socialiste. Sur les chantiers des infrastructures destinées à accueillir la Coupe du monde de football, une série de grèves a éclaté. Il incombe au mouvement ouvrier de présenter un programme capable de surmonter les divisions raciales, et d’avancer vers la construction d’une société socialiste, capable de répondre aux besoins urgents de la masse de la population. Il s’agit là de l’unique voie de salut pour les travailleurs sud-africains.

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