La fusillade de la mine de Marikana le 16 août dernier, près de Johannesburg, où 34 mineurs ont péri, a suscité une immense vague d’indignation. Le groupe de grévistes abattu froidement par la police nous renvoie à l’époque de l’apartheid, du massacre de Sharpeville, des émeutes de Soweto et des luttes des années 1980.

Avant ce massacre, dix autres personnes avaient été tuées. 234 ont été arrêtées. Malgré plusieurs mois de grève, la direction de la mine refusait de négocier, attisant la frustration des travailleurs. Des centaines de policiers lourdement armés ont encerclé la mine. Ils effectuaient des patrouilles dans des petits convois de véhicules et maintenaient une surveillance aérienne par hélicoptère.

La multinationale Lonmin, propriétaire de la mine, est le 3e producteur mondial de platine. Lorsque les 3 000 mineurs ont commencé leur grève, la direction de Lonmin a menacé de les licencier s’ils ne reprenaient pas immédiatement le travail. Malgré cet ultimatum, les trois quarts des mineurs ont poursuivi la grève. Ils exigeaient (et exigent toujours) une augmentation salariale – de 4 000 rands (377 euros) à 12 500 rands par mois.

Suite au massacre, le gréviste Kaizer Madiba explique  : «  Des gens sont morts, donc nous n’avons plus rien à perdre. Nous allons continuer à nous battre pour ce que nous estimons être un combat légitime : des salaires décents. Nous préférons mourir, comme nos camarades, plutôt que de reprendre le travail ».

Mécontentement croissant

Derrière la grève se livre une bataille entre les deux syndicats de mineurs : la modérée Union Nationale des Mineurs (UNM) et son rival plus militant, l’AMCU, créé par des membres exclus de l’UNM. L’AMCU accuse les dirigeants de l’UNM de s’occuper davantage de leur carrière politique et de leur enrichissement personnel que des mineurs. Et en effet, l’UNM a déjà fourni toute une série de dirigeants à l’ANC, le parti au pouvoir. Par exemple, Cyril Ramaphosa, ancien dirigeant de l’UNM et de l’ANC, est désormais un homme d’affaires richissime qui siège au conseil d’administration de... Lonmin.

A l’heure où ces lignes sont écrites, les familles de mineurs enterrent leurs morts et la grève se poursuit. Elle va certainement porter un coup sévère à l’ANC et à ses alliés. Elle souligne les inégalités persistantes dans la plus importante économie d’Afrique. La fin de l’apartheid et les gouvernements successifs de l’ANC n’ont pas résolu les problèmes des masses. A ce jour, 40 % de la population vit avec moins de 2,5 dollars par jour.

Julius Malema, un jeune dirigeant récemment exclu de l’ANC, est devenu un symbole de l’opposition de gauche au gouvernement. Il a été acclamé par les mineurs lors d’un meeting, à Marikana, où il expliquait que le président Zuma préfère protéger les patrons de la mine que les mineurs. Malema a été exclu de l’ANC lorsqu’il dirigeait son organisation de jeunesse et accusait le président Zuma de complaisance à l’égard des grands capitalistes blancs.

« Le président Zuma a demandé à la police d’agir de la façon la plus ferme à l’égard des grévistes », explique Julius Malema. « Il est responsable du meurtre de nos frères et donc il doit démissionner. Même sous l’apartheid, aucun gouvernement n’a tué autant de gens. A partir d’aujourd’hui, si on vous demande qui est votre président, vous devez répondre : je n’ai pas de président ».

Le mécontentement ne cesse de croître, dans le pays, et les déclarations de Malema en faveur de la nationalisation des mines ont gagné du terrain, surtout depuis le massacre de Marikana. Scandaleusement, les dirigeants du syndicat COSATU et du Parti Communiste Sud-Africain n’ont pas condamné la violence de l’Etat – mais plutôt le comportement du syndicat « scissionniste » AMCU. Le Parti Communiste est même allé jusqu’à réclamer l’arrestation de ses membres !

Nous devons condamner sans réserve cette attaque brutale et meurtrière de l’Etat Sud-Africain contre les mineurs en grève. Nous devons aussi leur apporter notre soutien dans leur lutte pour un salaire décent et pour la nationalisation des mines, premier pas vers la nationalisation des grands leviers de l’économie. C’était d’ailleurs la politique de la « Charte de Liberté » de l’ANC. Il est grand temps que l’ANC et ses dirigeants mettent en pratique cette Charte – au lieu de plier le genou devant les grandes multinationales.

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