Durant l’été, les incendies se sont succédé à un rythme inédit. Après Fontainebleau, les Pyrénées-Orientales ou le Gard, le « mégafeu » en Gironde a parcouru près de 42 000 hectares et entraîné l’évacuation de plus de 220 000 personnes.
Au Porge, la colère
Le village du Porge est devenu emblématique de la gestion catastrophique des incendies par l’Etat. 183 maisons y ont été détruites. De nombreux habitants accusent les autorités d’avoir sacrifié leur commune pour concentrer les moyens sur la très riche presqu’île de Lège-Cap-Ferret. La direction du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) dément avoir privilégié les riches propriétaires, tout en reconnaissant qu’« entre deux opérations, un choix a sans doute dû être fait ». Faute de moyens suffisants, l’Etat a donc « sans doute » choisi d’abandonner les modestes maisons du Porge pour concentrer ses forces sur l’une des zones les plus riches de France.
Face à cette situation, la population n’a eu d’autre choix que de s’organiser. Un habitant du Porge, évacué, racontait sur BFM TV que certains étaient restés pour sauver « le patrimoine de familles de pauvres gens ». Il concluait : « De toute manière, ce n’est qu’une lutte des classes. »
Des agriculteurs, des artisans et des travailleurs de toutes professions sont également venus de toute la région et d’ailleurs, avec leurs tracteurs et leurs citernes, pour alimenter les pompiers en eau et les aider à lutter contre les reprises de feu et les départs d’incendies. La préfète de Gironde leur a demandé de ne pas intervenir de manière spontanée. Des gendarmes ont même tenté d’empêcher des volontaires d’apporter leur aide aux pompiers. Ces derniers soulignaient pourtant que toute aide était plus que bienvenue. Cette logique a même conduit à écarter des compétences précieuses : dès les premières heures, des forestiers locaux ont proposé leur connaissance du terrain et l’allumage rapide d’un contre-feu. Ils n’ont pas été écoutés, et celui-ci n’a été déclenché que plusieurs heures plus tard.
Un incendie exige de la coordination. Mais cet épisode révèle tout autre chose : d’une part, que l’Etat bourgeois craint que la population ne s’organise hors de son contrôle ; d’autre part, qu’il craignait que cette mobilisation spontanée ne révèle encore un peu plus la carence totale des moyens attribués par les pouvoirs publics à la lutte contre les incendies.
Des moyens à bout de souffle
Le 24 juillet, alors que l’incendie faisait rage, seuls cinq des douze Canadairs français étaient opérationnels. Macron avait pourtant promis en 2022 de renouveler les douze appareils et de porter la flotte à seize. Mais en 2024, le gouvernement Attal a annulé 52,8 millions d’euros de crédits de la Sécurité civile, la contraignant à renoncer alors à deux Canadairs supplémentaires. Dans le même temps, l’Etat commandait 42 Rafales pour plus de 5 milliards d’euros. [1]
Le gouvernement rétorque que, de toute façon, le constructeur canadien des Canadairs ne produit pas assez vite. Dans ce cas, la question est de savoir pourquoi la protection de millions de personnes devrait-elle dépendre d’une entreprise privée?
La France possède l’une des industries aéronautiques les plus puissantes du monde (Airbus, Dassault, Safran…). Le mouvement ouvrier doit imposer la nationalisation des grands groupes de l’industrie aéronautique, sous le contrôle démocratique des travailleurs, afin de planifier la production des avions, kits, pièces et équipements nécessaires. Il faut aussi massivement embaucher des agents de l’Office national des forêts (ONF), qui a perdu plus d’un tiers de ses effectifs depuis 2000, alors que l’entretien des forêts devient toujours plus indispensable, mais aussi des pompiers.
Ces derniers ont dénoncé un système « arrivé à saturation ». Quatre d’entre eux sont morts en intervention sur des incendies au seul mois de juillet. Près de 80 % des effectifs sont des volontaires : pour risquer leur vie dans les flammes, ils touchent une indemnité de seulement 8,71 euros de l’heure, inférieure au SMIC. Leur intersyndicale appelle à une mobilisation nationale du 26 au 29 septembre.
Les travailleurs au pouvoir
L’incendie en Gironde a donné un aperçu, à petite échelle, de la force et des capacités d’organisation des travailleurs. Ils ont montré qu’ils ne manquaient ni de connaissances, ni de courage, ni d’initiative. Pour protéger réellement la population et faire face à la catastrophe climatique, les travailleurs devront arracher à la bourgeoisie le contrôle de l’économie et de l’Etat.

