Le dimanche 12 juillet, un incendie d’une ampleur sans précédent s’est déclaré dans la forêt de Fontainebleau. Le feu est désormais fixé mais a parcouru près de 2000 hectares.
Plus de 800 pompiers et personnels de secours ont été mobilisés, appuyés par des Dash, des hélicoptères bombardiers d’eau et deux Canadairs, engagés pour la première fois contre un incendie en Ile-de-France. Environ 900 habitants ont dû être évacués. Aucune victime n’est à déplorer et les habitations ont été largement protégées, au prix d’un immense effort des pompiers, des agents publics et de la population locale.
L’enquête doit encore déterminer les causes précises de l’incendie mais plusieurs personnes ont été placées en garde à vue. Deux jeunes hommes ont reconnu avoir provoqué des départs de feu : un pompier volontaire a avoué avoir allumé des brindilles avec de l’essence ; un autre affirme avoir accidentellement provoqué un feu en jetant un mégot. Mais, quelle que soit l’origine immédiate du feu, sa propagation ne peut pas être comprise sans tenir compte de la sécheresse des sols, des températures élevées et de la vulnérabilité croissante des forêts.
Une saison des feux exceptionnelle
L’incendie de Fontainebleau n’est pas une catastrophe isolée. Depuis le début de l’année, près de 10 000 départs de feux de végétation ont été recensés en France et environ 32 000 hectares ont déjà été parcourus par les flammes, soit davantage que pendant toute l’année 2025.
Le feu de Trévillach, dans les Pyrénées-Orientales, a parcouru près de 4900 hectares. Dans le Gard, un incendie parti de Lédenon a parcouru 540 hectares et entraîné d’importantes évacuations. En Savoie, un jeune pompier volontaire de 22 ans est mort alors qu’il intervenait sur un feu de végétation au Planay.
Le constat est là : les grands incendies ne sont plus limités au pourtour méditerranéen. Météo-France prévoit que, sous l’effet du réchauffement climatique, le risque élevé d’incendie se généralisera progressivement à l’ensemble du pays. Dans certaines régions situées entre la Loire et le bassin parisien, il pourrait devenir comparable au risque que connaît aujourd’hui l’arrière-pays méditerranéen. La saison des feux sera également plus longue, ce qui augmentera le risque de devoir combattre simultanément plusieurs incendies de grande ampleur dans différentes régions.
Les véritables responsables
Les départs de feu sont pour beaucoup provoqués par l’activité humaine : actes criminels, mégots, travaux, accidents ou imprudences. Mais un mégot ou un incendiaire ne crée ni les canicules, ni la sécheresse des sols, ni l’assèchement de la végétation. Le dérèglement climatique transforme des départs de feu autrefois maîtrisables en incendies rapides, puissants et difficiles à contenir.
Le dérèglement climatique qui favorise ces grands incendies est le produit du système capitaliste qui fait passer les profits avant toute autre considération. Alors que les travailleurs suffoquent sous l'effet de la chaleur, et que les pompiers combattent les incendies, les grands groupes du pétrole, du gaz et du charbon continuent d'engranger des profits colossaux tout en étant parmi les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre.
La promesse envolée des seize Canadairs
Face à cette aggravation prévisible, les moyens publics auraient dû être massivement renforcés depuis longtemps. Or la France ne dispose toujours que de douze Canadairs, auxquels s’ajoutent huit Dash. Ces moyens constituent la maigre flotte nationale, principalement basée à Nîmes-Garons, et doivent être déplacés ou prépositionnés en fonction des risques. Lorsque plusieurs grands incendies se déclarent simultanément, les mêmes avions sont donc sollicités aux quatre coins du pays.
Les douze Canadairs français ont en moyenne vingt-six ans. Leur vieillissement accroît les besoins de maintenance et pèse sur la disponibilité de la flotte. Après les grands incendies de 2022, Emmanuel Macron avait pourtant promis de remplacer les douze appareils existants et de porter la flotte à seize Canadairs avant la fin de son quinquennat. Quatre ans plus tard, la France n’en compte toujours que douze.
Deux nouveaux appareils ont été commandés en août 2024, mais ne devraient être livrés qu’en avril et novembre 2028. Deux autres Canadairs devaient également être commandés en 2024. Mais, en février de cette année-là, le gouvernement de Gabriel Attal a annulé 52,8 millions d’euros de crédits du programme « Sécurité civile ». Cette coupe a directement contraint la Direction générale de la Sécurité civile à renoncer à la commande de ces deux appareils.
Le gouvernement a finalement signé la commande de ces deux Canadairs supplémentaires le 4 juin dernier. Mais leur livraison est prévue à l'horizon de l'année 2033. Le renouvellement complet de la flotte ne figure aujourd’hui plus dans aucun calendrier précis.
Les priorités du gouvernement
Le coût unitaire d’un Canadair est du même ordre de grandeur que celui d’un avion de combat Rafale. Or l’Etat a commandé 42 Rafale à la fin de l’année 2023 et le président de la République a annoncé l’accélération des commandes en 2025. Lorsqu’il s’agit d’acheter des armes, les crédits sont immédiatement débloqués. En revanche, lorsqu’il s’agit de protéger la population contre des catastrophes qui deviennent chaque année plus fréquentes, on nous rappelle soudainement les « contraintes budgétaires ».
La même logique est à l’œuvre en Ile-de-France. En novembre 2024, la majorité régionale dirigée par Valérie Pécresse a supprimé près de 1,5 million d’euros de crédits alloués aux sapeurs-pompiers et aux services d’incendie et de secours. Ces moyens ont été redéployés vers l’équipement de la police nationale et la vidéosurveillance.
Moins d’agents pour protéger les forêts
La lutte contre les incendies ne commence pas avec le décollage des Canadairs. Elle repose sur un travail permanent qui comporte : la surveillance des massifs, le débroussaillement, l'entretien des pistes et des points d’eau et l'adaptation des forêts au changement climatique.
Ces missions sont notamment assurées par l’Office national des forêts. Mais l’ONF est passé de 12 800 agents en 2000 à environ 8000 en 2025, soit une baisse de plus d’un tiers de ses effectifs. Les agents doivent ainsi faire face à un risque toujours plus important avec des moyens humains toujours plus réduits.
Socialisme ou barbarie
Chaque été qui passe confirme que les canicules, les mégafeux et les catastrophes climatiques deviennent la nouvelle norme. Cette réalité frappe la conscience de millions de jeunes et de travailleurs qui voient se dessiner un avenir toujours plus invivable sous le capitalisme. Face à l'incapacité des gouvernements à répondre sérieusement à cette crise, c'est le système lui-même qui sera de plus en plus remis en cause.
Pour faire face aux incendies, il faut exiger des mesures d'urgence : embaucher massivement des pompiers professionnels et des agents de l'ONF, renouveler et développer la flotte aérienne, entretenir les massifs, adapter les forêts et, surtout, lutter contre le réchauffement climatique.
Mais un tel programme se heurte à un système qui fait systématiquement passer les profits avant les besoins de la population. Face à la catastrophe climatique, le choix est de plus en plus clair : socialisme ou barbarie.

