Arrivé au pouvoir avec une majorité écrasante il y a deux ans, le parti travailliste du Premier ministre Keir Starmer vient d’essuyer une profonde défaite aux élections locales le mois dernier : il a perdu 1500 des 2500 sièges qu’il défendait, ainsi que la direction de 38 conseils qu’il dominait depuis des décennies.
Crise économique et radicalisation
Ce processus a des causes économiques profondes. L’incapacité des capitalistes britanniques à investir pour développer l’industrie a transformé le berceau de la révolution industrielle en une puissance de 2e voire de 3e ordre, que la crise de 2008 a plongé dans un marasme durable. La croissance du PIB réel a ralenti à 0,3 % au deuxième trimestre 2026 et les seuls intérêts de la dette publique se sont élevés cette année à 111 milliards de livres sterling !
Les détenteurs de la dette du Royaume-Uni exigent des dirigeants travaillistes qu’ils procèdent à des coupes budgétaires brutales pour augmenter la compétitivité du capitalisme britannique. C’est ce que Starmer a fait dès son arrivée au pouvoir, en attaquant tous azimuts. L’été dernier, son gouvernement avait même annoncé la suppression des aides versées aux retraités pour chauffer leurs logements en hiver, avant de devoir reculer face au tollé provoqué par cette attaque contre une des couches les plus vulnérables de la classe ouvrière.
Alors que la fortune accumulée des 157 milliardaires que compte le Royaume représente plus d’un cinquième du PIB total du pays, le taux de chômage a bondi à 5 % en mars 2026. Chez les 16-24 ans, il s’élève même actuellement à 16,2 %. Cette contradiction entre la misère croissante des masses et l’enrichissement éhonté d’une minuscule minorité a nourri une radicalisation politique croissante, qui s’est exprimée durant ces élections par le rejet de Starmer et de son parti.
Le scandale Epstein, qui touche des politiciens, des lords et des membres de la famille royale, a aussi contribué à cristalliser la colère contre l’establishment. Le soutien à la monarchie vient de passer sous la barre des 50 % pour la première fois de l’histoire contemporaine !
Reform et les Verts
Alors qu’il n’existait pas jusqu’à récemment d’alternative claire à gauche, Nigel Farage et son parti xénophobe Reform ont capté une partie de la colère des masses en se tournant démagogiquement vers la classe ouvrière. Mais, plus ils se rapprochent du pouvoir, plus leur démagogie « sociale » laisse place à des déclarations pro-capitalistes. Et les conseils municipaux que contrôle Reform appliquent eux aussi des programmes d’austérité drastiques.
Cela reflète le caractère contradictoire de la base électorale de Farage : on y trouve des éléments radicalisés et désorientés de la classe ouvrière, des couches de la petite bourgeoisie, mais aussi des patrons et des banquiers. Une telle coalition rassemble des intérêts de classe divergents et même contradictoires qui la minent de l’intérieur. Résultat : après avoir atteint 31 % dans les sondages en septembre dernier, Reform est aujourd’hui retombé autour de 26 %. Ce processus a aussi été renforcé par l’apparition récente d’une alternative sur la gauche des travaillistes, sous la forme des Verts.
Les Verts étaient il y a encore peu de temps un petit parti au discours très modéré, centré uniquement sur la défense de l’environnement. Mais son nouveau dirigeant, Zack Polanski, a adopté une rhétorique radicale, opposée à l’austérité et favorable à l’encadrement des loyers et à la nationalisation de l’eau, du rail et de l’énergie. Cela a permis aux Verts de grandir rapidement : le parti est passé de 68 000 adhérents en septembre dernier à 230 000 le mois dernier.
Cet attrait a été amplifié par la crise de Your Party. Ce parti de gauche a été fondé l’été dernier par Jeremy Corbyn et Zarah Sultana, mais son élan initial a sombré dans les luttes intestines entre ses deux dirigeants. Beaucoup des partisans de Your Party, déçus, se sont tournés vers les Verts. Ceux-ci apparaissent aujourd’hui aux yeux de millions de personnes comme une alternative de gauche, capable de battre Starmer et Farage.
Malgré tout, Zack Polanski et les Verts se limitent à une politique réformiste et refusent de rompre avec le capitalisme. Or, il est impossible de sortir de l’austérité sans arracher les grands leviers de l’économie des mains de la classe capitaliste. C’est ce programme que défendent nos camarades britanniques du Revolutionary Communist Party !

