Nous avons a reçu un courrier du service juridique de l’entreprise Distri-Center (Hard Discount), qui possède plus d’une centaine de grands magasins de vêtements et chaussures, dans le pays. Dans ce courrier, l’entreprise reproche à notre organisation d’avoir publié « très régulièrement » des propos « diffamatoires » à l’égard de ses salariés et de ses dirigeants. En l’occurrence, il s’agit de commentaires en réaction à deux articles que nous avons publiés en janvier et septembre 2007 : Distri-Center, à Moissac : solidarité avec les 5 salariées victimes de harcèlement moral !solidarité avec les 5 salariées victimes de harcèlement moral ! et La « liberté du travail » chez Distri-Center« liberté du travail » chez Distri-Center. Le service juridique nous a demandé de supprimer ces commentaires – plusieurs dizaines –, en nous menaçant de poursuites judiciaires.

Notre site internet et notre journal sont des moyens d’expression des militants du PCF et de la CGT qui les animent, mais aussi de tous les travailleurs qui nous lisent et nous écrivent. Il est exact que nous avons reçu et mis en ligne un nombre considérable de « commentaires », qui étaient tous écrits par des salariés et d’anciens salariés de Distri-Center – ou encore des membres de leur entourage. Bien évidemment, nous ne pouvions pas contrôler la véracité de tous ces commentaires, ni connaître les circonstances exactes des incidents auxquels ces travailleurs faisaient allusion. Ils ont écrit avec leurs propres mots – avec leurs tripes, comme on dit. Et sans doute, ici et là, leur façon de s’exprimer est assez directe. Mais sur le fond, on ne pouvait pas lire ces nombreux témoignages sans ressentir la détresse et l’exaspération de ces salariés – pour la plupart des femmes – et sans se poser de sérieuses questions sur le management et les conditions de travail en vigueur dans l’entreprise. Voici quelques-uns de ces commentaires :

« Messieurs ou Mesdames les managers d’équipe, apprenez que l’humiliation, la fixation d’objectifs inatteignables, le rappel des procédures en permanence, les convocations dans le bureau de la direction, les avertissements, les injures sur le physique, sur l’incapacité au travail, ne sont en rien une méthode de management. Vous arrivez simplement à déprimer vos sujets, à leur faire perdre confiance en eux et non à les booster. C’est ignoble. Et ce qui est le plus honteux, c’est que ces mêmes salariées ont subi des préjudices moraux intenses au point de renoncer à leur propre travail, et doivent se justifier de n’être pas folles face à des entreprises aussi redoutables que la vôtre. Dans tous les cas, je pense bien fort à ces ex-salariées de Distri-Center, et j’ai une pensée particulière pour mon amie qui y travaille toujours et qui, le mois dernier, ne pouvait parler de Distri sans s’effondrer. Elle s’est mise en arrêt pour 15 jours et, à son retour, a été convoquée par sa direction qui lui expliquait qu’elle ne la retenait pas. Pour cause, on lui a retiré son poste d’adjointe remplaçante qu’elle occupait depuis 3 ans. Merci patron ! »

« Bonjour à tout le monde et bravo pour cette guerre. Car, oui, moi aussi, depuis fin août, je suis dans le même cas que vous. Je réunis [des] lettres de témoignage [de la part de] collègues qui n’en peuvent plus et de clients outrés par l’attitude de la responsable ! Elle nous insulte, nous hurle dessus et j’en passe ! Une attitude comme ça est inadmissible ! Nous ne sommes pas des chiens ! J’ai été obligé de me mettre en arrêt maladie pour ne pas en arriver à la faute professionnelle ! Si vous avez des conseils à me faire passer n’hésitez pas. Je suis de tout coeur avec vous. »

« Je suis responsable de magasin, je fais plein d’heures supplémentaires non payées, comme mes vendeuses, et je trouve cela intolérable. De plus en plus de pression (vacances imposées, objectifs perpétuellement augmentés, tout pour nous en donner un minimum mais se remplir les poches). De toute façon, ils pensent que nous ne sommes rien, mais prouvons-leur qu’ils se trompent. »

« Bonjour à toutes et tous. Je suis défenseur de l’UL CGT de Cognac. Je défends actuellement un camarade de Distri-Center Châteaubernard-Cognac. […] J’ai aussi l’honneur d’avoir repris le dossier de Sandrine L., responsable du magasin de Bergerac, afin de défendre ses intérêts devant la Cour de Bordeaux. Désormais, je connais bien les pratiques de cet employeur, qui licencie sans aucun motif. Ne vous laissez pas faire et continuez de lutter avec les copains de l’UL CGT. Ils peuvent me joindre s’ils en ont besoin. Ce sera avec plaisir. Fraternellement vôtre. Claude Geay. »

« Bonjour. De retour de maladie, je viens d’être convoquée par ma responsable durant deux heures et demie. Elle veut que je ne revienne plus travailler, sans motif, afin de pouvoir me licencier pour absence non justifiée. Je ne peux plus retourner travailler dans ce magasin où le harcèlement moral est trop dur. »

« Quel bonheur et quel dégoût à la fois de voir tout ce que j’ai pu lire ici ! Moi-même ancienne adjointe responsable dans un Distri-Center, poussée à la démission au bout de 10 années d’ancienneté, parce qu’il leur fallait du "sang neuf" ! Après avoir été déléguée du personnel, et après avoir commencé à creuser certains "problèmes" dans la société, j’ai vite compris mon malheur. J’en passerais des phrases à répétition reçues en pleine face lors des réunions : "on ne vous demande pas de réfléchir, mais d’obéir !" Quelle belle façon d’avancer, dans une entreprise ! […] Bref, je pourrai en écrire un roman, et c’est bien sûr avec un grand plaisir que je soutiens l’équipe de Moissac. »

Encore une fois, notre oganisation ne dispose pas de preuves formelles permettant d’étayer le contenu de ces commentaires. Mais il y en a tout de même plus de 9000 mots, soit l’équivalent de six pages de notre journal ! Nous avons contacté le syndicaliste CGT qui a publié l’un des commentaires. Il a confirmé notre impression. Que la direction de Distri-Center veuille le reconnaître ou pas, ces courriers font état d’un véritable malaise et d’un profond sentiment d’injustice. Ils constituent une chronique accablante d’exploitation, de mépris et de harcèlement au quotidien. Car il est tout de même difficile de croire que ces salariés et ex-salariés se sont lancés – via notre organisation – dans une vaste conspiration destinée à dénigrer l’entreprise de façon tout à fait injustifiée !

Renseignements pris auprès d’un avocat, nous avons préféré ne pas courir le risque d’une procédure judiciaire – nécessairement coûteuse en temps et en argent. La justice capitaliste offre de larges possibilités d’attaquer un journal comme le nôtre, dans ce cas de figure. Aussi avons-nous enlevé les commentaires, sur notre site internet. Mais nous sommes en train d’étudier la possibilité de tous les publier sous une autre forme, qui ne nous exposerait pas à des poursuites. Nous gardons le contact avec des salariés de cette entreprise. D’après les dernières nouvelles, la direction de Distri-Center a traîné un groupe d’ex-salariées devant la justice pour « complot » contre l’entreprise ! Nous suivrons de près cette affaire et ne manquerons pas d’informer nos lecteurs chaque fois qu’une nouvelle injustice nous sera signalée.

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