Plus de deux mois après l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, la tension et la colère des Marseillais ne retombent pas. Et pour cause : huit personnes sont mortes, puis 2000 ont été délogées après leur avoir annoncé que leur immeuble pouvait s’effondrer à tout moment.

Depuis le 5 novembre, près de 200 immeubles situés dans les quartiers populaires de la ville ont été définitivement évacués. Les habitants dénoncent le traumatisme de cette évacuation effectuée dans la précipitation : à peine dix minutes leur ont été accordées pour « prendre des papiers et un sac ».

A cela s’ajoute la colère des familles délogées qui se trouvent désormais compressées dans des chambres d’hôtel. Sans la possibilité de cuisiner depuis deux mois et demi, les délogés sont toujours sommés par la mairie de récupérer des repas à la sauce Sodexo : un simple sandwich et une barquette. La distribution de titres de transport RTM, jusqu’alors assurée par l’Espace d’accueil des personnes évacuées, a été interrompue. Les pouvoirs publics sont méprisants. Ils ne donnent aucune information sur la durée de cette situation. Les délogés ne savent pas quand ils auront de nouveau un chez-soi, que ce soit dans leur ancien immeuble ou ailleurs. Ils redoutent de se retrouver à la rue.

Un exemple parmi d’autres : une famille comorienne a été évacuée du 3e arrondissement, puis transbahutée par six hôtels différents avant d’atterrir dans un établissement situé sur Le Prado. L’un des sept enfants est scolarisé à Bougainville, qui est à l’autre bout de la ville. Le père, lui, travaille de nuit à la Joliette. Pour couronner le tout, la famille loge dans trois chambres distinctes de l’hôtel, qui sont toutes à des étages différents. Et pendant ce temps, à deux pas du lieu du drame du 5 novembre, des projets d’hôtels et d’immeubles de luxe poussent comme des champignons. Pour ça, pas de problème : il y a de l’argent !

La résistance s’organise. On réclame notamment la réquisition en urgence de 33 000 logements vacants, sur la ville, au bénéfice de tous les délogés, SDF et mal logés. Cette revendication est juste, mais elle va à l’encontre des intérêts liés à la spéculation immobilière. Elle ne pourra donc pas être satisfaite sans une mobilisation massive du mouvement ouvrier. La lutte pour défendre les droits des délogés à Marseille doit s’intensifier en se liant à la grande mobilisation sociale actuelle contre l’ensemble de la politique gouvernementale.

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