L’économie de notre pays repose sur le travail et la capacité de transformer les matières premières en produits de consommation ou de haute technologie. Ceci est obtenu grâce à l’investissement collectif des connaissances et du savoir-faire.

Le travail collectif produit des richesses dont bénéficient le secteur privé, les actionnaires des entreprises, ou les groupes financiers qui gèrent les dépôts de salaires sans aucune contrepartie pour les salariés.

Dans ces conditions, on doit considérer qu’il n’est que justice que les salariés ayant contribué depuis des années au développement de l’économie, reçoivent en retour une pension dès lors qu’ils ne peuvent plus avoir une activité en entreprise compte tenu de leur âge. La retraite n’est pas la conséquence de l’évolution des mentalités des chefs d’entreprises, mais le fruit de longues luttes sur la base de la solidarité, un principe de générosité chez les salariés que le patronat a toujours cherché à détruire et à remplacer par l’individualisme.

Les retraites sont assurées grâce aux cotisations des salariés et des employeurs. C’est un système de solidarité par répartition. Mais le patronat veut imposer des retraites basées sur la capitalisation individuelle, et les lois économiques capitalistes de notre société sont en train de modifier progressivement le contenu social des acquis des salariés. Suite aux mesures prises par Balladur, le calcul de la pension est effectué sur la base des 25 dernières années de travail, alors qu’un grand nombre de salariés auront connu le chômage pendant cette période, diminuant ainsi le montant des revenus servant de base au calcul. Avant ce changement rétrograde, le calcul du montant des retraites était basé sur les 25 meilleures années. La période de cotisation a aussi été rallongée, passant de 37½ à 40 ans (160 trimestres).

La retraite par capitalisation individuelle a ses limites et constitue un danger pour tous. Elle signifie que la retraite ne serait plus un acquis social, mais serait déterminée par les seuls critères du contrat établi avec l’assureur privé. Sachant que, au cours de la vie d’un salarié, celui-ci connaît le chômage trois fois en moyenne, comment seraient alors gérées les cotisations correspondant aux contrats ? Les clauses pouvant être différentes selon les contrats, comment serait garantie la pérennité du contrat pour le chômeur arrivant en fin de droits et sans nouvel emploi ? Les pensions versées dans le cadre des contrats seraient-elles revalorisées ? Le contrat étant un acte individuel, qui pourrait garantir des augmentations devant une aggravation de l’inflation. Les clauses des nouveaux contrats ne risquent-elles pas d’évoluer défavorablement dans le temps ? Ou alors les assureurs sont-ils devenus des philanthropes ? Le revenu obtenu par le contrat étant privé, le salarié en retraite aura-t-il la même couverture pour la santé qu’actuellement, ou est-ce encore une porte ouverte à la médecine privée ?

On prétend que le système de retraites par répartition n’est plus viable en raison de la courbe démographique et l’allongement de la durée de vie. Or, les cotisations sociales versées par les salariés sont, en valeur absolue, plus importantes actuellement qu’il y a dix ans. La régression du chômage, actuellement, augmente les rentrées dans les Caisses de Retraite.

Certes, l’évolution de la médecine et des conditions de vie et de travail ont augmenté l’espérance de vie, mais il faut prendre en compte le développement important des moyens techniques, ce qui a permis d’augmenter sans cesse le taux de productivité des salariés. Nous produisons plus de richesses en moins de temps par notre travail. Il est donc normal de tenir compte de cette croissance de la productivité dans la part de ces richesses qui revient aux salariés en retraite.

La propagande patronale, parlant du "danger" pour les retraites, n’est pas faite afin de défendre l’intérêt des salariés, mais au contraire pour les amener à accepter comme une fatalité la remise en cause des retraites par répartition. Le MEDEF et les partis de droite veulent que la retraite devienne un vaste "marché", extrêmement profitable, en la sortant du domaine de la solidarité sociale et en mettant en place des "contrats individuels de capitalisation". Le patronat essaie de faire passer l’idée que la répartition n’est plus viable, pour mieux faire admettre aux salariés des mesures qui sont contraires à leurs intérêts parce qu’il "vaut mieux perdre un peu que tout".

Aujourd’hui nous versons des cotisations, demain ce serait un versement aux assureurs privés. La différence est très importante : les compagnies d’assurance doivent faire des bénéfices et les repartir entre leurs actionnaires, qui sont des groupes financiers, et dont la source de profit est l’assuré.

Pour le patronat, le retraité, comme le chômeur, n’est plus "utile", parce qu’il n’est plus une matière à exploiter et une source de profits. Mais il faut prendre en compte le rôle social très important que joue le retraité, ainsi que la contribution économique qu’il continue à apporter. La moyenne des retraites est de 6000 francs par mois. On sait que souvent le retraité aide économiquement un jeune à la recherche d’un premier emploi ou qui se trouve au chômage. Le retraité joue souvent un rôle social dans les associations à vocation humanitaires, bénévolement.

Notre intérêt, en tant que salariés, est de ne pas accepter un système dont le contenu ne prendrait pas en compte la solidarité et la répartition équitable. Une modification de l’assiette de collecte des cotisations est nécessaire. La moyenne de 6000 francs cache des disparités graves, et de nombreux retraités vivent dans la misère. Les Caisses doivent donc être alimentées par de nouvelles sources, et notamment par la récupération des impayés patronaux. La retraite est un droit qui doit être conservé, garanti et amélioré au même titre que l’éducation publique. Si les moyens manquent réellement, pourquoi ne pas imposer les revenus provenant de la spéculation boursière ? La retraite solidaire reste à défendre.

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