Nous publions ci-dessous une contribution de deux camarades toulousains au débat sur le « droit au mariage pour tous ».


Dimanche 13 janvier 2013 défilaient à Paris conjointement la droite, l’extrême droite, l’Eglise catholique et leurs groupuscules intégristes respectifs, contre le projet de loi sur le droit au « mariage pour tous ». Entre 300 000 manifestants, selon la police, et 800 000, selon les organisateurs, étaient au rendez-vous, et scandaient des slogans sensés défendre l’institution du mariage et le droit de l’enfant à bénéficier d’un « environnement équilibré ».

De nature conservatrice et réactionnaire, la bourgeoisie ne supporte pas la libéralisation des mœurs. Déjà en mai 68, elle était outrée par le mouvement de libération sexuelle défendue par la jeunesse, qui accompagnait le mouvement révolutionnaire ouvrier. Ce n’est que le 27 juillet 1982 que l’Assemblée nationale votait la dépénalisation de l’homosexualité. Avec l’abrogation de l’article 332-1 du Code pénal, l’homosexualité ne fut plus considérée comme un délit.

L’homosexualité est-elle « naturelle » ?

Aujourd’hui, un des arguments soutenus par une partie de la droite est que l’homosexualité ne serait pas « naturelle ». Si cela signifie qu’on ne trouve aucune activité homosexuelle dans la nature, c’est totalement faux. L’homosexualité peut être observée chez de nombreux animaux. Pour autant, bien que les comportements amoureux et sexuel de l’homme soient différents du comportement animal, il n’y a rien de « dénaturé » dans l’homosexualité humaine.

La sexualité humaine est un phénomène complexe et à multiples facettes. Il y a des composantes biologiques et psychologiques qui réagissent réciproquement de manière dynamique dans un contexte particulier ou une société donnée. Le comportement sexuel humain se développe en interaction avec les contraintes sociales – ou l’absence de telles contraintes. De là découlent la diversité et les différences dans ce domaine, comme avec tout autre aspect de la vie humaine.

Il faut comprendre que bien des aspects du rôle des sexes et de l’identité sexuelle sont créés par la société. Par le passé, de nombreuses sociétés ont défini les rôles sexuels et les identités sexuelles de manières différentes. Par ailleurs, lorsque deux sociétés entrent en contact, si l’une d’entre elles cherche à dominer l’autre, cette interaction provoque des bouleversements dramatiques dans bien des domaines.

Marx et Engels expliquent que les premières sociétés humaines qui avaient évolué vers le stade du communisme primitif se mariaient par groupe, et le lignage y était maternel (matrilignage). C’était le cas chez les natifs américains par exemple. Ils avaient aussi les bardaches, ou chamanes, qui étaient considérés comme le troisième sexe, et qui se travestissaient.

Lorsque les Conquistadores colonisèrent l’Amérique, les missionnaires condamnèrent toutes ces pratiques. La répression fut violente. Leurs chiens déchiquetaient les personnes qui s’adonnaient à des comportements homosexuels. Le mariage par groupe fut interdit. Cela eut des conséquences décisives sur les autochtones.

Le mariage de groupe céda la place à la monogamie, la propriété privée des moyens de production s’étendit et les enfants commencèrent à dessiner leur lignage par le père en opposition à la mère. Cela permettait à l’homme de léguer sa propriété à ses enfants. De plus en plus, la société fut divisée en familles individuelles : une femme, un homme et leurs enfants. Il y avait des peines strictes si la femme ne respectait pas l’« inviolabilité du mariage », car l’homme voulait garantir la transmission de sa propriété à ses enfants. Evidemment, on permit à l’homme de profiter de distractions alternatives.

« Le mariage conjugal fut un grand progrès historique, mais en même temps il ouvre, à côté de l’esclavage et de la propriété privée, cette époque qui se prolonge jusqu’à nos jours et dans laquelle chaque progrès est en même temps un pas en arrière relatif, puisque le bien-être et le développement des uns sont obtenus par la souffrance et le refoulement des autres. Le mariage conjugal est la forme-cellule de la société civilisée, forme sur laquelle nous pouvons déjà étudier la nature des antagonismes et des contradictions qui s’y développent pleinement ». Cette citation de L’Origine de la Famille, la Propriété Privée et l’État de F.Engels nous éclaire sur la conception marxiste du mariage bourgeois : sous le capitalisme, ce n’est qu’une façade et un moyen de perpétuer la passation de la propriété privée. Sous le socialisme, le mariage s’éteindra de lui-même, tout comme l’Etat.

Aujourd’hui, comme marxistes, nous sommes contre les privilèges (fiscaux et autres) accordés aux couples mariés. Les couples non mariés devraient avoir les mêmes droits que les couples mariés. Ceci étant dit, nous défendons le droit au mariage de tous les couples, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Le gouvernement PS et la question du mariage pour tous

N’ayant pas le courage d’assumer ses rares réformes progressistes, Hollande les minore avant même qu’elles ne soient discutées à l’Assemblée nationale. Déjà en novembre 2012, il rassurait les maires et déclarait dans un discours à leur attention que « d’une certaine façon, c’est la laïcité, c’est l’égalité : la loi s’applique pour tous, dans le respect néanmoins de la liberté de conscience ». Ainsi, un maire pourrait tout bonnement refuser de célébrer une union !

Hollande ne pouvait pas être plus franc. La vérité, c’est qu’il n’y a pas, et qu’il n’y aura jamais d’égalité entre les territoires ou les individus tant qu’une classe dominera l’autre, ce qui constitue le fonctionnement même du système capitaliste.

Un autre signe de faiblesse du gouvernement est l’abandon de la PMA (procréation médicalement assistée) qui est retirée du projet de loi, alors qu’elle avait été promise lors de la campagne présidentielle. Cédant à la virulence de l’opposition de la droite et des milieux catholiques, Hollande a préféré repousser ce volet qu’il intègrerait peut-être à une loi plus générale sur la famille, laquelle serait présentée en mars.

Sur la GPA

Pour les couples homosexuels hommes, qui voudraient faire appel à la GPA (gestation pour autrui), la question reste sensible, d’autant plus dans une société capitaliste. Dans les pays l’autorisant à l’heure actuelle, comme les Etats-Unis, la majorité des mères porteuses sont issues de la classe ouvrière. Or cela peut entraîner des traumatismes psychologiques graves chez ces femmes, qui pour survivre, décident de « louer leur ventre ».

L’unique moyen pour que ce don puisse se faire sans intérêt financier en jeu, sans « la marchandisation du corps », réside dans l’établissement de la société socialiste.

Adoption

Le projet de loi permet aux couples homosexuels d’accéder à l’adoption, ce qui est une grande avancée. Et surtout, les couples ayant déjà des enfants peuvent enfin établir un lien de parenté entre les deux conjoints et leur(s) enfant(s). Pour ces raisons, le projet de loi reste progressiste, et en tant que communistes nous devons le soutenir.

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