Le Premier ministre a annoncé le 14 octobre dernier qu’un projet de loi sur l’autonomie serait préparé avant la fin de l’année 2013. Jean-Marc Ayrault a déploré que beaucoup de promesses et d’annonces aient été faites par ses prédécesseurs, sans suite.

Nicolas Sarkozy avait en effet plusieurs fois promis la création d’une nouvelle branche de la sécurité sociale pour répondre aux pathologies du vieillissement de la société, mais le dossier a finalement été discrètement enterré au début de l’année 2012.

La priorité du gouvernement étant aujourd’hui comme hier au « désendettement », il y a peu de chances que ce gouvernement propose une loi ambitieuse dans les prochains mois. Et pourtant, les besoins existent et vont s’amplifier dans les années à venir. Aujourd’hui, la France compte 15 millions d’habitants qui ont plus de 60 ans. On en annonce 20 millions en 2030 et 24 millions en 2060 !

Les projections démographiques de l’INSEE prévoient une nette augmentation de la population des plus de 80 ans à l’horizon 2060, phénomène lié à la fois au vieillissement de la génération du baby-boom et à l’allongement (supposé) de l’espérance de vie. Les projections financières des dépenses de dépendance, d’hébergement et de santé des personnes dépendantes débouchent sur des augmentations modérées jusqu’en 2025, puis sur une accélération deux fois plus importante entre 2025 et 2040.

Dans un des rapports qui circulent au ministère des Affaires Sociales et de la Santé, on peut lire : « si la stratégie de couverture de la dépendance des personnes âgées constitue un enjeu majeur de la politique publique, elle ne peut être que la réponse philosophique que l’on se fait de la solidarité nationale, de la place de la famille et du rôle de la puissance publique ».

Nous trouvons la réponse « philosophique » du gouvernement de Jean-Marc Ayrault dans un document conjoint du ministère des Affaires Sociales et de la Santé et du ministère du Redressement productif, lors du lancement de la filière « industrielle » du grand âge, la Sylver Economy, le 24 avril dernier, avec une préface des deux ministres : Michèle Delaunay et Arnaud Montebourg.

La « Silver Economy » y est présentée comme une « opportunité pour nos territoires », « un espoir et un marché pour les personnes âgées ». Les « 900 millions de personnes âgées dans le monde » constitueront une « demande très importante dans les décennies à venir ». Mais cela suppose « un ensemble hétérogène public/privé qu’il convient de structurer, réunir, fédérer », avec son « économie de la confiance et de la qualité », son « service après vente », etc.

Vous avez bien lu : la dépendance et la fin de vie sont des « marchés », avec tous les ingrédients capitalistes de rentabilité. Pour le financement, les « modèles » proposés sont le Japon et le Canada. Mais il y a aussi, en France, « l’exemple des marchés/business models qui ont déjà connu un début de succès, à savoir les services à la personne, les systèmes de télé-alarme, etc. »

Lorsqu’on connait les ravages qu’ont provoqués les « Partenariats Publics Privés » dans les constructions récentes d’équipements publics, le lancement de cette filière n’augure rien de bon pour les personnes âgées et leur entourage.

Nous revendiquons un véritable service public répondant aux besoins du grand âge et respectueux des personnes et de leur dignité. Cela suppose la construction de lieux de vie adaptés et des aides financières suffisantes pour que tout le monde y ait accès, y compris les plus modestes.

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