La campagne des élections régionales des 6 et 13 décembre rencontre l’indifférence d’une grande partie de la population. Ce n’est pas étonnant. Depuis la présidentielle de 2012, il s’agit de la cinquième élection intermédiaire. Jusqu’alors, toutes ont exprimé un désaveu cinglant du PS au pouvoir. Mais Hollande a poursuivi la même politique d’austérité contre les pauvres – et de cadeaux en tous genres pour le patronat.

Il est clair que, dans la détermination de sa politique, le gouvernement ne tient pas compte des résultats électoraux. Dès lors, à quoi bon lui envoyer de nouveau le même message ? Et à quoi bon élire des conseils régionaux qui ne permettront pas d’arrêter la machine infernale de la crise ? Voilà ce que beaucoup de gens se disent à la veille d’une élection dont l’abstention pourrait bien, une fois de plus, être le grand vainqueur.

Les Républicains ne suscitent pas davantage d’enthousiasme. Ils sont criblés « d’affaires », déconnectés des problèmes du peuple – et associés au bilan désastreux du mandat présidentiel de Sarkozy. Par ailleurs, ne dirigent-ils pas de nombreuses villes et départements ? Qu’est-ce que cela change ? Rien – ou en pire.

Les Républicains se frottent quand même les mains : l’abstention touchera surtout l’électorat de gauche. Comme lors des précédents scrutins, ils espèrent recueillir le fruit mûr de la faillite du gouvernement « socialiste ». Mais ils ne sont pas seuls à pouvoir bénéficier du rejet du PS. Le FN veut sa part du gâteau. D’après les sondages, il pourrait prendre la tête d’une ou plusieurs régions. Sur fond d’abstention massive, c’est tout à fait possible. Ce serait une première.

Les manœuvres du PS

Que faire face au risque, bien réel, que la droite et le FN raflent la mise, le 13 décembre ? « L’union de toute la gauche ! », tempêtent les dirigeants du PS. Ils auraient voulu des listes communes du PS, des Verts et du Front de Gauche dès le premier tour. Il n’y en aura pas. Alors, le PS accuse les Verts et le Front de Gauche de « faire le jeu » de la droite et du FN.

Cette rengaine n’est pas nouvelle ; mais plus le gouvernement s’enfonce dans des abîmes d’impopularité, plus elle devient ridicule. Car enfin, on ne peut pas reprocher aux Verts et au Front de Gauche de décliner l’offre qui leur est faite de se suicider, au premier tour, sur des listes communes avec le PS. Si « la gauche est divisée », c’est évidemment parce que le PS au pouvoir mène une politique de droite. Et c’est bien cette politique qui favorise l’abstention et la montée du FN. Si le PS au pouvoir menait une véritable politique de gauche, la droite et le FN seraient en difficulté.

 

Le Front de Gauche et le deuxième tour

Cela n’a pas empêché le premier secrétaire du PS, Cambadélis [photo ci-dessus], d’organiser un pathétique référendum « pour l’unité de la gauche aux élections régionales ». Il a très peu mobilisé. Mais dès le lendemain, Cambadélis déclarait qu’il avait fait « bouger » la direction du PCF, « [désormais] favorable à l’unité au deuxième tour des élections régionales ».

Cambadélis ment, mais sur un point qui embarrasse les dirigeants du PCF. Car en réalité ceux-ci n’ont pas attendu le référendum pour être favorables à une fusion avec le PS au deuxième tour. Ils le sont pour un motif qui détermine la stratégie d’alliances du PCF depuis longtemps : sauver des sièges d’élus. Mais ils ne le disent pas trop fort, car cette stratégie est contestée dans les rangs du PCF – et plus encore dans ceux du Parti de Gauche. Et pour cause : le rejet du PS est tel, dans la population, qu’une fusion des listes du Front de Gauche et du PS ne va absolument plus de soi, même face à la droite et au FN. Elle ferait courir le risque de discréditer le Front de Gauche auprès des éléments les plus radicalisés de la jeunesse et du salariat, qui se diront : « le Front de Gauche critique le PS, puis fusionne avec lui. C’est toujours la même histoire ». Dans le cas des dirigeants du PCF, c’est pire encore, puisqu’ils proposent même de participer aux exécutifs régionaux dominés par le PS.

La participation du Front de Gauche à des exécutifs « socialistes » doit être exclue. Mais pour ce qui est de la fusion, il ne suffit pas de la refuser. Face à la droite et, surtout, au FN, un certain nombre de travailleurs seront malgré tout favorables à l’union. Dès lors, le Front de Gauche devrait expliquer publiquement : « nous sommes prêts à fusionner, mais seulement sur la base d’un programme de réformes sociales sérieuses, au niveau régional et national. Par exemple, la loi Macron doit être abrogée ». Bien sûr, le PS rejettera de telles conditions. Mais alors, il assumera la responsabilité de la « division », dont la véritable signification sera claire : les dirigeants du PS veulent poursuivre leur politique d’austérité. C’est bien plus important, à leurs yeux, que « l’unité de la gauche ».

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