Sous cet article, nous publions également un article sur le plan social de janvier 2009, à Freescale, qui avait été publié dans le n°44 de La Riposte.

La direction de Freescale Toulouse a annoncé la suppression, d’ici 2011, de 1050 emplois (800 en production et 250 en téléphonie), sans aucune justification. C’est en fait la fermeture de toute la production de puces électroniques. Mais au-delà, ce sont aussi tous les intérimaires, les consultants et sous-traitants qui risquent de perdre leur emploi.

Dans un précédent article, en janvier 2009, qui faisant suite à la suppression de 170 postes, nous rappelions déjà les différents licenciements effectués depuis la reprise de l’entreprise (anciennement Motorola) par les fonds de pensions américains Carlyle et Texas Pacific Group. Les effectifs sont passés de 2000 salariés, en 2004, à 1750 en janvier 2009. Nous évoquions les mauvaises conditions de travail (augmentations des cadences, problèmes de santé), les pressions pour imposer toujours plus de flexibilité aux équipes, ainsi que le gel des salaires.

Depuis le « plan d’adaptation des effectifs » de janvier, il y a eu cinq semaines de chômage partiel. Le 12 mars dernier, Rich Beyer, le PDG de Freescale, était sur le site de Toulouse et assurait que tout allait bien. En vérité, depuis le rachat par ces fonds d’investissement financiers, leur stratégie s’orientait vers la fermeture du site.

Une réunion de négociation a eu lieu le vendredi 24 avril. Le site de la CGT Freescale (http://cgtfreescale.free.fr/) explique que la direction a annoncé qu’elle travaille à un possible accord, qu’elle souhaite que les syndicats limitent leurs communications avec les médias et qu’elle a fait des propositions. La direction accepte les congés sans soldes, met en place un « point carrière » et demande la prorogation des mandats des syndicats pour avoir les mêmes personnes aux négociations jusqu’en 2011 ! La CGT refuse cette demande, car « il n’est pas question de céder sur cette question de démocratie élémentaire ». Les élections professionnelles se tiendront en 2010.

Le calendrier prévisionnel de la direction ne prévoit rien pour la téléphonie. Elle veut en finir d’ici à la fin 2009. Pour la production, l’arrêt est prévu en 2011, les modalités de la fermeture dépendant des négociations.

L’Assemblée Générale qui a eu lieu le lundi 27 avril et qui a réuni 500 à 600 personnes, a voté la représentation des salariés pour les négociations. Les syndicats (CGT, FO,CFDT, CFE-CGC, CFTC, UNSA) se sont regroupés en une intersyndicale pour s’unir face à la direction. Les représentants des salariés rencontreront la direction tous les jeudis.

« Il est temps de voir que la majorité des salariés sont dans le même bateau et que ce n’est pas celui de la direction », a déclaré un délégué CGT. Oui, et il faut surtout de ne pas se laisser couler ! C’est bien de négocier. Il le faut tant qu’on a des chances d’aboutir. Mais quand au bout on vous dit que, de toutes façons, c’est la fermeture, il faut lutter contre la fermeture, et ne pas se limiter à négocier les modalités de celle-ci. Il n’y a aucune justification économique à la fermeture de Freescale Toulouse. Le site se porte bien, en dehors d’un manque d’investissement volontaire de la part de ses propriétaires.

Il faut refuser la fermeture de Freescale. Mais les négociations prévues ne portent pas là-dessus ! Pour résister à la fermeture et sauvegarder les emplois, il faut envisager l’occupation de l’usine. Il n’y a guère d’autre moyen de s’imposer. Cette occupation doit aller de pair avec la revendication de l’expropriation des financiers qui veulent la mort du site. Ils ont pillé l’entreprise, tiré des milliards de bénéfices sur le dos des salariés, reçu quinze millions d’aide publique pour ne pas fermer avant 2011, et maintenant il faudrait se plier à leur bonne volonté ?

Etant donnée la conjoncture actuelle, les personnes qui seront licenciées ne retrouveront pas de travail. Freescale ne doit pas fermer. Demander la restitution de l’argent public ne suffit pas. Cela ne règlera rien. L’occupation du site doit être suivie de sa nationalisation, sous le contrôle démocratique des salariés. Si un autre patron le reprend, son but sera le même que ses prédécesseurs : en tirer le maximum de profit, en attendant de le fermer. Toutes les entreprises menacées de fermeture ou de licenciements (Molex, Continental, Caterpillar, etc.) doivent aboutir par leur lutte, usine par usine, à des revendications communes : expropriation des capitalistes, nationalisation des entreprises et maintient intégral des emplois, sous le contrôle et la gestion des salariés eux-mêmes.

Puisque les élus toulousains appellent l’Etat à l’aide, il faut le faire complètement, avec la nationalisation. Sinon, c’est encore une aide publique versée dans les coffres des fonds d’investissements privés. Martin Malvy, président socialiste du Conseil Régional de Midi-Pyrénées, s’est plaint « de la morale de certains dirigeants ». Il est « révolté par le comportement de nombreux dirigeants », et se lamente du fait que « des fabrications vont disparaître sur le territoire ». Mais qu’attend-il de ces capitalistes ? Et ce n’est pas en allant les voir au Texas, pour leur demander plus de morale, qui changera quoi que ce soit. Le capitalisme n’est pas moral, par nature. C’est la liberté d’exploiter les plus faibles.

Sophie Rault (PCF 31), le 30 avril 2009.

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Ci-dessous, l’article sur le plan social de janvier 2009.

Nouveau plan social chez Freescale

L’entreprise Freescale (ex-Motorola), qui produit des semi-conducteurs, annonce pour son site de Toulouse la suppression de 170 postes, sur 1750. Déjà, en 2007, l’entreprise avait licencié 110 personnes, à Toulouse. En même temps, la direction avait fermé le site de Crolles, près de Grenoble, le site EKB, en Ecosse, et plus récemment celui de Genève.

En 2004, Motorola se séparait de sa division semi-conducteurs, qui devenait Freescale. A l’époque, le site de Toulouse comptait 2000 salariés. Puis, en 2006, des fonds de pension américains (Carlyle Group, KKR, BlackStone, Texas Pacific Group) ont pris possession du capital de Freescale.

Dès lors, la CGT s’est inquiétée des méthodes de gestion qui n’avaient qu’un but : faire le maximum de bénéfices à court terme, sans aucune stratégie industrielle à long terme. Elle a dénoncé l’augmentation des cadences, les licenciements, l’emploi systématique d’intérimaires, l’augmentation des accidents de travail, la multiplication des problèmes de santé des travailleurs et la politique des « départs volontaires ». Un rapport de la médecine du travail relevait « un taux de stress et de risque psychosocial important, sur le site de Freescale de Toulouse ».

La CGT a aussi dénoncé une politique de répression et de délation sans précédent. Un numéro de téléphone a été ouvert : tous les salariés sont invités à s’en servir pour signaler un comportement « non-conforme », au sein de l’entreprise. La direction a également fait appel à un cabinet médical spécialisé pour contrôler systématiquement les arrêts maladie.

Des méthodes de prédateurs

Ces méthodes sont partout les mêmes. Elles sont bien rodées. Des investisseurs empruntent aux banques pour racheter des entreprises à très fort potentiel de bénéfices, puis exploitent au maximum les salariés, engagent des licenciements massifs – puis liquident ou revendent l’affaire lorsqu’ils ont réalisé d’énormes bénéfices. Ces étapes se font environ sur 5 ans. Le Carlyle Group et Texas Pacific Group sont des spécialistes, dans ce domaine. Ils ont déjà plusieurs liquidations à leur actif (L’Annuaire Soleil en 2003, Reef en 2002, Opto Speed en 2003, etc.).

Pascal Dallecoste, chercheur au Larege, explique : « Le Carlyle Group est le fonds d’investissement privé le plus puissant au monde. Le plus discret aussi. Non coté en bourse, il n’est pas tenu de communiquer le nom de ses partenaires. Etroitement connecté au secteur de la défense, il est capable de répondre à n’importe quel appel d’offres. Jusqu’en 1998, le Carlyle Group était inconnu, en France. Il y contrôle pourtant une grande partie de la presse professionnelle et quelques fleurons industriels. »

En septembre 2008, le président du Conseil Régional, Martin Malvy, a adressé un courrier au Préfet, où il s’inquiétait « des rumeurs persistantes faisant état d’une éventuelle fermeture des activités de fabrication de l’entreprise. Si ces informations venaient à se confirmer, cela signifierait la perte directe de nombreux emplois pour Midi-Pyrénées, à laquelle s’ajouteraient les réductions d’effectifs des prestataires et sous-traitants de l’entreprise ».

Nous y voici. Le plan a été annoncé juste avant les congés de Noël. Hypocritement dénommé Plan d’adaptation des effectifs, il se fera sur la base de départs « volontaires », dès la mi-janvier. Les « volontaires » auront droit à des conditions de départ dites améliorées : doublement des indemnités légales et prime de départ. Cela ressemble beaucoup à du chantage.

La CGT dénonce les pressions et intimidations : « si tu n’es pas volontaire pour un changement d’équipe, tu es prioritaire pour être licencié ».

Il faut refuser les licenciements. Les employeurs les justifient en évoquant « la crise », mais ils continuent, eux, d’engranger des profits astronomiques. Ce plan social est uniquement motivé par les exigences de rentabilité des actionnaires. Et pour que les choses soient claires, le plan suivant, pour 2009, a déjà été évoqué en Conseil d’Etablissement ! Comme le dit un des salariés : « Le fruit du travail des salariés est dilapidé dans les profits pharaoniques dont bénéficient les investisseurs ».

Sophie Rault (PCF 31) , en janvier 2009.

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