Interview de Catherine, déléguée syndicale CGT sur le site de l’entreprise PPG (Pittsburg Plate Glass – entreprise spécialisée dans les matériaux de construction, la peinture, le chlore, etc.) à Bezons dans le Val d’Oise, et élue au CSE (Comité Social et Economique, instance de représentation des salariés dans l’entreprise).


Quelle est la situation de l’entreprise et de votre mobilisation ?

On se bat depuis octobre 2020 contre la fermeture de notre site. Les premiers salariés devaient partir en février 2021, et la fermeture du site était prévue en juin 2021. PPG c’est une multinationale américaine avec 47 000 salariés et 17 milliards de chiffre d’affaires. C’est le premier mondial en peinture, donc toutes les voitures que vous voyez, c’est à peu près eux. Il n’y a aucun problème d’argent, notre site est parfaitement viable.

On est très en colère, car avant on était Le Joint français, une entreprise d’Hutchinson-Total, parfaitement rentable, qui avait plus d’un siècle et un monopole en Europe sur les mastics pour l’aéronautique, autant vous dire que c’était une pépite.

PPG ne pouvait pas vendre en Europe, ni à Airbus, ni à Dassault puisqu’il y avait un contrat d’exclusivité. Désormais, ils ont tout gagné. Ils ont racheté Le Joint Français et partent avec nos formules (développées à Bezons parce qu’aux Etats-Unis ils n’avaient pas réussi), nos brevets, nos clients et laissent les travailleurs à la porte.

Ils ont décidé de mettre à la porte les salariés à la date anniversaire du rachat, 5 ans après, jour pour jour, alors que ce sont ces mêmes travailleurs qui ont accumulé toutes ces richesses pour les actionnaires. Tout ça, sachant que la moyenne d’âge des salariés est de 46 ans, dont un quart ont plus de 55 ans, et qu’il n’y a pas de plan d’accompagnement de retraite.

On n’est pas d’accord qu’une entreprise puisse racheter comme ça une entreprise française prendre tout ce qu’il y a à prendre et mettre les gens à la porte. On organise une manifestation nationale contre les licenciements le 27 novembre à Paris, on a déjà pas mal de camarades et de militants qui nous ont rejoints, ainsi que beaucoup d’entreprises.

Suite à notre résistance en intersyndicale CGT-CFTC, on a réussi à avoir 10 mois de salaire supplémentaires, les postes ont été maintenus. Après deux refus successifs d’homologation de leur plan social, ils ont finalement réussi à l’obtenir. Donc, on passe à la lutte judiciaire pour suspendre ce plan social, qui n’a aucun motif économique, car c’est une entreprise parfaitement rentable. On veut aussi faire casser l’homologation du plan social et, ça, ce sera un peu plus long. Mais notre premier objectif, c’est de maintenir les salariés en poste sur le site.

Quelle est la situation parmi les autres entreprises ?

On est une entreprise parmi tant d’autres. Il y a eu 1100 PSE (« Plan de Sauvegarde de l’Emploi », la nouvelle appellation pour « plan social ») en France depuis 2020. Des milliers de salariés n’ont plus de travail alors que les entreprises sont souvent rentables. On a rejoint le piquet H&M au Bourget. C’est le même cas que nous : un site parfaitement rentable et ils mettent les salariés dehors. Sous couvert de COVID, les entreprises font encore plus d’argent et mettent les salariés dehors, c’est inacceptable. On va fédérer un maximum d’entreprises, de militants, de syndicats pour être nombreux le 27 novembre pour dire stop et nous faire entendre.

Le gouvernement fait des décrets pour les masques, pour le passe sanitaire, pourquoi pas une ordonnance pour stopper les licenciements ? On a connu une crise sanitaire sans précédent et que fait le gouvernement ? Rien ! En fait, si, il donne de l’argent aux entreprises, qui le gardent et licencient massivement ! Notre entreprise a touché 3 millions d’euros en Crédit Impôt Recherche et en CICE (Crédit Impôt Compétitivité Emploi). Ça ne les a pas gênés de mettre tout le monde dehors et de garder l’argent.

Les PSE, ça ne concerne que les entreprises de plus de 50 salariés, donc, je ne vous parle même pas des petites structures. On travaille avec les Cargill qui ont créé stop licenciement, un site qui recense tous les PSE. Mais je vois aussi arriver des entreprises de seulement 9 salariés, qui ne peuvent rien faire. Nous, on a les moyens juridiques de nous battre, on a un CSE, on a pu lutter, freiner des choses, se payer un avocat, mais dans le cas de si petites entreprises, ils n’ont rien de tout ça, ce sont des licenciements invisibles, on n’en parle pas. Pareil pour ceux qui licencient les salariés par des « ruptures conventionnelles » qui sont des licenciements déguisés.

Il y a également les « non embauches » dans le public, des « non-embauches » qui sont l’équivalent de licenciements. Les infirmiers, les enseignants craquent sous la charge de travail, les étudiants craquent aussi et pourtant, le problème des licenciements se pose partout. Il est essentiel d’avoir un travail : si on n’en a pas, on n’est rien. Nous, les PPG, on n’est pas des victimes et on résiste.

Amis lecteurs ! Pensez à nous soutenir – soit en vous abonnant à notre journal, soit en faisant un don.