Le 25 mai, une partie des travailleurs en grève de la Ville de Paris (éboueurs, balayeurs, égoutiers et employés de mairie) ont décidé d’occuper l’Hôtel de Ville pour protester contre la loi dite « de transformation de la fonction publique ». Votée en 2019, cette loi vise à imposer davantage d’austérité dans la fonction publique, notamment en supprimant des RTT et des jours de congés payés. Or la mairie de Paris est sur le point de l’appliquer.

Le jour de l’occupation de l’Hôtel de Ville, Révolution était sur place et a interviewé trois éboueurs : Luc, Laurent et Frédéric.


Révolution : quelles sont vos revendications ?

Luc : Anne Hidalgo [la maire de Paris] veut mettre en place, en janvier 2022, une loi qui fragilise nos conditions de travail. Pourtant, le PS avait voté contre ce texte lorsqu’il est passé à l’Assemblée nationale ! L’ensemble des personnels de la ville et des syndicats s’y opposent, tous services confondus.

Laurent : A l’heure actuelle, il y a deux systèmes pour les agents de la Ville : certains travaillent en roulement ; d’autres ont des repos fixes. Or la mairie a décidé, du jour au lendemain, de nous retirer des jours de congés à tous : 10 jours pour les travailleurs roulements et 8 jours pour ceux qui ont des repos fixes. Avant, quand notre repos tombait sur un jour férié, on le rattrapait, mais elle a aussi décidé de retirer ce système. En fait, on veut nous faire travailler plus pour gagner moins.

Cette loi, elle vient de l’Union européenne : ce n’est pas Hidalgo directement qui en est à l’origine. Mais comme on a dit à la mairie de faire des économies, c’est sur notre dos que ça se fait. C’est nous qui prenons tout à chaque fois. Et là-haut, ils se moquent de nous. Au bout d’un moment, c’est normal qu’on en ait marre et qu’on se mobilise. Parce que si on ne fait rien, demain ça va être quoi ?

Frédéric : La grève a commencé il y a une semaine, et elle est reconductible. Comme ça ne bougeait pas, on a décidé de venir manifester ici. Les syndicats ont réussi à voir des représentants de la mairie, on va voir comment ça s’est passé. En tout cas, on demande le retrait de ce projet.

Tout à l’heure, la police vous a brutalement réprimés. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Frédéric : Notre manifestation à l’intérieur de l’Hôtel de Ville était autorisée par la Préfecture. Mais quand on a voulu sortir, il y avait des policiers de chaque côté : ils nous ont piégés. Ils ont dit que, puisqu’on était dehors, ce n’était plus une manifestation autorisée, mais un rassemblement illégal, et ils nous ont poussés contre les murs. Nous, on est des petits éboueurs, pas des casseurs, donc on a obéi et on a tous reçu une amende de 135 euros. L’intervention de la police aujourd’hui, c’était une véritable agression. Ils nous ont traités comme des voyous.

Laurent : Les gens qui travaillent et qui réclament leur dû se font agresser par la police. Regardez le gars là-bas [il pointe un manifestant blessé] : il n’a rien fait et son visage est en sang. Ce n’est pas normal ! Eux, les policiers, qui les a chargés la semaine dernière, quand ils sont allés manifester ? C’est ça qu’il faut leur demander.

Révolution propose que ce soient les éboueurs et les égoutiers qui contrôlent eux-mêmes, démocratiquement, leur outil de travail. Nous pensons que cela permettrait d’améliorer la qualité du service public. Qu’en pensez-vous ?

Frédéric : C’est nous qui connaissons bien le boulot, donc oui c’est à nous de dire comment on veut l’exercer. Les chefs, là-haut, pour la plupart, ils ne connaissent même pas nos métiers. Ils sortent tout juste de leurs écoles et ils prétendent qu’ils savent tout mieux que nous. C’est comme un vendeur : s’il ne connaît pas son produit, ce sera un mauvais vendeur. Nous, on connaît, on sait ce qu’il faut faire, comment on le fait, comment on doit le faire.

Finalement, on ne demande pas grand-chose : on demande de bien vivre. On n’a pas un boulot facile, donc on veut le rendre le plus agréable possible. Mais on veut aussi que ce soit agréable pour les riverains : on n’est pas égoïstes ! Il faut limiter le bruit des machines, par exemple.


Ce jour-là, à l’issue de négociations syndicales, l’occupation a été levée en fin de journée, les délégués estimant avoir reçu suffisamment de garanties de la part de la mairie. Cependant, la grève continuait et se liait à la lutte des cheminots d’Île-de-France Mobilités.

Une remarque, pour conclure : Laurent, ci-dessus, accuse l’UE d’être à l’origine de cette loi austéritaire. En réalité, en matière d’austérité, l’UE est totalement d’accord avec la classe dirigeante française – et avec la direction du Parti socialiste : en témoigne la politique du gouvernement de François Hollande entre 2012 et 2017.

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