L’université de Toulouse Jean Jaurès (anciennement Université du Mirail) connaît depuis le mois de décembre un mouvement de grève massif des personnels et étudiants. Depuis cette interview réalisée début mars, la mobilisation s’est amplifiée, comme l’a montré l’assemblée générale du mardi 13 mars, qui a réuni plus de 2500 étudiants et personnels. Interview de Christophe Bex [1]


 

Pourriez-vous brièvement rappeler les raisons de la lutte que vous menez actuellement à l’université Toulouse Jean-Jaurès ?

Cette lutte s’oppose au projet de fusion de l’Université de Toulouse/IDEX concernant l’INP, l’INSA, l’Université Paul Sabatier et l’Université Toulouse Jean-Jaurès. Cette dernière avait organisé une consultation auprès des étudiants et du personnel sur le sujet. Le scrutin avait eu lieu les 6 et 7 décembre 2017 et le verdict était sans appel : tous s’opposaient au projet de fusion des universités. Du côté du personnel, 62 % des votants s’y étaient opposés. Ils étaient 94 % du côté des étudiants.

Le président de l’Université Toulouse Jean Jaurès Daniel Lacroix s’était engagé à respecter le résultat de cette consultation.

Lors du Conseil d’administration du mardi 12 décembre 2017, le projet a eu autant de voix pour que de voix contre (17). Dans ce cas, c’est la voix du président de l’Université Daniel Lacroix qui a prévalu : Daniel Lacroix a voté pour.

Les déclarations du Président en interne, dans la presse continuent à alimenter la motivation du personnel en lutte. En conséquence, la mobilisation n’a pas faibli au niveau du personnel.

Comment analysez-vous le potentiel de reprise de mobilisation en cette rentrée des vacances de février ?

Ce mouvement est singulier dans le paysage national et local. De mémoire de personnel, jamais un mouvement à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès n’avait été initié par le personnel administratif, le personnel des bibliothèques et les techniciens (BIATSS). Il a précédé la mise en action des étudiants. Traditionnellement, l’Université était bloquée par les étudiants avec comme conséquence à court terme de vider le campus et le personnel, majoritairement spectateur, restait à domicile.

En lien avec l’Intersyndicale du personnel, un collectif de mobilisation du personnel a été initié permettant d’être très inclusif et de permettre à chacun d’être acteur de la lutte sur le site lors des actions mises en place.

La lutte contre la mise en place de la plateforme ParcoursSup, servant de base pour sélectionner les futurs bacheliers, va maintenir un haut niveau la mobilisation.

Quelles sont les perspectives réelles de la lutte au niveau local ?

Suite à une démission au Conseil d’Administration, avant les vacances, les opposants à la fusion ont perdu la fragile majorité. En conséquence la démission du Président (première revendication du personnel) n’est plus une option gagnante.

Pour s’opposer au processus de fusion en cours, il reste une alternative : provoquer la démission des 2/3 des membres du CA pour engager des élections générales, rentrer en campagne tout en continuant le mouvement social contre la fusion et la sélection.

Avez-vous des objectifs concrets en fonction du calendrier ?

Travailler dès maintenant et collectivement à l’élaboration d’une plateforme programmatique avec le collectif de mobilisation et soutenu par les syndicats.

Suite à ce processus ambitieux de fond et inclusif, une équipe se présentera pour incarner ce programme.

Quelles analyses et stratégies défend votre direction syndicale pour la lutte contre la loi ORE et plus largement contre les attaques successives menées à l’encontre du service public ?

La FSU en se positionnant clairement contre cette loi discriminante et austéritaire réalise un important travail d’informations et travaille à un large front syndical lors des journées de manifestation et d’actions.

Les attaques depuis plus de trente années contre le service public sont incessantes et l’éducation reste le dernier grand service public à mettre en concurrence.

Quelles sont les perspectives politiques susceptibles de conduire à une amélioration concrète de vos conditions de travail ainsi que des conditions de vie et d’étude des étudiants ?

Je regrette notre position défensive, nous ne connaissons que des défaites ou au mieux des maintiens de situation. La stratégie des centrales syndicales dont la FSU ces dernières années est incompréhensible, désordonnée et à terme démobilisatrice.

Une option, pour résister aux attaques successives et être offensif pour gagner de nouveaux acquis non seulement pour l’éducation, mais pour l’ensemble de la société, est de fixer un calendrier commun d’actions de tous les secteurs avec en parallèle un blocage de l’économie.


[1Christophe Bex Christophe Bex, personnel de l’université Toulouse Jean-Jaurès, est syndiqué à la FSU et membre de la France insoumise, dont il a été le candidat aux élections législatives dans la 7circonscription de Haute-Garonne.

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