Source : Metro Centric, flickr - https://flic.kr/p/7ZagcP

Le 26 mai, un animateur d’une école maternelle du XIᵉ arrondissement a été condamné pour des agressions sexuelles visant neuf enfants âgés de 3 à 5 ans. La révélation de ses crimes, en avril 2025, a été le point de départ d’un vaste mouvement de dénonciation de violences physiques et sexuelles dans le périscolaire parisien.

La crise du périscolaire

À Paris, des enquêtes judiciaires sont en cours dans 84 écoles maternelles, une vingtaine d’écoles primaires et une dizaine de crèches. Les enquêtes du parquet portent sur des faits de gravité variable : négligences, cris, humiliations, coups – jusqu’aux violences et agressions sexuelles. Depuis janvier 2026, 78 animateurs ont déjà été suspendus par la mairie, dont 31 pour violences sexuelles.

Ce scandale a des causes multiples : les méthodes irresponsables utilisées pour le recrutement et la faiblesse de la formation des agents, mais aussi les politiques d’austérité qui aggravent continuellement les conditions de travail.

Le périscolaire regroupe les temps de garde avant et après l’école, la cantine, le goûter, les fins d’après-midi, les mercredis après-midi, etc. Près de 9 enfants sur 10 y sont inscrits à Paris.

L’Etat fait peser le coût du périscolaire sur les budgets des municipalités, qui doivent gérer les embauches, la logistique et les emplois du temps. Les conditions de travail sont très pénibles : horaires morcelés, contrats précaires, sous-effectif chronique et salaires faibles. Les municipalités ont donc du mal à recruter. Pour compenser ces difficultés, la loi les autorise à embaucher jusqu’à 50 % de personnel non diplômé. Mais cela ne suffit toujours pas à remplir les effectifs.

La journaliste Victoire Haffreingue-Moulart a réalisé une enquête sur les violences physiques et sexuelles dans le périscolaire. Elle y montre clairement comment l’Etat autorise les mairies à ne pas déclarer leurs embauches auprès de ses services, ce qui les prive de subventions, mais les dispense de devoir respecter les normes d’encadrement des enfants et les règles d’embauche, notamment la vérification des antécédents judiciaires. Au final, ce serait jusqu’à 39 % des communes françaises qui ne déclarent pas leurs activités périscolaires.

Cette négligence ahurissante des pouvoirs publics ouvre le secteur du périscolaire aux pédocriminels : par exemple, l’animateur condamné en mai avait déjà été placé en garde à vue en 2024 pour agression sexuelle dans un établissement du Xᵉ arrondissement, mais cela ne l’a pas empêché de se faire embaucher dans une école du XIᵉ arrondissement !

Mais le manque de formation, combiné à la pénibilité des conditions de travail, exacerbe aussi les risques de maltraitance. Certains cas de violences sexuelles s’expliquent aussi parfois par le manque (voire l’absence totale) de formation aux gestes d’accompagnement des enfants dans la vie quotidienne – notamment lors des passages aux toilettes, des changes ou d’autres gestes d’hygiène.

Des moyens dérisoires

Le 3 avril, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a promis d’affecter une enveloppe de 20 millions d’euros à la création d’une cellule d’écoute ainsi qu’à l’ouverture de deux jours de formation (seulement !) pour l’embauche des vacataires. De son côté, le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray, a annoncé le 27 mai la mise en place d’une « liste noire » permettant d’écarter les personnes ayant eu des « comportements inadmissibles », y compris en l’absence de condamnation pénale. Après avoir mis en place un système défaillant de bout en bout, l’Etat se défausse aujourd’hui de ses responsabilités en suspendant des agents à tour de bras, mais sans rien proposer de sérieux pour régler le problème de fond. L’intersyndicale du périscolaire a d’ailleurs dénoncé cette situation et organisé deux jours de grève des agents, les 11 et 22 mai pour exiger davantage de moyens et de meilleures conditions de travail.

En dernière analyse, les politiques d’austérité sont une des principales causes des cas de maltraitance dans le périscolaire. Pour y faire face, il faudrait des embauches massives d’agents diplômés, payés correctement et formés au respect de la dignité corporelle des enfants. La mise en place de telles mesures est incompatible avec l’austérité qu’imposent les gouvernements bourgeois successifs. Elles ne pourront donc être mises en œuvre qu’à travers une lutte résolue contre le gouvernement et le système capitaliste. C’est cette perspective que devraient défendre les directions politiques et syndicales du mouvement ouvrier !

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