Ce document a été adopté par le Congrès mondial de la Tendance Marxiste Internationale (TMI), en juillet 2018.


La crise du capitalisme a révélé de profonds courants d’opposition à la société actuelle, à ses valeurs, à sa moralité et à ses injustices et ses oppressions intolérables. La contradiction centrale dans la société reste l’antagonisme entre le travail salarié et le capital. Cependant, l’oppression revêt différentes formes, certaines étant considérablement plus anciennes et plus profondément enracinées que l’esclavage salarié.

Parmi les formes d’oppression les plus universelles et les plus douloureuses se trouve l’oppression des femmes dans un monde dominé par les hommes. La révolte des femmes contre cette monstrueuse oppression est d’une importance fondamentale dans la lutte pour la révolution socialiste, qui ne pourra pas être victorieuse sans la pleine participation des femmes à cette révolution.

Pendant des siècles, les sociétés de classe ont trouvé dans la famille – c’est-à-dire dans l’asservissement des femmes aux hommes – un solide point d’appui et de stabilité. Cette forme d’esclavage est bien plus ancienne que le capitalisme. Comme Engels l’a expliqué, l’émergence de la famille patriarcale représente « la défaite historique du sexe féminin. L’homme a pris aussi le commandement dans le foyer ; la femme a été dégradée et réduite à la servitude ; elle a été transformée en esclave de sa luxure et en un simple instrument pour la production d’enfants. »

Cette domination masculine et la position subordonnée des femmes dans la société et la famille sont remises en cause, de même que toutes les autres institutions barbares que nous avons héritées du passé. Pourquoi les femmes devraient-elles continuer de tolérer cette position de citoyennes de seconde classe ? La remise en cause du rôle des femmes dans la société et la famille a d’importantes implications révolutionnaires. Elle peut mener à la remise en cause révolutionnaire de la société capitaliste elle-même.

Le déclin sénile du capitalisme conduit à une grave détérioration des conditions de vie de tous les travailleurs. Mais il impose des conditions particulièrement sévères aux femmes et aux jeunes. Nombreux sont privés d’accès à un travail et à un logement décents. Les familles monoparentales sont souvent condamnées à la pauvreté et aux privations sans fin. Pour beaucoup, avoir un toit au-dessus de sa tête est devenu difficile, voire impossible. Au travail, les femmes subissent les inégalités de salaires et toutes sortes de harcèlements et de maltraitances. La situation est devenue absolument intolérable.

Il est possible de juger du niveau de civilisation d’une culture donnée à sa façon de traiter les femmes, les enfants et les personnes âgées. De ce point de vue, le capitalisme moderne est bien moins civilisé, plus inhumain et plus cruel que les formes précédentes de sociétés humaines. L’aliénation et la dégradation des êtres humains, l’indifférence à leur souffrance et l’égoïsme ont atteint des niveaux inconnus dans l’histoire.

La dégénérescence de la société capitaliste s’exprime sous sa forme la plus brutale dans l’épidémie de violence à l’égard des femmes. En Inde, au Pakistan, au Mexique et dans d’autres pays, il y a un nombre inédit d’enlèvements, de viols et de meurtres. Mais dans les sociétés qui se disent elles-mêmes civilisées, des horreurs semblables sont perpétrées contre les femmes et les enfants. Ce sont les symptômes révoltants de la maladie d’une société pourrissante, mûre pour être renversée.

Un sentiment grandissant d’aliénation, d’injustice et d’oppression alimente un mouvement général de révolte, parmi les femmes, contre l’état actuel des choses. Le réveil de millions de femmes – spécialement la jeune génération –, indignées par les discriminations, l’oppression et l’humiliation qu’elles subissent de la part d’un système injuste, est un phénomène profondément progressiste et révolutionnaire, que nous devons soutenir avec le plus grand enthousiasme.

Il va sans dire que les marxistes sont à 100 % favorables à l’émancipation complète de femmes. Il ne peut y avoir les moindres hésitation, ambiguïté ou doute à ce sujet. Nous devons lutter contre l’oppression des femmes à tous les niveaux, pas seulement en parole, mais dans les actes. Nous ne devons surtout pas donner l’impression qu’il s’agirait, d’une manière ou d’une autre, d’une question secondaire qui puisse être subsumée sous la catégorie générale de la lutte des classes. Il serait fatal, pour la cause du marxisme, que les femmes pensent que les marxistes sont prêts à reporter la lutte pour leurs droits après la victoire du socialisme. C’est entièrement faux – et c’est une caricature scandaleuse du marxisme révolutionnaire.

S’il est vrai que l’émancipation complète des femmes (et des hommes) ne peut être accomplie que dans une société sans classe, il est également vrai qu’une telle société ne peut être que le fruit d’un renversement révolutionnaire du capitalisme. On ne peut attendre des femmes qu’elles mettent de côté leurs revendications immédiates et urgentes, en attendant le socialisme. La victoire de la révolution socialiste est impensable sans la lutte quotidienne pour des avancées sous le capitalisme.

Les marxistes doivent se battre même pour les plus petites réformes qui peuvent améliorer les conditions de vie des travailleurs sous le capitalisme, et ce pour deux raisons. En premier lieu, nous nous battons pour défendre les travailleurs contre l’exploitation, pour défendre les conditions de vie, les droits démocratiques et les conditions les plus élémentaires d’une existence civilisée, pour défendre la culture et la civilisation contre la barbarie. En second lieu, et c’est le plus important, c’est seulement par l’expérience de la lutte quotidienne que la classe peut prendre conscience de son pouvoir, développer sa force organisationnelle et élever sa conscience au niveau exigé par l’histoire.

Exiger, comme l’ont fait les sectaires et les dogmatiques, que les travailleurs mettent de côté leurs revendications quotidiennes « dans l’intérêt de la révolution », c’est le summum de la bêtise. Cela nous condamnerait à l’impuissance et à l’isolement complets. La révolution socialiste resterait pour toujours un mirage. De la même manière, la lutte pour l’amélioration des conditions de vie des femmes, contre le machisme, pour des réformes progressistes et pour l’égalité complète dans les domaines sociaux, politiques et économiques – cette lutte est un devoir fondamental de tous les véritables marxistes révolutionnaires.

Le 8 mars 2018, en Espagne, nous avons pu voir clairement le colossal potentiel révolutionnaire du mouvement des femmes. 5,3 millions de personnes (femmes et hommes) ont répondu à l’appel à la grève. Des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans toute l’Espagne. Cette mobilisation magnifique s’est faite sous la bannière du féminisme, même si elle reflétait aussi l’humeur de mécontentement colossal qui s’accumule dans la société espagnole sur un grand nombre de questions. Par exemple, les retraités espagnols ont aussi organisé des manifestations massives au cours de la dernière période.

Cependant, le 8 mars, les questions centrales étaient spécifiquement liées à l’oppression des femmes : les différences de salaires, la violence et le harcèlement des femmes dans la famille, au travail, dans l’éducation, le poids des travaux ménagers, etc. Cela fut illustré par le cas monstrueux du viol collectif de Pampelune et par le comportement scandaleux des juges de droite. Ce fut une preuve évidente du caractère pourri et réactionnaire de l’ensemble de l’Etat espagnol, de sa police et de sa justice, hérités directement de la dictature de Franco, résultat de la trahison de la soi-disant « Transition Démocratique ».

Dans chaque mouvement de masse, il faut soigneusement distinguer les éléments réactionnaires des éléments progressistes. Or il ne fait aucun doute que le mouvement extraordinaire du 8 mars, en Espagne, avait un caractère éminemment progressiste. Non seulement nous l’avons soutenu, mais nous l’avons fait avec énergie et enthousiasme.

Cependant, il serait complètement incorrect et partial de simplement mettre l’accent sur cet aspect du mouvement – et d’ignorer l’autre côté. Quel fut le rôle des dirigeants du mouvement ? Ils ont demandé que les piquets de grève et les cortèges soient exclusivement féminins ; ils voulaient n’autoriser que des drapeaux violets.  La grève ne devait être suivie que par les femmes, les hommes prenant leurs places au travail – c’est-à-dire se comportant en briseurs de grève !

Cela aurait sérieusement restreint la portée du mouvement et aurait rendu la grève générale totalement impossible. Cette approche allait complètement à l’encontre des intérêts du mouvement et reflétait clairement le point de vue étroit et réactionnaire des féministes bourgeois et petits-bourgeois – et leur politique de division.

Nos camarades espagnols sont intervenus énergiquement dans ce mouvement de masse et ont reçu un accueil très sympathique. Sans nous dire « féministes », nous avons clairement affirmé que nous sommes de tout cœur favorables à la lutte pour l’émancipation des femmes, et que nous marchions aux côtés de tous ceux qui luttent contre l’oppression. Dans tous les meetings et manifestations, nous n’avons rencontré ni soupçon ni préjugé à notre égard, du moins pas de la part de la grande majorité des femmes qui se disent féministes.

Est-il vrai que le féminisme n’est pas une école de pensée ou une théorie ? Cela dépend de comment on le regarde. Il est parfaitement vrai que les millions de personnes qui ont participé aux grèves et aux manifestations du 8 mars en Espagne, sous la bannière du féminisme, n’ont rien à voir avec les préjugés féministes de la direction du mouvement. Elles ont instinctivement lutté contre un phénomène réactionnaire qui les a indignées à juste titre. C’est le point de départ pour des développements révolutionnaires.

Cependant, la direction de ce mouvement était entre les mains de féministes bourgeois et petits-bourgeois, qui représentent clairement une école de pensée et une idéologie définies, lesquelles sont fondamentalement opposées, non seulement au marxisme, mais aussi essentiellement aux intérêts de la lutte pour l’émancipation des femmes elle-même.

Aujourd’hui, le concept de féminisme est devenu si vaste qu’il en est pratiquement vide de contenu. Soudainement, tout le monde est devenu « féministe ». Même les politiciens réactionnaires du PP (Parti Populaire espagnol) se disent féministes parce que, voyez-vous, ils ont des femmes ministres – chacune d’elles étant aussi réactionnaire et corrompue que ses collègues masculins.

La pâle copie du PP, Ciudadanos, insiste pour se présenter comme naturellement « féministe ». Mais la réalité de ce féminisme bourgeois fut clairement mise évidence par le fait que le dirigeant du parti lui-même, Albert Rivera, déclara qu’il ne pourrait pas soutenir la grève féministe du 8 mars, « parce qu’elle était anticapitaliste ». Notons aussi que ces politiciens de Ciudadanos, qui ont finalement décidé de participer aux manifestations, ont été conspués par les manifestants et expulsés du mouvement. Même parmi les secteurs les plus avancés, il y a toutes sortes de confusions et d’illusions qui sont délibérément alimentées par les « théoriciens » bourgeois et petits-bourgeois du féminisme. Une autre idée largement répandue concerne le caractère transversal du mouvement : le mouvement devrait inclure toutes les femmes, indépendamment de leur classe, de leurs idées politiques, etc.

Avec une approche amicale et patiente, nous pouvons combattre ces préjugés et cette confusion. Mais nous devons éviter de mélanger nos drapeaux. Pour gagner les meilleurs éléments, il est nécessaire de maintenir en toute occasion une position marxiste ferme et claire.

Pour nous lier à ce mouvement de masse, devons-nous nous présenter comme des féministes ? Toute notre expérience atteste du contraire. L’exemple qui suit est très révélateur. A Antequera (Málaga), nous avons organisé une réunion publique au sujet de la grève féministe du 8 mars, avec des organisations syndicales et politiques de gauche. Une de nos camarades a pris la parole pour expliquer qu’elle était une syndicaliste et une marxiste révolutionnaire. Elle a exposé les grandes lignes de notre programme. A la fin de la réunion, un groupe de jeunes femmes est venu immédiatement vers elle à notre stand pour dire qu’elles voulaient s’impliquer. Ces jeunes femmes devaient évidemment se dire féministes. Mais elles n’avaient aucun problème à s’identifier au programme du marxisme.

Si nos camarades avaient adopté une attitude sectaire et dogmatique vis-à-vis du mouvement, ils se seraient coupés de femmes comme celles-ci. Il n’est pas question que les marxistes adoptent une approche aussi stupide que celle-là. Mais en même temps, nous devons respecter des principes, établissant très clairement que nous sommes des marxistes qui luttons pour les droits des femmes, et que nous considérons que cette lutte importante ne peut être victorieuse que si elle fait partie d’une lutte de classe révolutionnaire générale pour un changement radical de société.

On peut faire une analogie très claire avec l’attitude des marxistes envers la question nationale. Est-ce que nous soutenons la revendication pour l’indépendance de la Catalogne vis-à-vis de l’Etat espagnol ? Oui. Mais nous le faisons en expliquant que, sur la base du capitalisme, l’indépendance ne résoudra rien. Nous défendons une République catalane des travailleurs qui, à l’avenir, pourrait faire partie d’une fédération socialiste des peuples ibériques.

Mais est-ce que, cependant, nous nous disons nationalistes marxistes ? Certainement pas ! Nous ne sommes pas des nationalistes, mais des internationalistes prolétariens. Et cela fait précisément partie de notre programme révolutionnaire internationaliste que de soutenir la lutte du peuple catalan pour se libérer de la tutelle de l’Etat espagnol réactionnaire, du gouvernement pourri du PP et de la monarchie antidémocratique héritée de Franco. Mais l’expression « nationaliste marxiste » est une contradiction dans les termes.

Encore une fois, notre expérience en Catalogne nous enseigne qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser un tel langage confus pour convaincre les meilleurs éléments – les plus révolutionnaires – des travailleurs et de la jeunesse. Beaucoup commencent à comprendre la nature limitée et réactionnaire du nationalisme bourgeois et petit-bourgeois. Ils cherchent une alternative de classe, plus radicale et révolutionnaire.

En dernière analyse, toutes les questions – la question de l’oppression nationale, la lutte pour l’émancipation des femmes, le combat contre le racisme – ont un caractère de classe. C’est la ligne de démarcation fondamentale entre le marxisme et le nationalisme, le féminisme et toute autre manifestation de la lutte contre l’oppression.

Le mouvement du 8 mars dernier, en Espagne, soulignait ces points. Le mouvement de masse contre l’oppression des femmes a un potentiel révolutionnaire énorme. Mais ce potentiel ne peut être pleinement réalisé que si le mouvement va au-delà des limites étroites du féminisme bourgeois et petit-bourgeois. Il doit se lier à un mouvement général de la classe ouvrière pour changer la société. Notre tâche est de l’aider à faire cette transition nécessaire.

Tout en participant activement à de tels mouvements et en nous efforçant d’en gagner les meilleurs éléments, nous devons toujours mettre clairement en évidence les divisions de classe qui existent dans tous ces mouvements, nous appuyant sur ce qu’il y a de progressiste en eux – tout en dénonçant et en critiquant les éléments bourgeois et petits-bourgeois dans la direction.

L’importance de la théorie

Engels soulignait l’importance de la théorie pour le mouvement révolutionnaire. Il indiquait qu’il n’y avait pas que deux formes de lutte (politique et économique), mais trois, et il mettait la lutte théorique sur le même plan que les deux premières. Lénine était tout à fait d’accord avec le point de vue d’Engels. Dans Que faire ?, il écrivait :

« Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire. On ne saurait trop insister sur cette idée à une époque où l’engouement pour les formes les plus étroites de l’action pratique va de pair avec la propagande à la mode de l’opportunisme. »

La condition préalable à la construction d’une authentique Internationale marxiste, c’est la défense des principes fondamentaux du marxisme. Cela implique une lutte implacable contre toutes les idées révisionnistes, qui au fond reflètent la pression de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie sur le mouvement ouvrier.

Marx et Engels ont mené une lutte implacable contre toutes les tentatives de diluer les idées du mouvement. Ils ont impitoyablement critiqué les théories fallacieuses – d’abord celles des socialistes utopiques, puis celles des partisans de Proudhon et de Bakounine, puis enfin celles d’opportunistes tels que Dühring, ce « brillant » professeur d’université qui, sous prétexte d’« actualiser le socialisme », tentait de le dépouiller de son essence révolutionnaire.

Dès le début de son activité révolutionnaire, Lénine déclara la guerre aux gens qui, comme Dühring, se réclamaient de la « liberté de critiquer » et affirmaient que certaines idées de Marx étaient dépassées et devaient être corrigées. Il montra que cette soi-disant « opposition au dogmatisme » n’était qu’un prétexte pour les gens qui cherchaient à remplacer le contenu révolutionnaire du marxisme par la politique opportuniste des « petits pas », un courant qui s’est cristallisé plus tard dans le menchevisme.

Plus tard, lors de la période de réaction qui suivit la défaite de la Révolution de 1905, le désespoir qui régnait dans certaines couches de l’intelligentsia petite-bourgeoise trouva un écho au sein du bolchevisme : une partie de la direction (Bogdanov et Lounatcharsky) tomba dans l’idéalisme subjectif (néo-kantisme, alors à la mode) et dans le mysticisme.

C’est pour combattre ces idées que Lénine écrivit l’une de ses œuvres philosophiques les plus importantes, Matérialisme et empiriocriticisme. Ajoutons que Lénine était prêt à rompre avec la majorité des dirigeants bolcheviques sur ces questions philosophiques, qui étaient aussi connectées à une politique ultra-gauchiste.

Avant sa mort, Trotsky s’est engagé dans une lutte virulente contre une tendance petite-bourgeoise au sein du SWP américain (Burnham et Shachtman). La lutte portait sur la question de la nature de classe de l’URSS. Trotsky expliquait qu’en refusant de défendre l’URSS, Burnham et Shachtman reflétaient la pression des intellectuels petits-bourgeois sur le SWP. Ce faisant, ils rejetaient la philosophie marxiste (la dialectique).

Avec ces quelques exemples, nous pouvons voir le rôle essentiel joué par la lutte pour la théorie dans l’histoire de notre mouvement. Ce qui distingue la Tendance Marxiste Internationale (TMI) des autres tendances, c’est d’abord et avant tout notre attitude minutieuse envers la théorie. Au cours du dernier siècle et demi, le marxisme a construit un programme scientifique basé sur les lois qui gouvernent le mouvement de la société capitaliste. Il s’agit d’une conquête colossale que nous devons défendre contre toutes les attaques – qu’elles proviennent de la droite ou de la « gauche ».

À cet égard, la TMI possède une fière tradition. A une époque où beaucoup abandonnaient les idées du marxisme, dont un bon nombre d’anciens « communistes », nous sommes restés implacables dans notre défense des idées fondamentales de Marx, Engels, Lénine et Trotsky. Le site internet marxist.com a désormais une solide réputation pour sa clarté théorique. C’est ce qui nous distingue nettement des autres tendances dans le mouvement ouvrier.

Nous avons toujours refusé de faire des concessions aux révisionnistes qui reflètent la pression de l’idéologie bourgeoise et petite-bourgeoise. Nous demeurons imperméables au vacarme assourdissant de ceux qui demandent de « nouvelles idées » en lieu et place des idées soi-disant « dépassées » de Marx – lesquelles sont en réalité les plus modernes, les seules capables d’expliquer la crise actuelle et de montrer comment en sortir.

Le déclin de la culture

Certaines périodes de l’histoire se caractérisent par une humeur de pessimisme, de doutes et de désespoir. Ayant perdu la foi dans la société existante et son idéologie, les gens cherchent une alternative viable. Or la seule alternative viable est nécessairement révolutionnaire. Mais bien qu’elle se meure, la vieille société exerce encore une puissante influence. Elle ne génère plus de soutien positif, mais elle émet toujours des humeurs négatives, comme la mauvaise odeur émanant d’un cadavre.

A ses débuts, la bourgeoisie croyait au progrès parce que, malgré tous ses traits brutaux et son exploitation, le capitalisme jouait un rôle très progressiste en développant les forces productives (ce qui jetait les bases matérielles d’un stade supérieur de la société humaine : le socialisme).

Par le passé, lorsque la bourgeoisie était encore capable de jouer un rôle progressiste, elle disposait d’une idéologie révolutionnaire. Elle a produit des penseurs puissants et originaux : Locke et Hobbes, Rousseau et Diderot, Kant et Hegel, Adam Smith et David Ricardo, Newton et Darwin. A l’inverse, la production intellectuelle de la bourgeoisie dans sa période de déclin montre tous les symptômes d’un déclin sénile avancé.

De nos jours, la confusion postmoderne qui se donne pour de la philosophie est, en elle-même, une illustration de la plus abjecte faillite intellectuelle. Les snobs qui se pavanent sur les campus universitaires traitent souvent les philosophes du passé avec mépris. Mais la pauvreté du contenu de leur propre philosophie est insignifiante comparée à celle de n’importe quel grand penseur du passé.

Le postmodernisme nie le concept de progrès en général, pour la simple raison que la société qui a engendré cette « philosophie » – le capitalisme – n’est plus capable de progresser. Le simple fait que ce « discours » postmoderne puisse être sérieusement traité comme une nouvelle philosophie est en soi une condamnation accablante de la faillite théorique du capitalisme et de l’intelligentsia bourgeoise à l’époque du déclin impérialiste. Comme l’écrivait Hegel : « À la facilité avec laquelle l’esprit se satisfait peut se mesurer l’étendue de sa perte. »

Rien de tout cela n’est accidentel. L’époque actuelle est caractérisée par la confusion idéologique, l’apostasie, la désintégration et la dispersion. Dans ces conditions, une humeur de pessimisme s’empare de l’intelligentsia, qui hier voyait dans le capitalisme une source infinie de carrières et la garantie d’un niveau de vie confortable.

Pour sauver les banquiers, le capitalisme est prêt à sacrifier le reste de la société. Des millions de gens font face à un avenir incertain. La ruine générale n’affecte pas seulement la classe ouvrière, mais s’étend à la classe moyenne, aux étudiants et aux professeurs, aux chercheurs et aux techniciens, aux musiciens et aux artistes, aux conférenciers et aux médecins.

Il y a une effervescence générale dans la classe moyenne, qui trouve son expression la plus aigüe dans l’intelligentsia. Écrasée entre les gros capitalistes et la classe ouvrière, la classe moyenne ressent vivement la précarité de sa situation. Certains éléments de l’intelligentsia se radicalisent vers la gauche, mais la majorité – surtout dans le milieu universitaire – est dominée par le pessimisme et l’incertitude.

Lorsqu’ils disent que « le progrès n’existe pas », ce qu’ils veulent dire, c’est que la société actuelle ne nous donne aucune garantie que demain ne sera pas pire qu’aujourd’hui. Et c’est plutôt correct. Mais au lieu d’en tirer la conclusion qu’il est nécessaire de lutter pour renverser le système actuel – qui mène l’humanité dans une impasse historique et menace l’avenir de la civilisation et de la culture, voire de la race humaine –, ils se recroquevillent dans leur coin, se referment sur eux-mêmes, et se donnent bonne conscience avec l’idée réconfortante selon laquelle « le progrès n’existe pas, de toute façon ».

De ce préjugé étroit, de ce manque de vision et de cette lâcheté intellectuelle découlent inévitablement d’autres conclusions plus pratiques : un rejet de la révolution au profit des « petits pas » (comme les chicaneries sur les mots et les « discours »), d’un repli vers le subjectivisme, d’un déni de la lutte des classes, de l’élévation de « mon » oppression particulière au-dessus de la « tienne », ce qui mène à un cloisonnement croissant et en fin de compte à l’atomisation du mouvement.

Bien entendu, il existe des différences entre la situation actuelle et les idées que Lénine combattait férocement en 1908. Mais les différences ne sont que de forme. Le contenu est très similaire, sinon identique. Et les conséquences pratiques sont réactionnaires à 100 %.

Une époque d’apostasie

Lénine faisait toujours preuve d’honnêteté quant aux problèmes et aux difficultés. Son slogan était : toujours dire ce qui est. Parfois, la vérité est désagréable à entendre, mais nous devons toujours dire la vérité. Or c’est un fait que, suite à une combinaison de circonstances, tant objectives que subjectives, le mouvement révolutionnaire a été rejeté en arrière, et les forces du marxisme ont été réduites à une petite minorité. Telle est la vérité, et ceux qui tentent de la nier ne font que se tromper et tromper les autres.

Lors des dernières décennies, les appels stridents à une révision du marxisme sont devenus assourdissants. Le marxisme, nous dit-on, est synonyme de « dogmatisme » ou même de stalinisme. Cette recherche désespérée d’« idées modernes », censées remplacer les « vieilles idées discréditées » du marxisme, n’est pas le fruit du hasard.

La classe ouvrière ne vit pas isolée des autres classes ; elle est inévitablement soumise à l’influence des classes et des idéologies qui lui sont étrangères. Nous vivons et travaillons dans la société ; nous sommes constamment soumis à ses pressions et ses humeurs. Les humeurs générales de la société peuvent également pénétrer la classe ouvrière et ses organisations. Dans des périodes où la classe ouvrière n’est pas en mouvement, les pressions de la bourgeoisie et particulièrement de la petite bourgeoisie s’intensifient.

Après la longue période lors de laquelle les travailleurs sont tombés dans l’inactivité temporaire, les éléments petits-bourgeois sont passés au premier plan dans le mouvement ouvrier, jouant des coudes pour mettre les travailleurs sur la touche. La voix des travailleurs est couverte par le chœur des gens « intelligents » qui ont eux-mêmes perdu tout désir de lutter et sont soucieux de persuader les travailleurs que la révolution n’amène que des larmes et des déceptions.

Après la chute du stalinisme, il y avait une ambiance générale de confusion et de recul idéologique. Beaucoup ont abandonné le mouvement communiste. Le cynisme et le scepticisme sont devenus à la mode. Désillusionnés par les trahisons des partis socialistes et communistes, les intellectuels de gauche, au lieu de rompre avec le stalinisme et le réformisme, se sont éloignés du marxisme et du socialisme révolutionnaire.

Beaucoup de gens, en particulier les ex-staliniens, ont abandonné le marxisme et la lutte pour le socialisme. Ils se sont lancés dans la quête chimérique de « nouvelles méthodes » (que, comme le trésor au bout de l’arc-en-ciel, ils ne trouvent jamais). Pour ces cyniques vieillissants, tous leurs rêves de jeunesse sur la révolution leur semblent n’être que de la folie (« les péchés de la jeunesse », comme l’archi-révisionniste Heinz Dieterich se plaît à les appeler). On sent chez ces gens un désir puissant de régler leurs comptes avec leur passé, de corriger ces peccadilles de jeunesse et, ainsi, de dissuader les nouvelles générations de suivre la voie du péché.

Les organisations du mouvement ouvrier ont été graduellement poussées vers la droite. Les travailleurs ont été écartés par les carriéristes de la classe moyenne, qui se sont accaparé les postes de directions. Ceci, à son tour, a poussé beaucoup de travailleurs dans l’inactivité, renforçant la domination des éléments petits-bourgeois, en un cercle vicieux.

Lors de telles périodes, la voix des travailleurs est noyée par le chœur réformiste des « innovations » telles que le « nouveau réalisme », le « New Labour », et ainsi de suite. Les idées de la petite bourgeoisie deviennent dominantes. La lutte des classes et le socialisme révolutionnaire sont proclamés « désuets ». Au lieu du « marxisme dogmatique », nous avons beaucoup, beaucoup d’idées différentes : le pacifisme, le féminisme, l’environnementalisme – en réalité, tous les « ismes » possible, à l’exception, bien sûr, du socialisme et du marxisme.

Trotsky a traité de ce phénomène dans son Programme de transition, en 1938 : « Les défaites tragiques subies par le prolétariat mondial durant une longue série d’années ont poussé les organisations officielles à un conservatisme encore plus grand et ont conduit en même temps les “révolutionnaires” petits-bourgeois déçus à rechercher des “voies nouvelles”. Comme toujours, dans les époques de réaction et de déclin, apparaissent de toutes parts les magiciens et les charlatans. Ils veulent réviser toute la marche de la pensée révolutionnaire. Au lieu d’apprendre du passé, ils le “corrigent”. Les uns découvrent l’inconsistance du marxisme, les autres proclament la faillite du bolchevisme. Les uns font retomber sur la doctrine révolutionnaire la responsabilité des erreurs et des crimes de ceux qui l’ont trahie ; les autres maudissent la médecine, parce qu’elle n’assure pas une guérison immédiate et miraculeuse. Les plus audacieux promettent de découvrir une panacée et, en attendant, recommandent d’arrêter la lutte des classes. De nombreux prophètes de la nouvelle morale se disposent à régénérer le mouvement ouvrier à l’aide d’une homéopathie éthique. La majorité de ces apôtres ont réussi à devenir eux-mêmes des invalides moraux avant même de descendre sur le champ de bataille. Ainsi, sous l’apparence de “nouvelles voies”, on ne propose au prolétariat que de vieilles recettes, enterrées depuis longtemps dans les archives du socialisme d’avant Marx. »

Les choses ne vont pas mieux aujourd’hui avec les sectes ultra-gauchistes qui vivotent en marge du mouvement ouvrier. Bien qu’elles invoquent à l’occasion Marx, Lénine et Trotsky, elles ne prennent même pas la peine de rééditer leurs ouvrages, préférant les idées plus « modernes » (ou « postmodernes ») qu’ils ont reprises sans discernement de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie. Les sectes mandelistes (le soi-disant « Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale ») en sont l’exemple le plus frappant.

À l’autre extrémité, les sectes comme les taaffistes (CIO) et le SWP en Grande-Bretagne ou Lutte Ouvrière en France, sont retombées dans le marais de « l’économisme » que Lénine avait vivement condamné. Leur démagogie « ouvriériste » et leur rejet des étudiants et des intellectuels ne sont qu’une façade qui voile leur mépris de la théorie. Ils ont remplacé les politiques révolutionnaires par des soi-disant « politiques pratiques » et la lutte pour les « revendications immédiates ». Il est difficile de dire laquelle de ces déviations du marxisme authentique est la pire.

« Faire du neuf avec du vieux »

Dans le conte d’Aladin, un méchant sorcier se déguise en vendeur de rue et offre gratuitement des lampes nouvelles et luisantes en échange des vieilles lampes. La princesse d’Aladin accepte naïvement cette offre et perd le pouvoir du génie contenu dans la lampe. Ce conte contient un message important : il est insensé d’échanger des choses qui ont prouvé leur valeur contre de l’or brillant qui s’avère être illusoire.

Ironie de l’histoire, la « gauche » s’empresse de jeter la théorie marxiste par-dessus bord, comme un poids mort, au moment même où la crise du capitalisme valide cette théorie. Les anciens « communistes » ne parlent plus de socialisme ; ils ont jeté à la poubelle les écrits de Marx et Engels.

Les idées du marxisme révolutionnaire sont présentées comme vieilles et inutiles. Les intellectuels « progressistes » et de la classe moyenne se démènent dans leurs tentatives de discréditer le marxisme. Cette atmosphère générale de confusion idéologique, de critique de « l’orthodoxie » marxiste et de rejet de la théorie peut avoir des répercussions pernicieuses même dans nos rangs.

Ce n’est pas la première fois que nous voyons cela. Ces tendances réformistes, anti-révolutionnaires, ont toujours été présentes dans le mouvement révolutionnaire. Comme nous l’avons vu, Marx, Engels, Lénine et Trotsky ont tous eu affaire aux mêmes campagnes pour des « idées nouvelles », qui ont toujours été le cri de ralliement de tous les révisionnistes (Dühring, Bernstein, etc.). Nous avons abordé certaines de ces « alternatives contemporaines » dans le livre d’Alan Woods, Réformisme ou révolution, le Socialisme du XXIe siècle, Réponse à Heinz Dieterich.

Ce que cette quête incessante de révision du marxisme reflète, c’est le découragement d’un certain nombre de vieux militants. Démoralisés par les défaites du passé, ils ont perdu la volonté de lutter pour un changement révolutionnaire, mais veulent soulager leur conscience en se présentant comme des marxistes qui, devenus « plus vieux et plus sages », ont compris que les « vieilles idées » n’étaient finalement que des rêves utopiques sans valeur pratique pour le monde actuel.

Leur unique objectif, au fond, c’est de causer le maximum de confusion et de dissuader la nouvelle génération de s’intéresser au marxisme. Ce faisant, ils reflètent la campagne de la bourgeoisie contre le socialisme et le communisme. Mais la campagne des « ex-marxistes » est beaucoup plus dangereuse que celle de la bourgeoisie, car elle est menée sous une bannière trompeuse.

Ses partisans sont fermement opposés à la révolution et au socialisme, mais ils n’osent pas l’admettre – ni même, peut-être, se l’avouer à eux-mêmes (il est difficile de dire jusqu’à quel point ils croient aux absurdités qu’ils écrivent). Ils enfouissent leur message réactionnaire, anti-révolutionnaire et anti-socialiste sous une épaisse couche de phraséologie « de gauche » et « radicale », ce qui rend leurs idées encore plus difficiles à identifier. Sous leur plume, les idées du socialisme sont diluées, révisées ou simplement abandonnées.

La tendance marxiste n’est pas à l’abri des pressions du capitalisme. La confusion et le pessimisme des intellectuels petit-bourgeois peuvent trouver un écho dans le mouvement marxiste, où elles se manifestent sous forme d’attaques contre « l’orthodoxie abrutissante » et d’appels constants à des « nouveautés ».

Les dangers du travail étudiant

Les socialistes révolutionnaires sont habitués aux offensives déchaînées contre le socialisme et le communisme – non seulement celles provenant des défenseurs avoués du capitalisme et de l’impérialisme, mais aussi celles des réformistes (tant de droite que de gauche) et de la soi-disant intelligentsia petite-bourgeoise radicale, dont une partie souhaite lutter contre le capitalisme, mais n’a pas la moindre idée de comment s’y prendre.

Notre Internationale a beaucoup insisté sur l’importance du travail dans la jeunesse, notamment étudiante. Cette tactique a donné d’importants résultats, non seulement en Grande-Bretagne, mais dans bien d’autres pays, comme aux États-Unis et au Canada. Nous devons poursuivre ce travail, mais nous devons accorder une attention particulière à la façon dont nous le menons.

Il est vrai que le travail sur les universités nous ouvre d’énormes possibilités. Mais il est tout aussi vrai qu’il comporte beaucoup de risques et de dangers. Nous devons toujours garder les yeux ouverts face à ces dangers, dont les conséquences peuvent être très sérieuses. Il ne faut pas oublier que les universités sont pleines de gens profondément influencés par des idées bourgeoises et petites-bourgeoises.

Le milieu étudiant demeure majoritairement bourgeois et petit-bourgeois, ce qui affecte aussi les étudiants provenant d’un milieu ouvrier. Dans bien des cas, ces derniers ont hâte de grimper l’échelle sociale et de laisser leur classe derrière eux. Ils sont pressés de devenir médecins, avocats ou politiciens. Ce n’est pas toujours le cas, bien sûr, mais ça l’est trop souvent.

Les universités sont une courroie de transmission pour la diffusion d’idées bourgeoises réactionnaires dans la société. Elles sont de véritables serres où la bourgeoisie développe mille et une idées étranges et merveilleuses afin d’embrouiller la jeunesse et l’éloigner de la révolution. Les universités ne sont pas des « temples de la connaissance », mais des usines pour la production massive de défenseurs idéologiques du capitalisme.

Dans cette époque de déclin sénile du capitalisme, les universités sont devenues un marécage empoisonné où les idées réactionnaires fleurissent, et personne ne semble avoir eu le cran de les attaquer de front.

La première tâche des marxistes est de combattre ces idées ouvertement réactionnaires de l’establishment universitaire, mais aussi la myriade de notions confuses des éléments petits-bourgeois « radicaux » et « progressistes » qui prétendent être contre le système – mais qui, en pratique, se limitent à des colères impuissantes contre tel ou tel symptôme.

Une arme idéologique pour la réaction

Ce n’est pas par hasard si les partisans de ces idées ont gagné en notoriété dans les universités à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Alors que la lutte des classes reculait, une vaste campagne anti-marxiste a été engagée dans les universités. Les militants qui ont participé aux mouvements révolutionnaires des années 70 et 80 se sont vus offrir des emplois confortables dans le milieu universitaire, pour qu’ils attaquent le marxisme.

Une partie de ces attaques étaient ouvertement et grossièrement pro-capitalistes, mais d’autres se montraient plus sournoises et subtiles. L’intersectionnalité et les politiques identitaires ont permis aux intellectuels « de gauche » de justifier le fait qu’ils désertaient la lutte des classes et le socialisme – tout en prétendant demeurer au service des « luttes progressistes ».

Ce n’est pas un hasard si ces idées sont mises en avant par la classe dirigeante dans notre système d’éducation. La théorie queer, par exemple, trouve ses origines dans la vague de post-modernisme et d’autres courants de pensée idéalistes et subjectivistes qui se sont développés – en réaction au marxisme – lors des dernières décennies. Un rapport de CIA datant de 1985 et récemment rendu public est intitulé France : la désertion des intellectuels de gauche. Il révèle la délectation de la CIA au moment où elle observait ce virage à droite dans le milieu universitaire :

« L’échec des politiques de Mitterrand et la courte durée de l’alliance avec les communistes ont pu accélérer le mécontentement par rapport au gouvernement, mais les intellectuels de gauche se sont eux-mêmes éloignés du socialisme – autant du parti que de l’idéologie – au moins depuis le début des années 1970. Dirigés par un groupe de jeunes renégats des rangs communistes qui se sont qualifiés eux-mêmes de "nouveaux philosophes", beaucoup d’intellectuels de la Nouvelle gauche ont rejeté le marxisme et développé une aversion profonde envers l’Union soviétique. L’anti-soviétisme, en fait, est devenu la pierre angulaire de la légitimité dans les milieux de gauche, amenuisant l’anti-américanisme traditionnel de ces intellectuels et permettant à la culture américaine – et même ses politiques sociales et économiques – d’être à la mode. »

Le rapport poursuit :

« La faillite de l’idéologie marxiste. L’abandon du marxisme comme système philosophique – s’intégrant dans un rejet plus large des idéologies parmi les intellectuels de toutes les orientations politiques – était la source d’une désillusion intellectuelle particulièrement puissante et généralisée dans la gauche traditionnelle. Raymond Aron a travaillé pendant de longues années à discréditer son ancien compagnon de chambre à l’université, Sartre, et, à travers lui, les fondations intellectuelles du marxisme français. Cependant, ceux qui se seront avérés encore plus efficaces à discréditer le marxisme sont ces intellectuels qui croyaient vraiment appliquer le marxisme dans les sciences sociales, mais qui ont fini par repenser et rejeter entièrement ses traditions. »

« Parmi les historiens d’après-guerre, la très influente école de pensée associée à Marc Bloch, Lucien Febvre, et Fernand Braudel a débordé les historiens marxistes traditionnels. L’École des Annales (…) a perverti la discipline historique française dans les années 1950 et 1960, d’abord en remettant en question puis en rejetant la théorie marxiste du progrès historique jusqu’ici dominante. Alors que nombre de ses représentants se revendiquent encore de la "tradition marxiste", cela signifie seulement qu’ils prennent le marxisme comme point de départ dans leur tentative de découvrir quels sont les schémas que suit l’histoire sociale. La majorité d’entre eux est arrivée à la conclusion que les anciens concepts marxistes de structure, de relations sociales, de schémas des événements et leur influence à long terme s’avèrent simplistes et invalides. Dans le milieu de l’anthropologie, l’influence de l’école structuraliste associée à Claude Lévi-Strauss, Foucault et les autres ont joué sensiblement le même rôle. Bien que la méthodologie des structuralistes et de l’École des Annales traverse une période difficile (les critiques les accusent d’être trop difficiles à suivre pour les non-initiés), nous pensons que leur attaque envers le marxisme et l’influence qu’il avait dans les sciences sociales devrait s’enraciner dans les milieux universitaires autant en France qu’en Europe occidentale. »

De même, la CIA a secrètement soutenu nombre de publications issues de la gauche « anti-autoritaire », telles que Partisan Review, Der Monat (qui a publié des articles d’Adorno et d’Arendt, entre autres), Mundo Nuevo et plusieurs autres. Le thème récurrent dans ces journaux était la défense des « intellectuels », par opposition à la lutte des classes.

C’est précisément via ces intellectuels que les idées bourgeoises et petites-bourgeoises qui dominent aujourd’hui dans les universités se sont développées. Foucault est perçu comme le père de la théorie queer. Alors que la lutte des classes refluait, suite aux innombrables trahisons des dirigeants, ces messieurs-dames en sont arrivés à la conclusion que c’était en fait la lutte des classes et le prolétariat qui étaient défectueux – et non sa direction. Ils ont simplement adapté leur « philosophie » aux intérêts de la bourgeoisie et de la bureaucratie ouvrière. Dans leur esprit, la lutte des classes s’est dissoute dans une série infinie de petites luttes individuelles, chacune ayant ses propres caractéristiques.

Quand ils reconnaissaient l’existence de la lutte des classes, c’était pour critiquer « l’arriération » de la classe ouvrière et demander un changement dans le « discours », plutôt que d’exiger une direction audacieuse de la part des lâches qui étaient alors à la tête du mouvement. Comme on peut le voir dans ce rapport de la CIA, la classe dirigeante, loin de se sentir menacée par ces idées « radicales » à la mode, les a accueillies chaleureusement, comme des outils précieux dans la lutte idéologique contre le marxisme.

« L’intersectionnalité » et les politiques identitaires

Une des plus récentes variantes des politiques identitaires qui s’est répandue au sein de la petite bourgeoisie radicale est le concept d’intersectionnalité. Ce n’est pas une déviation mineure ou une petite confusion de la part de jeunes gens bien intentionnés, mais une idéologie complètement rétrograde, réactionnaire et contre-révolutionnaire, qu’il nous faut combattre par tous les moyens à notre disposition.

La classe dirigeante a toujours tenté de semer la division au sein de la classe ouvrière, suivant la bonne vieille tactique : « diviser pour mieux régner ». Elle utilise tous les moyens pour monter une partie des travailleurs contre une autre : le racisme, la question nationale, la langue, le genre ou la religion. Tous ces moyens ont été utilisés, et le sont encore, pour diviser la classe ouvrière et détourner son attention de la lutte de classe entre riches et pauvres, exploiteurs et exploités.

C’est un fait bien connu et compris par presque tout le monde, à gauche. Mais en luttant contre le racisme, le sexisme et les autres formes d’oppression qui existent dans la société, il est possible de tomber dans l’autre extrême et, ce faisant, d’abandonner le point de vue de classe. Cela revient à jouer le jeu de la classe dominante en plaçant ce qui nous divise au-dessus de tout le reste, en ignorant les racines de l’oppression dans la société de classe, et mettant en avant les intérêts de tel ou tel groupe, au détriment de la lutte de classe unifiée.

La plupart de ceux qui se concentrent sur des formes particulières d’oppression ont tendance à ignorer ou à minimiser la vraie base de l’oppression, c’est-à-dire la société de classe elle-même. Ils s’opposent à toute tentative d’unir la classe ouvrière dans une lutte révolutionnaire contre le Capital ; ils insistent pour qu’on se concentre sur tel ou tel problème isolé. Les résultats sont extrêmement négatifs.

Dans un nombre croissant de cas, les autorités universitaires et les syndicats étudiants, cachés derrière le « politiquement correct », les politiques identitaires et le prétendu désir de ne pas heurter les sensibilités de certains, pratiquent une politique de discrimination et de censure éhontée, empêchant certaines personnes de parler – pas seulement des racistes et des fascistes, mais aussi, de plus en plus, des gens de gauche.

L’exemple qui suit suffit pour exposer les activités contre-révolutionnaires de ces groupes. Suite à l’élection de Donald Trump, un groupe de jeunes canadiens, à Toronto, a spontanément tenté d’organiser une manifestation anti-Trump via Facebook. Ces jeunes ont été immédiatement la cible d’un torrent de harcèlement de la part de militants des « politiques identitaires », qui les ont dénoncés de manière brutale parce qu’ils n’avaient pas d’orateur noir à leur tribune. Résultat : les jeunes à l’initiative de la manifestation ont été intimidés, démoralisés, et ont quitté le mouvement. Il ne s’agit pas d’un cas isolé : c’est typique des tactiques réactionnaires de cette tendance.

Il est temps d’appeler les choses par leur nom, c’est-à-dire de dire clairement que les politiques identitaires et toutes les absurdités qui y sont liées représentent une tendance réactionnaire qui doit être combattue avec la plus grande énergie.

La question nationale

Il est possible de faire un parallèle entre les soi-disant politiques identitaires et la question nationale. Bien sûr, chaque analogie a ses limites. Mais dans ce cas-ci, l’analogie est frappante et peut être formulée simplement : les marxistes s’opposent et luttent contre toute forme d’oppression ou de discrimination, que ce soit en raison de la nationalité, du genre, de l’ethnicité, de la langue, de la religion, ou de quoi que ce soit d’autre. Et cela suffit complètement.

Les marxistes défendent les nations opprimées contre les puissants États impérialistes prédateurs. Nous sommes opposés à l’oppression sous toutes ses formes. C’est notre point de départ. Mais ces propositions élémentaires n’épuisent pas la position des marxistes sur la question nationale. Après A, B et C, il y a d’autres lettres dans l’alphabet.

Marx expliquait que la question ouvrière est toujours la question la plus importante, et que la question nationale y est toujours subordonnée. Le droit des nations à l’autodétermination n’est pas un droit absolu, situé en dehors du temps et de l’espace. Il est toujours subordonné aux intérêts généraux de la révolution prolétarienne internationale. Lénine insistait fréquemment sur ce point. La lutte de la classe ouvrière contre le capitalisme nécessite la solidarité complète et l’unité maximale des travailleurs de toutes les nations.

Tout en luttant contre toute oppression ou discrimination nationales, il faut résister aux tentatives des nationalistes bourgeois et petit-bourgeois de soumettre les travailleurs à leur vision et à leur politique particulières. En 1914, dans son article Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, Lénine écrivait :

« Il est indifférent à l’ouvrier salarié que son principal exploiteur soit la bourgeoisie grand-russe plutôt que la bourgeoisie allogène, ou la polonaise plutôt que la juive, etc. L’ouvrier salarié conscient des intérêts de sa classe est indifférent aux privilèges d’État dont bénéficient les capitalistes grands russes, comme à la promesse des capitalistes polonais ou ukrainiens d’instaurer le paradis sur terre lorsqu’ils détiendront des privilèges d’État. De toute façon, le développement du capitalisme se poursuit et se poursuivra, dans un État hétérogène unique aussi bien que dans des États nationaux distincts. »

C’est un fait bien connu que Lénine a systématiquement soutenu la revendication du droit des nations à l’autodétermination, y compris le droit à la séparation. Mais ce n’est qu’une partie de l’équation. Lénine défendait également l’unité de la classe ouvrière et de ses organisations. Il était implacablement opposé à la création d’organisations ouvrières sur des bases nationales (osons-nous dire, sur la base de « politiques identitaires » ?).

Dans ses écrits sur la question nationale, tout en insistant sur le droit des nations à l’autodétermination (jusqu’à la séparation), Lénine mettait aussi l’accent sur la nécessité de tracer une ligne de démarcation claire entre les marxistes, d’une part, et d’autre part les nationalistes et démocrates petits-bourgeois :

« Deuxièmement, dans notre pays, la lutte inévitable pour dégager la démocratie prolétarienne de la démocratie bourgeoise et petite-bourgeoise en général – lutte identique au fond à celle que tous les pays ont connue – se déroule dans les conditions d’une victoire théorique complète du marxisme, en Occident et dans notre pays. C’est pourquoi la forme de cette lutte n’est pas tant une lutte pour le marxisme qu’une lutte pour ou contre les théories petites-bourgeoises qui se couvrent de phrases “presque marxistes”. » (Le programme national du POSDR, 1913)

Nous défendrons toujours les droits des nations opprimées contre leurs oppresseurs. Mais cela ne signifie aucunement que nous devons accepter les exigences de la bourgeoisie des nations opprimées ou soumettre les intérêts de la classe ouvrière à ses revendications. Au contraire, le premier devoir des travailleurs d’une nation opprimée est, d’abord et avant tout, de mener une lutte implacable contre leur propre bourgeoisie nationale, de dévoiler ses revendications démagogiques et de résister à toutes les tentatives de subordonner les travailleurs des nations opprimées à « leur » bourgeoisie.

Dans Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, écrit en février-mai 1914, il écrit : « La bourgeoisie place toujours au premier plan ses propres revendications nationales. Elle les formule de façon catégorique. Pour le prolétariat, elles sont subordonnées aux intérêts de la lutte de classe. »

Les Juifs souffraient d’une oppression des plus épouvantables sous la Russie tsariste. Les travailleurs juifs étaient doublement opprimés – comme travailleurs et comme Juifs. Les bolcheviks défendaient les droits des Juifs et se battaient les armes à la main contre les assassins des pogroms antisémites. Et pourtant, Lénine dénonçait de façon catégorique les tentatives du Bund juif de réclamer un statut spécial au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie. Il niait leur droit de parler exclusivement au nom des travailleurs juifs. Il disait qu’accéder à une telle demande serait une déviation de la politique prolétarienne et subordonnerait les travailleurs à la politique de la bourgeoisie. Les bundistes étaient scandalisés ; ils attaquèrent Lénine pour son prétendu manque de sensibilité aux problèmes du peuple juif. Lénine se contenta de hausser les épaules. Les principes de l’unité de classe prolétarienne et de l’internationalisme devaient prévaloir sur la question nationale.

Tentons de faire une analogie entre l’attitude de Lénine envers l’oppression nationale et la question des « politiques identitaires » en général – et le féminisme en particulier. Les féministes bourgeoises et petites-bourgeoises, comme les nationalistes bourgeois, demandent catégoriquement que la question du genre prévale sur tout le reste, et que les femmes de la classe ouvrière s’identifient avant tout à toutes les autres femmes, et surtout aux « intelligentes » bourgeoises et petites-bourgeoises qui dominent le mouvement féministe.

Nous répondons ainsi à leurs demandes insistantes : tout en luttant pour défendre les droits des femmes, nous ne sommes pas disposés à nous subordonner à la direction des femmes bourgeoises et petites-bourgeoises, lesquelles poursuivent surtout leurs propres intérêts, sous couvert de lutte pour la cause de « toutes les femmes ». Les intérêts des travailleuses sont fondamentalement les mêmes que ceux des hommes de la classe ouvrière. Tous sont opprimés et exploités par les banquiers et les capitalistes. Et que ces derniers soient des hommes ou des femmes ne fait aucune différence.

Les travailleuses sont opprimées non seulement en tant que travailleuses, mais en tant que femmes, et font face à des questions spécifiques qui doivent être soulevées dans nos revendications programmatiques. Cependant, nous ne pouvons pas faire confiance aux éléments bourgeois et petits-bourgeois dans la lutte pour les revendications des femmes de la classe ouvrière, car en dernière analyse leurs intérêts ne coïncident pas : ils sont mutuellement antagonistes.

En ce qui concerne la question nationale, l’antagonisme entre les travailleurs et les paysans, d’un côté, et la bourgeoisie nationale, de l’autre, a souvent pris la forme de guerres civiles. Quelle était l’attitude des bolcheviks dans ces circonstances ? Prenons un exemple lié à la révolution russe. Le mouvement national en Finlande était-il progressiste ou réactionnaire ? Au pouvoir, les bolcheviks ont donné le droit à l’autodétermination aux nationalités opprimées, y compris aux Finlandais et aux Polonais. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En Finlande, une guerre civile faisait rage entre les bolcheviks et les Blancs, et ces derniers combattaient sous la bannière de l’indépendance finlandaise.

Il ne fait aucun doute que si les bolcheviks avaient eu une force militaire suffisante, ils seraient intervenus en Finlande pour écraser les nationalistes bourgeois et soutenir les travailleurs. Et la victoire des travailleurs finlandais n’aurait pas débouché sur l’indépendance, mais plutôt sur l’adhésion de la Finlande à la République soviétique.

Trotsky a écrit que le nationalisme des opprimés peut être « l’enveloppe externe d’un bolchevisme immature ». Cette idée est parfaitement juste – dans certains cas. Le nationalisme des nations opprimées peut être l’enveloppe d’un bolchevisme immature ; mais il peut aussi être l’enveloppe du fascisme naissant. Tout dépend des circonstances concrètes.

Par exemple, si l’équilibre des forces avait été différent, le droit à l’autodétermination des Finlandais aurait été complètement subordonné aux intérêts de la révolution prolétarienne internationale. Malheureusement, la République soviétique n’avait pas encore l’Armée rouge, et la révolution finlandaise a donc été écrasée par les Blancs. Dans ce cas-ci, il serait complètement absurde d’affirmer que le nationalisme finlandais était « l’enveloppe externe d’un bolchevisme immature ». Nous pourrions citer de nombreux autres exemples.

Le racisme et les politiques identitaires

Les États-Unis sont un pays incroyablement divers, ce qui est dû en grande partie à sa longue et brutale histoire de guerres, de conquêtes et d’esclavage. Lorsque le jeune capitalisme américain avait confiance en lui-même et en son propre avenir, lorsqu’il pouvait absorber de nombreuses vagues d’immigrés, il inscrivit sur sa Statue de la Liberté : « Donne-moi tes pauvres, tes exténués, tes masses innombrables aspirant à vivre libres. » Cela s’est transformé en son contraire. Le déclin sénile du capitalisme américain trouve son expression claire dans les politiques réactionnaires et xénophobes de Donald Trump. Son slogan, « L’Amérique d’abord », exprime une tentative de revenir aux vieilles politiques isolationnistes – à une époque où il est impossible, pour les États-Unis, de s’extirper du reste du monde, et donc de la crise du capitalisme.

La démagogie réactionnaire de Trump vise à semer la confusion chez les travailleurs américains en rejetant sur les migrants et les étrangers la responsabilité du chômage et de la pauvreté. Nous assistons à une intensification du racisme et à un sentiment de peur chez les migrants et les non-blancs. Dans ces couches de la population, l’idée de « politiques identitaires » peut trouver un écho favorable. C’est tout à fait compréhensible. Mais ici comme ailleurs, une idée correcte poussée à l’extrême se transforme en son contraire.

Il y a aux États-Unis une longue histoire de « l’identité », antérieure aux récentes « politiques identitaires ». Le concept d’identité entendu comme le fait de s’identifier comme Irlando-Américain, Italo-Américain, Juif américain, et ainsi de suite, a servi à soutenir l’idée que les travailleurs irlando-américains devaient s’identifier aux patrons irlando-américains, les travailleurs italo-américains aux patrons italo-américains, les travailleurs juifs américains aux patrons juifs américains et, plus récemment, les travailleurs noirs et latinos avec les patrons noirs et latinos. L’identité a servi des fins réactionnaires : la division des travailleurs suivant des lignes ethniques. La classe ouvrière dans son ensemble en fut affaiblie.

Ceci étant dit, le fait qu’un jeune noir affirme son identité et se sente fier de celle-ci est une réaction compréhensible et justifiée face au racisme institutionnalisé qui méprise les Noirs depuis des générations, leur déniant une place dans l’histoire et la culture de leur terre natale. Il s’agit du même sentiment développé par certains groupes autochtones en Amérique latine qui, fatigués de l’exploitation et de l’asservissement, se sentent fiers d’être autochtones et souhaitent défendre leur langue et leur culture.

Il va sans dire que les marxistes s’opposent activement à toute discrimination ou oppression basées sur l’orientation sexuelle, l’ethnie ou le genre. Nous luttons pour abolir toutes les lois réactionnaires sur le mariage (entre autres). Cette lutte fait partie intégrante de la lutte générale contre la droite et la classe dirigeante. Les marxistes dénoncent toutes les oppressions et les injustices que le capitalisme provoque. Tous les fléaux du capitalisme, de l’oppression des femmes aux désastres environnementaux, en passant par l’oppression des petites nations, nous remplissent de colère contre le système. « Une attaque contre un est une attaque contre tous » : tel est notre mot d’ordre. Le marxisme est une théorie globale de lutte pour la libération de l’humanité, et il place la classe ouvrière à la tête de cette lutte parce qu’elle est la classe opprimée la plus révolutionnaire, parce qu’elle a un rôle spécifique dans la production et dans la société, et parce qu’elle est un produit direct du système capitaliste. Ce rôle dirigeant de la classe ouvrière dans la lutte contre toutes les formes d’oppression découle aussi de ses conditions de vie et de travail qui contiennent, sous une forme embryonnaire, les éléments de la société socialiste future qui supprimera les divisions en classes sociales, l’oppression d’une nation par une autre ou d’un peuple par un autre et, bien sûr, l’oppression des femmes par les hommes.

Cette solidarité active est absolument incompatible avec la notion « d’allié », chère aux politiques identitaires, et qui découle de leur insistance sur la primauté de l’expérience subjective. Puisque seuls ceux qui ont subi telle oppression sont supposés la comprendre et pouvoir la combattre, ceux qui y sont sensibles – mais sans la subir – sont relégués au rôle secondaire de soutiens passifs.

En réalité, les soi-disant « politiques identitaires » sont nuisibles à la cause des femmes, des noirs américains, des immigrés, des peuples autochtones et des personnes LGBT. Elles approfondissent les divisions tout en affirmant les surmonter ; elles étouffent la liberté d’expression et rendent un débat rationnel impossible. Des démagogues et des fanatiques petits-bourgeois remplacent les arguments par les dénonciations stridentes et, ainsi, tentent d’imposer le silence à quiconque remet en question leur « politiquement correct ». Une atmosphère d’hystérie est créée.

Ces gens partent de l’idée que les problèmes politiques et sociaux se réduisent aux problèmes des groupes opprimés. En réalité, les problèmes des minorités opprimées sont eux-mêmes le reflet des profondes contradictions du capitalisme, et non leur cause. Ainsi, ce type de revendications « identitaires » détournent l’attention des véritables problèmes, sèment de la confusion et de la division sans fin. Ces gens accusent les marxistes d’ignorer la lutte des opprimés. Ils disent que nous attendons la révolution qui règlera tous les problèmes et que nous n’avons pas de réponses ici et maintenant. Rien n’est plus faux. Nous proposons les méthodes de la lutte des classes pour lutter contre l’oppression. Nous proposons les mobilisations de masse contre toutes les injustices. Mais les tenants des politiques identitaires réformistes, eux, jouent avec les quotas et les principes juridiques – tout en laissant les structures du capitalisme intactes. Ils sèment la confusion et divisent les gens en groupes toujours plus petits, les rendant impuissants dans la lutte contre la véritable source d’oppression et d’exploitation. Nous expliquons simplement que les problèmes des opprimés sont le reflet des contradictions profondes de la société de classe, et qu’il est utopique de penser que ces problèmes peuvent être résolus tant que l’esclavage de classe subsiste. Seule l’unité la plus large possible de tous les secteurs opprimés et exploités permet de lutter contre l’oppression aujourd’hui – et d’ouvrir la voie au renversement du système capitaliste.

Les politiques de division

Nul doute que le racisme est un enjeu important pour la classe capitaliste. Elle y a eu constamment recours pour diviser et affaiblir la classe ouvrière, en montant différents groupes sociaux les uns contre les autres, sur la base de leur ethnie, de leur couleur de peau, de leur langue, etc. La lutte contre le racisme sous toutes ses formes est donc une priorité pour les marxistes, qui cherchent constamment l’unité maximale de la classe ouvrière dans sa lutte contre le Capital.

Il n’y a pas un pays capitaliste avancé où la lutte contre le racisme ait une importance aussi grande qu’aux États-Unis. L’émergence du mouvement Black Lives Matter exprime la volonté de millions de Noirs de lutter contre les violences policières, les discriminations et le racisme. Il s’agit d’un mouvement entièrement progressiste que nous devons soutenir.

Cependant, la tendance à « théoriser » ce phénomène a mené à des exagérations qui peuvent avoir des résultats négatifs, en particulier dans la lutte des Noirs américains pour leurs droits. Les marxistes luttent contre le racisme et les violences policières, mais ne sont pas obligés d’accepter une idéologie fausse et partiale qui, loin de faciliter cette lutte, l’entrave et l’affaiblit.

Il ne fait aucun doute qu’il y a de nombreuses formes d’oppression qui s’ajoutent à l’exploitation de classe – comme le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, etc. Comme marxistes, nous reconnaissons et combattons toutes les formes d’oppression. Le problème de l’intersectionnalité est qu’elle met l’accent sur ce qui nous divise au lieu de mettre l’accent sur ce qui nous unit ; elle se concentre sur les combinaisons infinies de différentes formes d’oppression et sur les soi-disant « privilèges » que chacun est censé avoir ; elle en conclut que nous avons tous des intérêts singuliers et conflictuels. Cela revient à monter les uns contre les autres les différents groupes et couches opprimés de la classe ouvrière, plutôt que de favoriser la mobilisation de classe combative et collective nécessaire pour lutter contre les oppressions et mettre fin à l’exploitation de classe.

D’après l’influente féministe intersectionnelle Patricia Hill Collins, « tous les groupes sont dotés de degrés variables de privilèges et de handicaps » ; et « selon le contexte, un individu peut être un oppresseur, un membre d’un groupe opprimé, ou simultanément un oppresseur et un opprimé ». Elle prend l’exemple d’une femme blanche, opprimée du fait de son genre, mais privilégiée du fait de sa couleur de peau. Ainsi, ce point de vue suggère que si un individu ne subit pas telle forme d’oppression particulière, il est un oppresseur qui a intérêt à maintenir l’oppression en question, que subissent d’autres individus. Cette façon de désigner l’individu comme le principal acteur des oppressions ne peut qu’atomiser davantage les luttes des opprimés. En outre, aucune couche de la classe ouvrière n’a intérêt – objectivement – à maintenir l’oppression que subissent d’autres couches. C’est même exactement le contraire.

Au lieu d’unir tous les opprimés dans une lutte commune contre le capitalisme et l’État bourgeois, les théoriciens et militants intersectionnels veulent décomposer la lutte en ses plus petites composantes : on monte les femmes noires contre les hommes noirs, les femmes noires handicapées contre les femmes noires non handicapées, etc. En décomposant et en séparant les luttes de cette manière, ils divisent le mouvement, détournent l’attention des enjeux principaux et montent les différents groupes opprimés les uns contre les autres.

Ainsi, chaque groupe particulier est invité à faire valoir ses droits spécifiques contre les droits d’autres groupes. Le mouvement est ainsi divisé en parties de plus en plus petites. Pendant ce temps, les véritables oppresseurs, les banquiers et les capitalistes, les barons des médias et les chefs de la police, les réactionnaires et les racistes, se frottent les mains et contemplent avec joie ce mouvement qui consume son énergie dans une myriade de chamailleries et de conflits insensés.

Tout cela mène à des situations absurdes, où des groupes de militants attaquent d’autres groupes pour leur prétendue position dans une « hiérarchie des privilèges ». Les hommes noirs sont ainsi désignés comme « privilégiés » par rapport aux femmes noires, et ainsi de suite. La liste est interminable et l’atomisation du mouvement en un millier de fragments en est le résultat inévitable. Au lieu de lutter contre l’ennemi commun, chaque groupe opprimé est encouragé à se concentrer sur sa propre forme d’oppression et à argumenter contre les autres groupes opprimés.

Au lieu d’une lutte de masse, des petits groupes de militants se lancent dans des luttes isolées sur tel ou tel enjeu particulier. Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Si l’on pousse le raisonnement jusqu’à sa conclusion logique, aucune organisation n’est possible puisque chaque individu est unique et a donc inévitablement sa propre expérience unique du capitalisme. Les discours sur les « alliés » et la convergence ne sont qu’une couverture pour dissimuler une approche clivante.

Pour comprendre à quelles extrémités peuvent mener ces idées, prenons l’exemple du tumulte autour de la transphobie de certaines féministes radicales comme Julie Bindel, Germaine Greer et d’autres, qui ont tenu des propos incendiaires contre les femmes transgenres, en les accusant de ne « pas être de vraies femmes ». C’est une expression de l’obsession des politiques identitaires à déterminer dans quelles catégories se trouvent les gens. En outre, au lieu de répondre politiquement, chaque camp répond à l’autre par des menaces, des appels au boycott, le sabotage de prises de parole publiques, etc., si bien que le débat ne peut pas avoir lieu.

S’il est vrai que chaque groupe opprimé vit l’oppression d’une manière différente des autres, nous pourrions dire qu’il est tout aussi vrai que chaque individu la vit différemment, et que donc personne ne peut comprendre mes problèmes, qui sont ma propriété personnelle. Mais cet argument nous ramène dans le marécage philosophique de l’idéalisme subjectif que Lénine avait complètement détruit dans son livre Matérialisme et empiriocriticisme. L’idéalisme subjectif inhérent à l’intersectionnalité est exposé sous sa forme la plus crue dans le passage suivant de Patricia Hill Collins : « la matrice de domination générale abrite de multiples groupes, chacun faisant l’objet de handicaps ou de privilèges différents, donnant lieu à des points de vue partiels correspondants… Aucun groupe n’a un angle de vue clair. Aucun groupe ne possède la théorie ou la méthodologie qui lui permettrait de découvrir la “vérité” absolue. »

Le point de vue de classe est abandonné

Dans tous les articles et discours des adeptes de l’intersectionnalité, il est rare de trouver une mention des classes sociales – et plus encore de la classe ouvrière.

Les rares fois où l’exploitation de classe est mentionnée, elle n’est pas expliquée de façon marxiste ; elle est considérée comme une forme de discrimination (le « classisme ») – simplement une forme parmi d’autres, et en aucun cas la plus importante. La classe ouvrière n’est plus la créatrice de toutes richesses, exploitée dans le processus de production, mais seulement une catégorie supplémentaire de gens qui « sont discriminés ».

Au lieu de trouver la racine de l’oppression dans la société de classes et, sous le capitalisme, dans la domination économique des banquiers et des capitalistes, les intersectionnels tentent de la trouver dans le comportement social des gens et dans le langage qu’ils utilisent. Selon eux, l’oppression des femmes aujourd’hui n’est pas le résultat de l’esclavage salarié capitaliste, mais le résultat de l’utilisation d’un langage discriminatoire ou de structures discriminatoires dans les organisations.

Dans les pays ex-coloniaux, à cause de la banqueroute idéologique du stalinisme, certains groupes et tendances ont recherché, après le triomphe des révolutions chinoise et cubaine, une philosophie de la libération nouvelle, originale, en dehors de « l’orthodoxie marxiste ». Cette prétendue philosophie explique que la clé de la libération dans les pays ex-coloniaux est l’abandon de la pensée et du langage euro-centrique, ce qui mènerait à une décolonisation de l’épistémologie et de la pensée. Cela servirait de base à une compréhension « originale » de l’histoire de ces pays et permettrait d’engager leur libération. Cette conception réformiste et réactionnaire nous propose, non de lutter contre la bourgeoisie et ses formes brutales d’exploitation, mais de trouver de nouvelles voies… épistémologiques.

Selon ce point de vue, il ne faut pas une révolution qui vise la reconstruction radicale de la société depuis ses fondations ; il faut plutôt réformer la mentalité et la conduite des gens. Le but n’est pas de changer la société, mais de parvenir à l’épanouissement personnel dans l’abstrait – en oubliant le fait que tant que le capitalisme existera, l’exploitation et l’oppression continueront d’exister.

Le parti révolutionnaire est un outil pour permettre à la classe ouvrière de prendre le pouvoir et de transformer la société. Il n’est pas une réplique miniature de la nouvelle société, mais le catalyseur permettant de la créer. Il va sans dire que nous combattons toute manifestation d’oppression dans nos rangs et dans notre activité politique. Cependant, les intersectionnels s’imaginent qu’ils peuvent construire une organisation pure, débarrassée des comportements discriminatoires. Ils ne comprennent pas que toute organisation subit la pression de la société dans laquelle elle est construite. Par exemple, l’oppression des femmes sous le capitalisme rend improbable le fait d’avoir une représentation égale des hommes et des femmes dans la plupart des organisations, tant que le capitalisme existera. Nous devons éliminer toutes les barrières à la participation des femmes et des autres groupes opprimés, mais nous ne pouvons pas éliminer les pressions de la société de classe tant que celle-ci existe. Les intersectionnels finissent par consumer toute leur énergie dans la construction de ce prototype utopique de la société future dans les limites de la vieille société, plutôt que de construire l’organisation qui peut vraiment mettre fin à cette société et les comportements discriminatoires qui vont avec. Cette conception idéaliste se retrouve dans le type de « réformes » qu’une partie de ce mouvement met en avant : le « langage non-genré », « l’éducation non-genrée des enfants », et ainsi de suite. Les intersectionnels s’imaginent que les racines de l’oppression se trouvent dans de mauvaises idées, dont on peut se débarrasser à travers l’éducation. C’est une conception complètement réformiste et utopiste.

« Différentes écoles de féminisme » ?

Ces dernières années, nous avons assisté à des mouvements de masse contre les oppressions et les discriminations dans plusieurs pays : le premier mouvement Black Lives Matter contre les meurtres de jeunes noirs par la police, le référendum irlandais pour mariage entre personnes du même sexe, le mouvement pour le droit à l’avortement en Pologne et le mouvement contre les violences faites aux femmes en Argentine, au Mexique et dans d’autres pays. Ces mouvements reflètent une aspiration progressiste avec laquelle nous devons nous connecter et recèlent un élément de remise en question de tout le système.

En Espagne, la grève du 8 mars et le mouvement contre le gang de violeurs « La Manada » (la meute), qui ont rassemblé des millions de personnes, se sont déroulés au nom du féminisme. Aux yeux des masses, ce mot a acquis la signification d’une « lutte pour l’égalité des hommes et des femmes ». Par contre, les dirigeants des organisations qui ont appelé à la « grève féministe » du 8 mars sont des féministes au sens où ils adhèrent à la théorie féministe. Ils prétendent que la lutte pour la libération des femmes doit être « transversale » (c’est-à-dire hors des clivages de classe et politiques) : au mieux, les hommes peuvent être des « alliés » et ne doivent pas participer à la grève – mais plutôt remplacer les femmes en grève, sur leurs postes de travail. Ils avancent aussi l’idée que les travaux domestiques des femmes devraient être rémunérés par un salaire. Mais plus le mouvement devient massif, moins celles et ceux qui y participent partagent ces idées.

Des camarades ont soulevé l’idée que nous devrions nous caractériser comme « féministes ». Nous ne pensons pas que ce soit correct ou nécessaire. Bien sûr, ce serait une erreur politique grave que de commencer une discussion – écrite ou orale – par une polémique sur la signification du mot « féminisme ». Ce que nous devons faire, comme dans toute intervention dans un mouvement de masse, c’est nous baser sur ses aspects et propositions les plus progressistes, révolutionnaires – et présenter notre programme et notre stratégie de manière positive. Nous devons argumenter, de manière fraternelle, contre les idées fausses et contre-productives mises en avant par les dirigeants du mouvement, tout en nous connectant à l’esprit révolutionnaire qui inspire sa base. C’est ce que nous avons fait jusqu’à présent au Mexique, en Italie (où il y a eu un mouvement de masse autour du 8 mars en 2017) et en Espagne. Dans chacun de ces cas, le fait de ne pas nous présenter comme « féministes » n’a pas été un obstacle au succès de notre intervention.

Beaucoup de jeunes hommes et femmes se disent « féministes » sans toutefois l’être d’un point de vue marxiste. Ils commencent à être conscients des inégalités dans la société, et, en se disant féministes, ils veulent dire qu’ils sont contre l’oppression des femmes et pour une société égalitaire. Il peut s’agir d’un point de départ pour être gagné aux idées du marxisme.

Les féministes accusent souvent le « patriarcat » pour les problèmes de la société. Il est vrai que l’asservissement des femmes est la plus ancienne forme d’esclavage, qui a émergé parallèlement à la domination de classe, et existe depuis des milliers d’années.  Seule une refondation de la société peut en finir une fois pour toutes avec cet abominable esclavage. Mais un changement aussi fondamental ne peut être que le fruit de l’action révolutionnaire unie de la classe ouvrière. Cela présuppose l’unité des hommes et des femmes de la classe ouvrière luttant pour leur émancipation en tant que classe. Les féministes ont tendance à voir le patriarcat comme une structure distincte de la société de classe, ce qui mène à la conclusion inévitable que la lutte pour l’émancipation des femmes est séparée de celle pour l’émancipation de la classe ouvrière. C’est une idée réactionnaire créant des divisions, et qui est aussi présente, sous une forme plus diluée, chez nombre de ceux qui se qualifient de « féministes marxistes » et de « féministes socialistes ».

L’émancipation complète des femmes ne pourra être atteinte que par une révolution sociale, qui abolira l’exploitation sur laquelle est basée l’oppression des femmes. Est-ce que cela veut dire que nous ignorons la lutte pour les droits des femmes sous le capitalisme ? Bien sûr que non ! Nous lutterons contre toutes les manifestations de discrimination et d’oppression des femmes, même les plus petites. Il s’agit de la condition préalable à l’unité de tous les travailleurs dans la lutte.

On entend parfois l’idée qu’il y a différentes écoles de pensée féministes, ce qui est incontestable. Il est également incontestable qu’il existe différents types d’anarchisme, certains étant plus près du marxisme que d’autres. Mais cela ne change rien au fait qu’il y a une ligne de démarcation claire entre le marxisme authentique et l’anarchisme.

Bien qu’il y ait différents types d’anarchisme, ils ont tous le même genre de préjugés, à divers degrés. Pour gagner les anarchistes qui sont plus proches du communisme, il ne faut pas prétendre que ces différences n’existent pas ou dire aux anarchistes : « Vous voyez ! Nous luttons tous pour la même chose ! » Bien au contraire : pour dissiper la confusion d’un anarchiste honnête, il faut expliquer les différences entre les idées confuses, non scientifiques, de l’anarchisme, et les idées claires et scientifiques du marxisme révolutionnaire.

À l’époque de la révolution russe, certains militants se disaient « anarcho-communistes ». Suite à l’expérience de la révolution, les meilleurs éléments prolétariens, parmi les anarchistes, se sont rapprochés du bolchevisme et ont lutté main dans la main avec les bolcheviks lors de la guerre civile. Nombre d’entre eux ont rejoint le Parti communiste. La tendance « anarcho-communiste » représentait en quelque sorte une étape transitoire dans le mouvement vers le communisme.

De la même manière, il est possible que certains types de féminisme soient plus progressistes que d’autres. Les marxistes doivent lutter par tous les moyens pour l’émancipation complète des femmes. On peut se demander : qu’est-ce que le féminisme ? C’est une question à laquelle il est impossible de répondre de manière précise. Le terme est utilisé aussi bien par les conservateurs et les libéraux que par les progressistes et la gauche. Il est utilisé pour justifier l’invasion de l’Afghanistan, sous prétexte de protéger les droits des femmes, autant que par des gens qui veulent lutter pour l’égalité et pour la libération de l’humanité. En fait, même en Espagne, les dirigeants du parti de droite au pouvoir ont mis des rubans féministes violets sur la marche du 8 mars pour montrer qu’ils « sont aussi féministes ». Le dictionnaire d’Oxford définit le féminisme ainsi : « La promotion des droits des femmes sur la base de l’égalité des sexes. » Cette définition nous montre le problème central de ce terme : il ne dit absolument rien d’un point de vue de classe.

Le féminisme peut être mieux défini par ce qu’il n’est pas : il n’explique pas comment l’oppression des femmes est apparue – et donc n’explique pas non plus comment elle peut être combattue et éliminée. Les différents types de féminisme ont leurs propres réponses à ces questions – quand ils en ont. Le féminisme laisse entendre qu’il est possible, d’une manière ou d’une autre, d’éliminer l’oppression des femmes avant d’éliminer la racine de cette oppression : le capitalisme et la société de classe en général. Ils brouillent les lignes de classes plutôt que d’aider à les clarifier. Tous les différents types de féminisme ne regardent que les symptômes au lieu de regarder les causes fondamentales. En tant que marxistes, nous devons dire la vérité. Il nous faut tracer une ligne de démarcation claire avec le féminisme. Pas parce que nous ne luttons pas pour « la promotion des droits des femmes sur la base de l’égalité des sexes », ce que nous faisons, bien sûr, mais parce que même le « meilleur » type de féminisme ne peut que créer de la confusion et un faux sentiment d’unité au-delà des lignes de classe.

Nous n’avons donc pas intérêt à nous présenter comme des marxistes féministes. Ce serait même contre-productif et ne nous aiderait pas à clarifier la question auprès des jeunes militants honnêtes qui se disent féministes. Nous devons expliquer ouvertement pourquoi nous ne sommes pas féministes, afin d’aider ceux qui se dirigent vers le marxisme. Par ailleurs, nous ne devons pas créer un canal par lequel des idées petites-bourgeoises et l’idéalisme philosophique puissent se frayer un chemin dans les rangs du marxisme.

Pour autant, nous ne devons pas donner l’impression que nous sommes indifférents à l’indignation profonde ressentie par la masse des femmes de la classe ouvrière, qui subissent une double oppression. Nous ne devons pas donner de crédit à l’idée fausse que les marxistes subordonnent la lutte pour la libération des femmes à un avenir socialiste lointain. Sous la bannière du féminisme, malgré ses contradictions et ses limites, une nouvelle génération de femmes prend le chemin de la lutte contre l’ordre établi. Partant de cette situation concrète, et reconnaissant son potentiel révolutionnaire, nous devons trouver le moyen de lier l’oppression ancestrale des femmes aux conditions concrètes de l’époque du déclin capitaliste.

Lorsque nous menons un travail révolutionnaire dans les syndicats, nous participons aux luttes quotidiennes des travailleurs – tout en exigeant un syndicalisme combatif et des politiques socialistes. De la même manière, nous devons participer à chaque mouvement de masse des femmes, en liant les revendications immédiates du mouvement à la nécessité d’un changement fondamental de société. Nous devons lier les aspirations démocratiques des femmes et leur combat pour l’égalité à l’idée d’une lutte commune des tous les travailleurs contre un système oppresseur, en mettant en avant la nécessité de s’unir pour infliger un coup mortel au capitalisme – lequel cherchera toujours à diviser la classe opprimée pour perpétuer sa domination.

En se disant « marxiste féministe », on laisse entendre que le marxisme n’inclue pas la lutte pour l’égalité. Il est vrai que le stalinisme ne l’incluait pas. Mais cela fait précisément partie de notre lutte contre le stalinisme – et pour nous réapproprier l’héritage marxiste. Nous disons que le stalinisme n’est pas le marxisme, que le régime bureaucratique stalinien n’était pas socialiste – et que le point de vue stalinien sur les femmes et les homosexuels (entre autres) n’avait rien à voir avec le marxisme.

Par définition, la catégorie « femmes » inclut les femmes de toutes les classes, donc de classes qui ont des intérêts irréconciliables. Dans la mesure où le féminisme brouille ces distinctions et ces contradictions de classe, qui sont décisives, il ne peut être compatible avec le marxisme, qui se fonde sur une analyse de classe. Si nous voulons gagner les féministes qui s’orientent vers le marxisme, nous devons rester absolument fermes sur nos principes. Nous devons souligner sans cesse que l’émancipation complète des femmes ne peut être réalisée que par l’unité de classe et par la révolution socialiste. Dans le même temps, nous devons être à l’avant-garde de toute lutte contre les discriminations et les inégalités. Nous devons lutter pour toutes revendications, même les plus petites, qui permettent de faire avancer la lutte pour l’égalité et de s’opposer aux différentes formes d’oppression ou de discrimination. Il s’agit de revendications telles que :

- Le plein emploi. A travail égal, salaire égal.

- Mettre fin aux politiques d’austérité (qui affectent les femmes de façon disproportionnée, baissent leurs salaires et les force à faire davantage de travail domestique, pour pallier la casse de services publics).

- Le droit à l’avortement.

- Un système de santé gratuit et de qualité pour tous. Accès illimité au planning familial, à l’avortement et à des centres de lutte contre la violence conjugale.

- Des congés parentaux payés.

- Un programme massif de construction de logements sociaux.

- Un vaste réseau de crèches et de garderies gratuites et de qualité.

- Des soins gratuits et de qualité pour les personnes âgées – à domicile ou en institution.

- Des services de restauration et de laverie gratuits.

- Des cantines gratuites et de qualité au travail et dans les écoles.

- Des mesures de lutte contre les violences faites aux femmes.

La condition préalable d’une lutte victorieuse dans les entreprises, c’est l’unité des travailleurs et des travailleuses comme travailleurs. Notre ligne de démarcation fondamentale – avec le féminisme – est que nous expliquons la société en termes de classes, et non en termes de genres. La division la plus fondamentale de la société est celle qui sépare les salariés des capitalistes, les exploités des exploiteurs. Qu’il existe d’autres formes d’oppression, nul ne peut le nier. Mais en dernière analyse, aucune d’entre elles ne peut être résolue sous le capitalisme.

Comme pour tous les autres enjeux (salaires, retraites, logement, santé, conditions de travail), la lutte quotidienne pour des avancées sous le capitalisme est la seule manière de mobiliser et d’organiser la classe ouvrière, de la préparer pour le renversement du capitalisme, dans lequel les travailleuses joueront un rôle absolument essentiel.

Il est positif, bien sûr, que certaines féministes commencent à comprendre les limites du féminisme. Mais cette tendance positive ne peut avoir de signification que s’il s’agit d’une étape transitoire menant à l’adoption d’un point de vue de classe révolutionnaire conséquent. L’émancipation complète des femmes se réalisera par le triomphe de la révolution socialiste – ou ne se réalisera pas du tout.

Le « radicalisme terminologique »

Au lieu d’une authentique lutte pour l’égalité, on nous propose des quotas artificiels. Au lieu d’une lutte pour l’émancipation à travers la reconstruction révolutionnaire de la société, on nous offre le « politiquement correct ». Cela se ramène à des chicanes insignifiantes sur le langage et la sémantique : l’interdiction d’utiliser tel ou tel mot, la nécessité de changer le « langage genré », et ainsi de suite.

Conformément au « discours » postmoderne, qui substitue la Parole à l’Acte, des gens qui se disent « de gauche », voire « marxistes », perdent un temps fou à faire des acrobaties verbales permettant de « neutraliser » le langage. Cela donne des mutations telles que « compañer@s » en Espagnol, « compagn* » en Italien, et ainsi de suite. Jouer sur les mots de cette manière ne fait pas avancer d’un millimètre la lutte pour l’émancipation des femmes, des noirs ou de quiconque. C’est d’une superficialité ridicule.

Dans L’Idéologie allemande, Marx et Engels ont traité l’idée selon laquelle en changeant la conscience des individus, on peut changer les conditions matérielles, de sorte qu’une révolution présuppose « d’éduquer » les gens :

« Tant pour la production d’une conscience communiste à une échelle de masse que pour le succès de la cause elle-même, la transformation de l’homme à une échelle de masse est, nécessairement, une transformation qui ne peut s’effectuer que dans un mouvement pratique, une révolution ; cette révolution est nécessaire, donc, non seulement parce que la classe dominante ne peut pas être renversée autrement, mais aussi parce que c’est seulement dans une révolution que la classe qui la renverse peut se débarrasser de toute la crasse accumulée à travers les âges, et devenir apte à fonder la nouvelle société. »

L’obsession postmoderniste sur le langage prend le problème à l’envers. Changer le langage ne va pas changer d’un iota la réalité de l’oppression. Ceux qui le pensent ont une approche complètement idéaliste. L’évolution du langage reflète les changements dans le monde réel ; l’inverse est absolument faux.

Les querelles sur le langage représentent une tendance typique des milieux universitaires, où les gens ont tout le temps pour se consacrer à des débats sans fin sur rien de particulier, comme un chien qui court après sa propre queue. Goethe écrivait : « Au commencement était l’Action ». Pour réaliser l’émancipation des femmes, il faut des actions qui combattent l’oppression et les discriminations. Mais la condition préalable d’une action de masse, c’est précisément l’unité, dans la lutte, des femmes et des hommes de la classe ouvrière contre les patrons, dont le règne repose sur l’asservissement commun de tous les travailleurs.

Il semble que les petits-bourgeois « radicaux » aient constamment besoin de s’agiter pour pas grand-chose. C’est le cas avec la « théorie Queer ». Ce n’est pas ici le lieu d’examiner cette théorie en détail ; nous pourrons le faire dans des documents et des articles spécifiques. Il suffit de dire qu’il s’agit d’une conception réactionnaire, enracinée dans la forme la plus primitive de l’idéalisme philosophique. Elle sème des divisions qui minent la lutte contre l’oppression et fait inévitablement le jeu de la réaction, indépendamment des intentions de ceux qui l’adoptent.

Le marxisme se base sur le matérialisme philosophique, la seule méthode réellement scientifique pour analyser la nature, la société et le comportement humain. Que cela nous plaise ou pas, le sexe est une méthode normale de reproduction dans le règne animal (ce qui inclut les animaux humains). La reproduction asexuée existe bien dans le règne animal, par exemple chez les vers de terre et certains poissons. Mais elle disparaît avec le développement de l’évolution ; elle est totalement inconnue chez les mammifères.

Le sexe n’est pas quelque chose qui a été consciemment déterminé ou inventé. C’est un produit de l’évolution. L’idée que le sexe puisse être déterminé artificiellement par la volonté humaine est à la fois arbitraire et fausse d’un point de vue scientifique et philosophique.

La division sexuelle fondamentale se fait entre mâle et femelle. C’est naturellement déterminé par le processus reproductif. Cela porte ensuite les germes de la division du travail, qui à un certain stade constitue la base de la division de la société en classes. La soumission des femmes par les hommes, qui s’exprime dans les relations familiales patriarcales, coïncide avec les débuts de la société de classe ; cette soumission ne sera éliminée qu’après l’abolition de la société de classes elle-même.

Les marxistes luttent pour la véritable émancipation des femmes et de toutes les couches opprimées de la société. Mais cette émancipation ne peut être réalisée simplement en s’imaginant que les genres n’existent pas. Chacun peut s’imaginer être ce qu’il veut, mais au final on doit accepter la réalité matérielle, qui l’emporte sur les constructions de l’idéalisme philosophique.

Parmi les innombrables variantes étranges et merveilleuses de la théorie Queer (si on peut parler de « théorie »), il semble y avoir une tendance commune : tout d’abord, elles présentent le genre (et même le sexe) comme une pure construction sociale, en niant tout aspect matériel et biologique. L’étape suivante est de créer – en imagination – une série presque infinie de genres, parmi lesquels chacun est libre de choisir selon son goût.

Nous ne nions pas qu’en plus de mâle et femelle, il existe des formes intermédiaires, qui sont connues de longue date. Dans l’Amérique précolombienne, de telles personnes étaient considérées comme un groupe social à part entière et traitées avec respect.

La science moderne permet aux gens de changer de sexe. Cela doit être accessible à tous ceux qui en ont besoin. Il va sans dire que nous sommes opposés à toute forme de discrimination et d’intolérance à l’égard des transgenres. De même, nous n’avons pas d’objection au fait que les gens s’identifient comme ils le souhaitent. Néanmoins, présenter cela comme un moyen de changer la société mène à l’idée (très pratique pour la classe dirigeante) que l’émancipation est purement une question de choix personnel et de mode de vie.

On peut voir les effets négatifs de ce genre de choses dans les horribles divisions et les luttes acharnées qui opposent certaines féministes radicales et certains militants pour les droits des transgenres. De tels conflits ne peuvent pas le moins du monde contribuer à la lutte contre les oppressions. Ils sont profondément réactionnaires et doivent être combattus.

« L’identité » dans le mouvement ouvrier

Les marxistes luttent pour l’émancipation des femmes et défendront toute mesure progressiste – aussi limitée soit-elle – qui améliore la position des femmes, y compris dans les limites du capitalisme. Mais nous menons cette bataille avec nos propres méthodes, les méthodes de la lutte des classes.

En combattant l’oppression et les discriminations, nous ne devons jamais oublier que notre objectif principal est de lutter pour le socialisme, ce qui suppose de défendre l’unité de la classe ouvrière. Nous sommes pour l’unité complète de la classe ouvrière, par-delà toutes distinctions de genre, d’origine ethnique, de langue ou de religion. Tout ce qui permet de préserver l’unité des travailleurs et d’élever leur conscience de classe est progressiste. Tout ce qui tend à diviser les travailleurs, quelle qu’en soit la raison, est réactionnaire et doit être combattu. C’est un point sur lequel il nous faut insister. L’oppression des femmes – en particulier des travailleuses – et les autres fléaux du capitalisme tels que la destruction de l’environnement ou l’oppression nationale font partie intégrante du capitalisme.

On ne peut avoir le capitalisme sans l’esclavage domestique et le « double fardeau » qui écrase les femmes de la classe ouvrière ; on ne peut avoir le capitalisme sans la destruction de la planète causée par la soif de profits des grandes multinationales ; et on ne peut avoir le capitalisme sans la mise en esclavage des petites nations par les puissances impérialistes en vue de piller leurs ressources et d’assurer leur hégémonie face aux autres puissances. En conséquence, la seule véritable façon de mettre fin à tous ces fléaux, c’est la transformation socialiste de la société, sous la direction de la classe ouvrière.

La bureaucratie du mouvement ouvrier a appris à monter différents groupes de travailleurs les uns contre les autres, notamment en permettant des écarts salariaux entre différents secteurs de la classe ouvrière. A la recherche d’une vie facile et de compromis avec les patrons, les dirigeants syndicaux trahissent certains groupes de travailleurs afin d’obtenir des concessions pour d’autres groupes. Dans un nombre croissant de pays, la « discrimination positive » est systématiquement utilisée par la bureaucratie pour donner des positions dirigeantes à des éléments carriéristes qui utilisent leur genre ou leur origine ethnique pour leur avancement personnel. Cela permet à la bureaucratie droitière d’écarter des candidats de gauche.

Les bureaucrates établissent des « sièges réservés » pour les femmes ou les noirs (entre autres) et s’en servent comme d’un outil leur permettant de diluer la composition des organes dirigeants. Ils s’appuient sur des groupes de bureaucrates carriéristes censés représenter des « groupes particuliers » - et qui, ainsi, gravissent les échelons grâce à ce favoritisme. Et ceux-ci sont heureux de soutenir la direction tant qu’ils ont l’autonomie suffisante pour faire avancer leur « cause » personnelle. En fin de compte, au lieu de donner une « représentation » à ces « groupes particuliers », ce qui se produit est que la direction est encore moins représentative, puisque ces dirigeants promus ne sont pas élus sur la base de leurs positions politiques, mais pour répondre à des quotas.

L’insistance sur le genre ou l’origine ethnique comme enjeu principal tend à diviser les gens, non sur une base de classe, mais selon d’autres considérations. Les conséquences sont extrêmement négatives pour la classe ouvrière. Ce n’est pas un hasard si les dirigeants syndicaux de droite, les réformistes et les réformistes de gauche en particulier, usent tous le « politiquement correct » et les « politiques identitaires » pour détourner l’attention de la lutte de classe et des vrais enjeux auxquels fait face la classe ouvrière. Ils se concentrent sur des questions de langage au lieu de lutter contre l’oppression par une lutte de classe combative.

Ces idées pernicieuses sont des armes dans les mains des sections les plus réactionnaires de la bureaucratie syndicale, dont le rôle principal est de contrôler la classe ouvrière et limiter la portée et l’efficacité de la lutte des classes. À l’arsenal traditionnel des méthodes de contrôle de la bureaucratie syndicale (comme la menace de mesures disciplinaires, l’élimination de délégués syndicaux combatifs, les exclusions, etc.) s’ajoute maintenant une nouvelle méthode : l’intimidation et les chasses aux sorcières menées par les fanatiques des politiques identitaires.

Lors d’un congrès syndical en Grande-Bretagne, les défenseurs des politiques identitaires ont soumis au vote des délégués une résolution proposant que le syndicat valide automatiquement toute accusation de harcèlement formulée par une femme à l’encontre un homme, sans autre preuve que la parole de la femme concernée. Un délégué syndical a répondu : « Je suis délégué syndical. Imaginez qu’une de mes supérieures hiérarchiques souhaite se débarrasser de moi. Sa tâche serait très facile : elle n’aurait qu’à m’accuser de harcèlement et je serais licencié immédiatement. Le syndicat ne pourrait pas me défendre. » Cette fois-ci, la résolution a été rejetée. Mais le danger de ces politiques saute aux yeux.

Ces idées ne sont pas sérieusement remises en question parce que les gens ont peur d’être attaqués par les partisans des politiques identitaires. Quiconque ose formuler une objection est immédiatement considéré comme raciste, sexiste, etc. Cela mène à des comportements de hooligans et à des campagnes virulentes de calomnies contre des syndicalistes de gauche qui font l’objet d’une chasse aux sorcières sous de fausses accusations. Les plaintes sont noyées sous les hurlements des défenseurs des politiques identitaires, qui n’hésitent pas à lancer les insultes les plus scandaleuses contre leurs opposants.

Le système des quotas est une forme de fraude flagrante. Beaucoup de dirigeants de droite ont été élus parce qu’ils étaient censés représenter tel ou tel groupe minoritaire. Et tout le monde se tait, de peur d’être dénoncé comme un partisan des discriminations.

En Grande-Bretagne, Tony Blair a eu recours aux listes de présélection exclusivement féminines pour choisir des députées carriéristes et évincer la gauche. Ironiquement, c’était la gauche « branchée » qui avait d’abord poussé en faveur de ce genre de listes, pour satisfaire leur programme de discrimination positive. Ce faisant, ils ont ainsi joué le jeu de l’aile droite. L’aile droite du Labour utilise aussi la question nationale pour nuire à Jeremy Corbyn. Elle propose deux nouveaux sièges pour le Conseil exécutif national (NEC) : un pour le Pays-de-Galles et un pour l’Écosse. Elle affirme que les « nations » devraient être représentées. Par une étrange coïncidence, les organisations travaillistes galloises et écossaises sont toutes deux contrôlées par l’aile droite du parti.

Les réformistes de gauche, toujours soucieux de faire leurs preuves et de se présenter comme les plus féministes, insistent particulièrement sur ce point. Ils insistent sur les quotas et un traitement spécial pour les femmes et les autres groupes. Podemos, Momentum et d’autres organisations vont encore plus loin sur ces questions que le mouvement ouvrier traditionnel, ce qui reflète l’influence des idées petites-bourgeoises sur ces organisations. L’une des conséquences réactionnaires des quotas est qu’ils approfondissent la division et la compétition au sein de la classe ouvrière. En cette période de profonde crise du capitalisme, alors que tous les gouvernements mènent des politiques d’austérité, un grand nombre d’idées réactionnaires peuvent trouver un certain écho dans les couches arriérées de la classe ouvrière, qui peuvent tirer la conclusion réactionnaire que leurs problèmes ne viennent pas du capitalisme lui-même, mais de la présence de minorités nationales, d’immigrés ou de femmes qui revendiquent leurs droits, etc. Cela sert de base à la propagande des fascistes et des mouvements de droite les plus réactionnaires, qui disent : nous n’avons pas assez d’emplois ou de places en crèche, nous avons un accès limité à l’université et aux prestations sociales, etc., à cause des quotas donnés aux minorités nationales, de genre ou autre. Tout ceci aide à répandre le poison du racisme et de la division au sein de la classe ouvrière. En outre, ceux qui sont élus grâce aux quotas seront toujours mal considérés, car ce qu’ils peuvent dire sera facilement dénigré si on leur dit qu’ils n’ont pas de mandat et qu’ils ont seulement été élus sur la base d’un quota offert aux femmes/noirs/homosexuels ou autre.

Au Brésil, la situation est pire encore. Presque toute la gauche a capitulé devant la proposition atroce de diviser toute la population suivant des lignes « ethniques », afin d’introduire des quotas dans les universités et ailleurs. Nos camarades brésiliens s’y opposent implacablement. Ils expliquent que nous devrions lutter pour que l’éducation, la santé, le logement, etc., soient accessibles à tous (ce qui est parfaitement possible au regard des richesses existant dans la société), plutôt que de se battre pour une distribution proportionnelle de ressources limitées.

Nous sommes implacablement opposés à la soi-disant « discrimination positive », aux quotas et tout le reste. Afin d’assurer le maximum de participation des femmes et des minorités dans le mouvement ouvrier, il faut prouver dans l’action que nous luttons contre toutes les formes d’oppressions et de discriminations, pour le plein emploi, pour un salaire égal à travail égal, etc. C’est seulement sur la base d’un programme de lutte que nous pourrons attirer à nous les couches les plus opprimées de la société. Mais cela signifie que la direction doit être entre les mains des meilleurs militants, qu’ils soient hommes ou femmes, noirs ou blancs, hétérosexuels ou homosexuels.

La manie des mesures de « politiques identitaires » a d’abord été introduite à travers les syndicats des cols blancs, basés sur des professions de classe moyenne. Ils étaient plus proches des intellectuels et des étudiants de la classe moyenne. Du fait de la désindustrialisation et des fusions entre syndicats, ces couches ont écarté les travailleurs. Les individus des classes moyennes qui sont plus éloquents (ou du moins qui crient plus fort) ont été en mesure de contaminer le mouvement ouvrier avec leurs idées « à la mode », dont ils ont fait une norme.

Tout cela a affecté les syndicats dans de nombreux pays. Nous avons donc des sièges réservés pour les femmes, les LGBT, les noirs, les handicapés, et ainsi de suite. Ils ont leurs propres conférences séparées, leurs propres comités, etc., chacun avec sa propre bureaucratie. Ils insistent pour être les seuls à prendre les décisions sur ces enjeux. Et tant qu’ils ne dérangent pas le reste de la bureaucratie syndicale, on leur permet de régenter leurs propres fiefs. Les réformistes de gauche et les sectaires acceptent cette situation, puisque leurs idées et leurs politiques ont également un caractère petit-bourgeois.

Une réaction contre le féminisme libéral

Les femmes de la classe moyenne réclament de nouveaux plans de carrière : devenir des banquières, des PDG, des évêques, ou même devenir présidente des États-Unis. C’est une nouvelle variante de la vieille formule des réformistes : « Je suis pour l’amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière – une personne à la fois, à commencer par moi. »

En quoi l’entrée de femmes dans les conseils d’administration des banques peut-elle aider la cause des travailleuses ? Ce n’est pas expliqué. Les patronnes sont-elles plus bienveillantes que les patrons ? A cet égard, leur bilan n’est pas très encourageant. Quant à la façon dont les succès de Margaret Thatcher, Angela Merkel ou Theresa May ont amélioré la situation de leurs « sœurs » travailleuses, cela demeure un mystère.

Graduellement, un nombre croissant de femmes politisées commence à comprendre les aspects négatifs du féminisme. Elles constatent qu’au lieu de combattre le capitalisme comme système d’exploitation et d’oppression, la « promotion féministe » encourage certaines femmes à penser le mouvement en termes de carrière personnelle.

Dans son livre Why I Am Not a Feminist (« Pourquoi je ne suis pas féministe »), Jessa Crispin décrit le féminisme comme une marque popularisée par des PDG et des entreprises de soins de beauté, une « lutte pour permettre aux femmes de participer de manière égale à l’oppression des démunis et des pauvres. » C’est plutôt bien dit, bien qu’il faille noter que, malgré le titre du livre, Jessa Crispin se décrit comme… une féministe.

Le New York Times écrit à ce sujet : « Why I Am Not a Feminist arrive à un moment où une partie des femmes libérales des États-Unis sont peut-être prêtes pour un tournant majeur – soudainement ouvertes à un système de croyances qui ne sanctifie pas les “marqueurs de succès dans le capitalisme patriarcal… l’argent et le pouvoir”, comme le dit Crispin. Il y a, semble-t-il, une soif grandissante d’un féminisme davantage préoccupé par la vie des femmes à faibles revenus plutôt que par le nombre de femmes PDG. »

« La vision opposée – que le féminisme n’est pas seulement globalement compatible avec le capitalisme, mais en bénéficie – a certainement profité de sa prédominance. C’est le message qui a été transmis par la vaste majorité des modèles féministes autoproclamés au cours des dix dernières années : que le féminisme est le nom qu’on donne quand une femme reçoit assez d’argent pour faire ce qu’elle veut. Crispin décortique sans pitié cette sorte de féminisme. Cela signifie simplement acheter sa voie de sortie de l’oppression pour ensuite la perpétuer, selon elle ; cette sorte de féminisme embrasse le modèle de bonheur patriarcal, qui suppose “d’avoir quelqu’un soumis à sa volonté”. Exploitées pendant des siècles, les femmes sont devenues inconsciemment désireuses d’exploiter les autres, pense Crispin. “Une fois qu’on fait partie du système et qu’on en bénéficie au même niveau que les hommes, on ne va pas s’inquiéter, en tant que groupe, de savoir qui doit être blessé”. »

La crise du féminisme se reflète dans le rapide virage à gauche dans la politique aux États-Unis, en direction du socialisme et de l’anticapitalisme, particulièrement depuis l’élection de Donald Trump. La nature réactionnaire des politiques identitaires fut clairement visible lors des élections américaines de 2016, quand Hillary Clinton, cette représentante la plus accomplie de Wall Street et de la classe des milliardaires, a appelé les femmes à voter pour elle « parce que je suis une femme ! »

L’ancienne secrétaire d’État, Madeleine Albright, cette réactionnaire endurcie et belliqueuse, présentant Hillary Clinton lors d’un événement au New Hampshire, a dit à la foule et aux électeurs en général : « Il y a une place spéciale en enfer pour les femmes qui n’aident pas les autres femmes ! » Au final, des millions de femmes américaines ont rejeté cet appel à la « politique de genre », ont tourné le dos à Clinton et Albright – et ont soutenu Bernie Sanders. Ce fut une gifle pour ces défenseurs des politiques identitaires.

Nous avons pu voir que les femmes des États-Unis, lorsqu’elles votent pour un candidat aux élections présidentielles, se prononcent beaucoup plus sur la politique et les idées d’un candidat que sur son genre. Là-dessus, elles ont bien raison, bien que malheureusement, la seule alternative qu’elles avaient était l’archi-réactionnaire Donald Trump, qui se présentait démagogiquement comme le candidat « anti-establishment ». Si Bernie Sanders s’était présenté, beaucoup auraient voté pour lui. Mais c’est un autre sujet.

L’héritage que nous défendons

Il est curieux de constater que les marxistes sont accusés de négliger ou d’ignorer les problèmes des femmes. Dès le début, les marxistes ont inscrit le suffrage universel dans leur programme. C’était avant les Suffragettes. L’une des filles de Marx, Eleanor, lutta dans le mouvement syndical britannique pour l’égalité salariale entre hommes et femmes. Dès 1848, Marx et Engels ont expliqué la nécessité d’en finir avec la famille bourgeoise, tout en reconnaissant que cela ne se ferait pas du jour au lendemain.

Dès que les bolcheviks prirent le pouvoir en Russie, en octobre 1917, ils mirent en œuvre le programme pour l’émancipation des femmes le plus radical de l’histoire, en même temps que la décriminalisation de l’homosexualité, ce qui était beaucoup plus avancé que tout ce qu’il y avait dans le monde capitaliste à cette époque. Les bolcheviks ont démontré en pratique que le renversement du capitalisme pouvait garantir aux femmes et aux homosexuels bien plus que les chicaneries abstraites sur l’oppression en général.

Comme l’expliquait Trotsky :

« La révolution a tenté héroïquement de détruire l’ancien "foyer familial” croupissant, institution archaïque, routinière, étouffante, dans laquelle la femme des classes laborieuses est vouée aux travaux forcés, de l’enfance jusqu’à la mort. A la famille, considérée comme une petite entreprise fermée, devait se substituer, dans l’esprit des révolutionnaires, un système achevé de services sociaux : maternités, crèches, jardins d’enfants, restaurants, blanchisseries, dispensaires, hôpitaux, sanatoriums, organisations sportives, cinémas, théâtres, etc. L’absorption complète des fonctions économiques de la famille par la société socialiste, liant toute une génération par la solidarité et l’assistance mutuelle, devait apporter à la femme, et dès lors au couple, une véritable émancipation du joug séculaire.

« [...] On n’avait pas réussi à prendre d’assaut l’ancienne famille. Ce n’était pas faute de bonne volonté. Ce n’était pas non plus qu’elle eût une si ferme assise dans les cœurs. Au contraire, après une courte période de défiance envers l’Etat, ses crèches, ses jardins d’enfants, ses divers établissements, les ouvrières et après elles les paysannes les plus avancées apprécièrent les immenses avantages de l’éducation collective et de la socialisation de l’économie familiale. Par malheur, la société se révéla trop pauvre et trop peu civilisée. Les ressources réelles de l’Etat ne correspondaient pas aux plans et aux intentions du parti communiste. La famille ne peut pas être abolie : il faut la remplacer. L’émancipation véritable de la femme est impossible sur le terrain de la "misère socialisée". L’expérience confirma bientôt cette dure vérité formulée par Marx quatre-vingts ans auparavant. » (La révolution trahie, chapitre 7)

Encore une fois sur l’importance de la théorie

Quelle théorie la TMI défend-elle ? D’abord et avant tout, nous nous basons sur les idées de Marx, Engels, Lénine et Trotsky, qui ont résisté à l’épreuve du temps et demeurent tout à fait pertinentes dans le monde du XXIe siècle. Nous nous basons sur les idées de la Ière Internationale, sur les documents des quatre premiers Congrès de l’Internationale Communiste (avant le début de sa dégénérescence stalinienne) et sur le Programme de transition de Trotsky. Dans les décennies qui ont suivi la mort de Trotsky, ces idées ont été développées et enrichies par les écrits de Ted Grant, qui occupent aussi une place fondamentale dans notre héritage idéologique.

Inévitablement, certains camarades qui ont rejoint l’organisation dans la période récente n’ont pas encore acquis une compréhension complète des idées marxistes. C’est normal : cela prendre du temps. En soi, donc, cela ne constitue pas un danger sérieux. Cependant, il serait fatal de faire ne fût-ce qu’une toute petite concession à des déviations incorrectes, étrangères et petites-bourgeoises par rapport au marxisme authentique. Si un étudiant souhaite rejoindre l’organisation, nous lui dirons : « tu es le bienvenu dans notre organisation, mais seulement si tu acceptes d’adopter le point de vue et la perspective de la classe ouvrière, et que tu te consacres à l’étude du marxisme. Merci de laisser tes préjugés à l’entrée ».

Marx a écrit dans une lettre à Engels (17-18 septembre 1879) : « Quand des gens pareils issus des autres classes se rallient au mouvement prolétarien, la première chose qu’il faut exiger d’eux, c’est de n’apporter avec eux aucun reste des préjugés bourgeois ou petits-bourgeois, mais d’assimiler sincèrement la conception prolétarienne. »

Le mouvement trotskyste a une riche expérience dans ce genre de problèmes. Il suffit de prendre l’exemple du SWP américain, qui a complètement dégénéré après avoir rejeté les excellents conseils de Trotsky dans les années 1930. Il s’est embourbé dans le milieu étudiant, a abandonné le point de vue de classe et a adopté toutes les idées petites-bourgeoises à la mode – comme le féminisme, le nationalisme noir et ainsi de suite. Il est aujourd’hui dans un état lamentable.

Nous devons éduquer toute l’organisation sur ces questions afin de garantir que de tels développements n’auront pas lieu dans la TMI. Nous ne pouvons pas tolérer ne serait-ce que la moindre concession, le plus petit vestige de ces idées dans nos rangs. Laisser une place à ces idées petites-bourgeoises dans l’organisation mènerait à sa destruction en tant qu’authentique force marxiste révolutionnaire capable de gagner la classe ouvrière à la cause de la révolution socialiste.

Lénine, tout comme Engels, Marx et Trotsky, n’a jamais mâché ses mots lorsqu’il attaquait les idées étrangères, particulièrement celles de la petite-bourgeoisie radicale. Nous devrions republier ce que Lénine, Rosa Luxemburg et Clara Zetkin ont écrit sur le féminisme. Ils sont très clairs à cet égard. Nous devons ouvertement affirmer notre opposition à l’intersectionnalité et toutes les autres variantes des « politiques identitaires », qui représentent manifestement une tendance contre-révolutionnaire. Sur cette question, il n’y a pas de place pour l’ambiguïté : nous devrons nous exprimer de la manière la plus claire et catégorique.

Nous voulons recruter des étudiants qui sont prêts à rompre radicalement avec les idées petites-bourgeoises et à adopter le point de vue de la classe ouvrière. Les camarades étudiants doivent se tourner vers la classe ouvrière, vers les usines, les quartiers et les syndicats ouvriers. Chaque camarade étudiant devrait se donner l’objectif de gagner au moins un jeune travailleur à l’organisation. En novembre 1932, Trotsky écrivait :

« L’étudiant révolutionnaire ne peut faire une contribution que si, en premier lieu, il passe par un processus rigoureux et constant d’auto-éducation révolutionnaire et si, en second lieu, il rejoint le mouvement ouvrier révolutionnaire lorsqu’il est encore étudiant. En même temps, permettez-moi de préciser que lorsque je parle d’auto-éducation théorique, j’entends l’étude du marxisme non falsifié. » (Trotsky, Sur les étudiants et les intellectuels, novembre 1932)

Pour prolétariser nos camarades étudiants, il faut avant tout leur fournir une solide formation théorique. Beaucoup d’étudiants ont des idées confuses qu’ils ont absorbées dans la pourriture du milieu universitaire. Notre tâche est de corriger ces idées fausses, dès que possible. Nous n’y arriverons pas par une approche tout en douceur. L’expérience nous montre que les étudiants sérieux, loin de s’offenser du franc-parler, vous respecteront pour cela. Ceux qui ne peuvent entendre des arguments directs ne sont pas offensés par notre « ton », mais simplement parce qu’il leur est impossible d’abandonner leurs idées et leurs préjugés petits-bourgeois. Franchement, nous n’avons pas besoin de ce type d’individu.

Nous avons réussi à maintenir une organisation solide et homogène au niveau idéologique. C’est le résultat de décennies de stricte éducation théorique marxiste de nos cadres.

Cependant, de petites erreurs dans la méthode, des slogans et des formules erronées, peuvent se transformer en problèmes plus sérieux. Comme le disait Lénine, « une seule égratignure peut causer la gangrène ». Nous devons nous servir des polémiques pour élever la compréhension et le niveau politique de tous, afin de construire l’Internationale sur des bases solides.

Des décennies de croissance économique dans les pays capitalistes avancés ont mené à une dégénérescence sans précédent des organisations de masse de la classe ouvrière. Le courant révolutionnaire s’en est trouvé isolé, réduit partout à une petite minorité. Par nécessité, nous avons appris à nager à contre-courant. Dans la récente période, même certains de nos camarades ont été affectés par les idées révisionnistes et les humeurs sceptiques, d’un côté, et par l’impatience sectaire de l’autre.

Cependant, cette clarification de nos idées, de nos méthodes et de nos traditions authentiques n’a pas été gagnée facilement ou sans lutte. Loin d’affaiblir la TMI, ce processus de sélection nous a énormément renforcés. La condition préalable aux succès futurs était de rompre radicalement avec les tendances révisionnistes et opportunistes. Comme Lénine l’expliquait, « avant de nous unir, et pour nous unir, nous devons commencer par établir des lignes de démarcation nettes et résolues. »

La TMI est seule, à gauche, à avoir une attitude sérieuse envers la théorie marxiste. L’éducation théorique des cadres est l’une de nos tâches les plus urgentes et fondamentales. C’est sur cette base que nous construirons une tendance marxiste puissante, enracinée dans la classe ouvrière.

Bardonecchia, 27 juillet 2018

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