Le mercredi 24 juin, la France a connu la journée la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des mesures en 1947, avec une température moyenne nationale de 30,02 °C – du jamais vu. C’est 10,68 °C de plus que les normales de la période 1981-2010. La veille, 339 records de chaleur avaient déjà été battus, avec des températures de 44,6 °C à Bordeaux-Paulin, 42,7 °C à Niort ou encore 42,1 °C à Nantes. D’après Infoclimat, « seul le Koweït, l’Iran, et l’Etat d’Arizona, soit 1 % de la planète, était plus chaud que la France. »

Accélération

En l’espace de 4,5 milliards d’années, la Terre a connu plusieurs épisodes de réchauffement climatique dus aux variations naturelles du climat. De nombreuses variables, comme la composition de l’atmosphère, l’activité volcanique ou encore l’orbite terrestre, influent sur le système climatique. Cependant, toutes les données scientifiques montrent que le réchauffement climatique actuel n’a rien de « naturel ».

Au cours des 7000 dernières années, la température mondiale moyenne baissait à un rythme de 0,01 °C par siècle. Mais depuis la révolution industrielle, au XIXsiècle, le réchauffement planétaire a atteint 1,37 °C (en 2025), et s’est nettement accéléré au cours des dernières décennies. Depuis 2000, la concentration de CO2 à l’échelle mondiale augmente 10 fois plus vite que n’importe quelle hausse observée au cours des 800 000 dernières années.

Les effets du réchauffement climatique se font d’ores et déjà sentir. Sur les 10 années les plus chaudes jamais enregistrées en France, 7 ont eu lieu dans la dernière décennie. D’après Météo-France, deux tiers des vagues de chaleur recensées en France, depuis 1947, se sont produites au XXIsiècle. Ces vagues de chaleur arrivent à la fois de plus en plus tôt (dès la mi-juin) et de plus en plus tard (après la mi-août). Avec un réchauffement moyen qui pourrait atteindre +4 °C en 2100 en France, le nombre de jours de vagues de chaleur serait multiplié par 10. L’été, 70 % des jours seraient concernés.

Effets du capitalisme

Rares sont ceux qui défendent encore la thèse selon laquelle le réchauffement climatique serait dû au cycle naturel d’évolution du climat. Désormais, tout le monde – ou presque – s’accorde à reconnaître l’origine humaine du réchauffement climatique.

L’impact des activités humaines sur le système climatique est évident, notamment en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, principale cause du réchauffement climatique actuel. Ces émissions sont dues en grande majorité à la combustion d’énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel), mais aussi à l’élevage et à la déforestation.

Cependant, nous rejetons l’idée selon laquelle nous serions « tous responsables ». Ce ne sont pas les êtres humains en général, par leur activité, qui sont responsables de ce désastre écologique. C’est le système capitaliste.

Le capitalisme est un mode de production basé sur la course aux profits, quel qu’en soit le coût pour les travailleurs et la planète. Comme l’expliquait déjà Marx dans Le Capital, « la production capitaliste ne développe la technique […] qu’en ruinant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur. »

D’après les données (en 2024) de Carbon Majors, qui étudie les émissions liées aux 178 plus grands producteurs mondiaux d’énergie fossile et de ciment, 32 entreprises sont responsables de plus de la moitié des émissions mondiales de CO2. Mais ces industries sont aussi une gigantesque source de profits – à l’image des 6 milliards d’euros de bénéfices engrangés par TotalEnergies au 1er trimestre 2026. C’est pourquoi les capitalistes de tous les pays continuent d’investir massivement dans l’extraction et l’exploitation des énergies fossiles, malgré leur impact délétère.

En 2022, un rapport d’Oxfam France et de Greenpeace France a révélé que « le patrimoine financier de 63 milliardaires français émet autant de gaz à effet de serre que celui de 50 % des ménages français. » Pendant qu’une poignée de parasites engrangent des fortunes colossales à travers des industries polluantes, les masses paient le prix de la crise environnementale.

Course aux profits

La façon dont est organisée la société capitaliste empêche de faire face aux effets déjà tangibles du réchauffement climatique. La grande vague de chaleur de juin dernier en est une illustration éclatante : ce n’est ni la première, ni la dernière vague de chaleur. Pourtant le gouvernement n’avait aucun plan concret pour y répondre, aucune mesure réelle et efficace. Rien n’avait été anticipé.

Par exemple, les infrastructures publiques, dont les hôpitaux et les écoles, sont totalement inadaptées pour faire face aux températures extrêmes [1]. Pourtant, il existe des techniques de construction et de rénovation qui permettent de rendre un bâtiment plus résilient au réchauffement climatique.

Mais cela nécessiterait d’importants investissements pour rénover la quasi-totalité du bâti scolaire. D’après un rapport de l’Alliance écologique et sociale, publié l’année dernière, « 80 % des écoles primaires datent de la période de reconstruction massive des écoles entre 1950 et 1975. Deux tiers des cités scolaires et la moitié des lycées ont été construits avant 1970, 55 % des collèges avant 1980. Selon plusieurs estimations, entre 10 et 20 % des bâtiments présentent un état de dégradation important, et seulement 14 % répondent aux normes “bâtiments basse consommation”. […] Les volets ou protections extérieures sont absents dans 43 % des établissements, alors qu’ils pourraient faire diminuer la chaleur de 3 à 4 degrés dans les classes. »

Problème (pour la classe dirigeante) : cela coûterait très cher. Pourquoi investir des milliards d’euros dans ces infrastructures alors que la santé et le bien-être des écoliers ne rapportent aucun profit à court terme ? Dans un contexte où le gouvernement cherche à faire toujours plus d’économies sur le dos des travailleurs et annonce de vastes plans d’austérité, la mise aux normes du bâti scolaire n’est clairement pas à l’ordre du jour.

Par ailleurs, le capitalisme est incapable de ralentir le réchauffement climatique, car il faudrait alors réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment en développant la production et l’utilisation d’énergies renouvelables. Mais nous faisons à nouveau face au même problème : les capitalistes n’investissent que pour faire des profits. Or, investir dans les énergies renouvelables n’est pas suffisamment rentable du point de vue de la bourgeoisie, précisément du fait du fonctionnement de l’économie capitaliste.

Par exemple, les investissements massifs des entreprises chinoises dans la production de panneaux solaires ont conduit à diviser leur prix par 15 en 10 ans. Ce qui semble une bonne nouvelle pour l’humanité est un cauchemar pour les investisseurs. De plus, la production a fini par se heurter aux limites du marché. Alors que des millions de panneaux supplémentaires pourraient fournir une énergie propre, ils sont stockés dans des hangars en attendant de futurs acheteurs.

Un élément central du problème est la concurrence féroce à laquelle se livrent les classes capitalistes des différents pays, et en particulier des grandes puissances. Au lieu de mutualiser les efforts pour développer des solutions au réchauffement climatique, chaque bourgeoisie cherche à miner les industries de ses concurrentes, notamment à coups de mesures protectionnistes. L’inefficacité des COP, que nous avons souvent commentée [2], est une illustration de la farce que représente la soi-disant « coopération internationale » entre gouvernements bourgeois.

Changer de système, pas de climat

La lutte contre le réchauffement climatique nécessite le plus grand degré possible de coopération internationale et la réorientation de la production. Or deux obstacles fondamentaux empêchent l’humanité de stopper la catastrophe imminente : les Etats-nations et la propriété privée des moyens de production.

Nous devons renverser et exproprier cette classe parasite qui détruit la planète. Nous devons mettre en place un nouveau mode de production, dans lequel l’économie sera planifiée à l’échelle internationale, sous le contrôle démocratique des travailleurs. Notre classe n’a aucun intérêt à détruire la planète sur laquelle nous vivons. Par contre, elle a tout intérêt à utiliser pleinement les technologies qui existent déjà pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. Une fois au pouvoir, elle mettra toute son énergie et toute sa créativité dans le développement de solutions pour contenir les effets du réchauffement climatique – puis, à terme, pour le neutraliser et inverser la tendance.

La situation que nous traversons est alarmante, mais elle n’est pas désespérée. Elle n’est pas une fatalité, mais le résultat de la façon dont fonctionne la société capitaliste. Pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut renverser ce système !


[1] Sans parler des logements : d’après une récente étude, un logement sur deux est une « bouilloire thermique ».

[2] Voir par exemple « COP28 : un remarquable succès… commercial » sur marxiste.org

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