Les principaux syndicats de psychiatres hospitaliers appellent à la grève à partir du 15 septembre. Ils demandent davantage de moyens pour les services et une hausse générale des rémunérations. Ces revendications répondent à une crise profonde de la psychiatrie publique, qui est frappée par l’austérité. Celle-ci a des conséquences dramatiques pour les patients et les soignants. Nous nous sommes entretenus avec Alan, infirmier au Centre psychiatrique d’orientation et d’accueil (CPOA) de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, qui nous a décrit l’impact du manque de moyens sur son service.
« On essaie seulement de faire au moins pire »
Le CPOA est un service d’urgences psychiatriques qui accueille des patients de toute l’Ile-de-France, seuls ou accompagnés de leurs proches, de la police, des pompiers ou du SAMU. Après une première évaluation, les équipes orientent les patients vers une prise en charge médicale avec ou sans hospitalisation.
Mais les lits manquent. Le CPOA ne dispose que de sept chambres, alors qu’une dizaine de patients y passent en moyenne chaque nuit. « Il y en a toujours au minimum trois qui dorment à l’arrache » explique Alan. « On met des matelas par terre dans les bureaux médicaux ou les patients dorment sur les banquettes de la salle d’attente. La nuit, on doit parfois déplacer quelqu’un qui est calme pour libérer une chambre à un patient qui risque de s’agiter. Ça fait bien longtemps qu’on a arrêté de faire bien : on essaie seulement de faire au moins pire. »
Ces patients sont pourtant en pleine détresse psychique, parfois délirants ou suicidaires. Faute de lits, les « consultations prolongées » – qui permettent d’observer un patient pendant une nuit avant de décider de son orientation – sont devenues presque impossibles.
Cette saturation ne tombe pas du ciel. Au fil des années, plusieurs services d’urgences parisiens ont supprimé leurs services de garde psychiatrique à cause de l’austérité. Des patients qui pouvaient auparavant y être pris en charge sont désormais orientés directement vers le CPOA. Dans le même temps, les structures vers lesquelles le CPOA doit ensuite orienter les patients manquent elles aussi de places, ce qui aggrave l’engorgement du service.
La grève paie !
C’est dans ces conditions que les travailleurs du CPOA ont mené une grève victorieuse, du 26 mai au 4 juin dernier. Soutenus par la CGT, ils ont obtenu quatre postes d’infirmiers, la pérennisation de six postes d’aide-soignants, l’ouverture de deux nouveaux postes d’aide-soignants ainsi que du matériel supplémentaire. La direction s’est également engagée à accélérer la réouverture de lits fermés. Mais, comme l’affirme Alan : « ce ne sont que de petits pansements sur une hémorragie. Tu pourrais ajouter dix lits au CPOA, ils seraient remplis tous les soirs. »
Et la situation va encore s’aggraver. Le 10 juillet, la direction du Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris psychiatrie & neurosciences a fermé les six lits du Centre d’accueil et de crise (CAC) Ginette-Amado. Depuis 1981, cette structure accueillait 24 heures sur 24 les personnes en situation de crise psychiatrique. Le centre ne conservera désormais qu’une activité ambulatoire, c’est-à-dire des consultations et des soins sans hospitalisation.
Le CAC permettait d’accueillir pendant quelques jours des personnes en crise et d’éviter leur passage aux urgences. « Sans possibilité d’accueillir les gens la nuit, ça casse le principe du CAC. Cela fera encore plus de patients qui viendront chez nous », explique Alan. Le 23 juin, près de 200 personnes se sont rassemblées contre cette fermeture.
La grève du CPOA et la mobilisation contre la fermeture du CAC sont deux expressions de la colère qui monte dans la psychiatrie publique. La grève de septembre peut permettre de franchir une nouvelle étape. Les syndicats de psychiatres réclament notamment davantage de capacités d’hospitalisation et de moyens pour l’accueil dans les Centres médico-psychologiques (CMP), des mesures qui permettraient de désengorger les services comme le CPOA.
Mais cette mobilisation ne doit pas se limiter aux psychiatres et à leurs seules revendications. Pour mettre un coup d’arrêt aux fermetures de lits et à l’austérité, il faut étendre la lutte aux infirmiers, aux aide-soignants, aux assistants sociaux et à l’ensemble des travailleurs de la psychiatrie. Il faut porter des revendications communes pour tous les personnels : des postes, des lits, de bons salaires et des moyens à hauteur des besoins. La grève du CPOA a montré que la lutte permet d’arracher des avancées. Pour obtenir plus de moyens pour la psychiatrie publique, il faut construire une grève unitaire, massive et reconductible.

