Au seuil de la campagne pour l’élection présidentielle, on assiste à une intensification des « polémiques » archi-réactionnaires dans les grands médias bourgeois.
Le RN s’est fait remarquer – à défaut de surprendre – en insistant sur un point de son programme : l’interdiction du port du voile dans l’espace public.
Le 30 août, sur BFMTV, le député RN Jean-Philippe Tanguy proposait de sanctionner d’une amende le port du voile comme « on sanctionne les gens qui ne portent pas de ceinture dans leur voiture ». Le 16 septembre, Marine Le Pen précisait que l’interdiction serait mise en œuvre « progressivement ». Si elle remporte les élections, elle commencerait par un décret visant à interdire le voile dans « les universités, les sorties scolaires, les fédérations sportives [et] les bâtiments publics ».
Le RN présente cette mesure islamophobe comme un combat contre « l’idéologie islamiste ». Le Pen a même affirmé vouloir « libérer » les femmes qui portent le voile. D’après cette logique, une femme qui porterait le voile sous la pression de sa son entourage serait donc « libérée »… en recevant une amende de l’Etat ! Soit dit en passant, toutes les enquêtes ont souligné que l’écrasante majorité des femmes qui portent le voile le font par conviction personnelle, quelles que soient les pressions qui peuvent exister par ailleurs.
30 ans d’islamophobie
Le RN n’est pas seul dans sa croisade contre les musulmans : les gouvernements successifs, depuis plus de 30 ans, ont eu systématiquement recours à la propagande et la législation islamophobes. Attisées par la bourgeoisie, son Etat et ses médias, les « polémiques » visent à diviser les travailleurs et à détourner leur attention de leur véritable adversaire : la petite poignée de grands capitalistes qui s’enrichissent sur le dos de tous les salariés.
L’offensive contre le voile remonte à « l’affaire des foulards de Creil », en 1989, lors de l’exclusion de trois collégiennes portant le foulard. Depuis, les musulmans n’ont plus cessé d’être présentés comme une menace par le discours politique et médiatique dominant. Quant au voile, il est devenu l’un des terrains privilégiés de cette offensive.
En 2004, une loi a interdit – dans les écoles, collèges et lycées publics – les signes ou tenues par lesquels les élèves « manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ». Dans les faits, cette loi hypocrite et liberticide visait les jeunes filles musulmanes portant le voile. Puis, en 2011, l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public a de facto interdit le port du voile intégral, notamment du niqab et de la burqa.
Aux côtés de l’extrême droite, la droite prétendument « modérée » et le Parti prétendument « socialiste » ont donc régulièrement contribué à cette offensive. En 2016, par exemple, le « socialiste » Manuel Valls, alors Premier ministre, soutenait les maires ayant interdit le burkini sur certaines plages. Il expliquait que cette tenue n’était pas compatible avec… « les valeurs de la République » !
En 2020, les ministres macronistes Gérald Darmanin et Marlène Schiappa ont accusé des organisations de « séparatisme ». Le gouvernement de l’époque est allé jusqu’à dissoudre le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Cette manœuvre a débouché en 2021 sur l’adoption de la loi dite « séparatisme », qui a renforcé les pouvoirs de l’Etat en matière de contrôle et de dissolution des associations, au nom de la lutte contre « l’islam politique ».
En 2023, Gabriel Attal, alors ministre de l’Education, a interdit le port des abayas et des qamis dans les établissements scolaires. En 2025, François Bayrou a proposé d’interdire les « signes religieux » dans les compétitions sportives. Et ainsi de suite…
Pour l’unité de la classe ouvrière !
La gauche et le mouvement ouvrier ne doivent faire aucune concession à l’offensive permanente de la bourgeoisie contre les musulmans. Il faut lutter résolument contre l’interdiction de porter le voile au lycée ou ailleurs. Cette interdiction est de facto une atteinte flagrante à la laïcité : dans ce domaine, l’Etat ne doit ni obliger, ni interdire.
Notre boussole, c’est l’unité de tous les travailleurs – quelle que soit leur religion – dans la lutte contre la classe dirigeante et son système. Comme l’écrivait Lénine en 1905 : « L’unité de [la lutte] révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur terre nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel ».
