Cet été, les sapeurs-pompiers ont fait face à un nombre inédit d’incendies. Sans moyens adéquats, ils ont été exposés à tous les dangers. Nous avons interviewé Abdellah Chaouch, sapeur-pompier professionnel et secrétaire général de la CGT SDIS de Seine-et-Marne (77). Il est notamment intervenu sur l’incendie de Fontainebleau.

 Depuis les incendies de 2022, le gouvernement prétend avoir donné aux pompiers les moyens nécessaires. Est-ce vrai ? Quels sont les effectifs ?

C’est faux. Depuis 2022, c’est le statu quo : les sapeurs-pompiers professionnels sont 44 000, auxquels il faut ajouter 10 000 sapeurs-pompiers militaires, présents principalement en région parisienne et à Marseille. Sur le papier, on compte 250 000 sapeurs-pompiers répartis dans 6500 centres de secours, mais les trois quarts des effectifs sont des pompiers volontaires. Ils ont les mêmes devoirs que les pompiers professionnels, mais pas les mêmes droits. Leur statut est très précaire puisqu’ils n’ont pas de salaire : ils disposent seulement d’une indemnité d’intervention. Aussi, ils n’ont pas le droit de se syndiquer en tant que pompiers. L’Etat s’appuie largement sur le volontariat pour disposer d’une main-d’œuvre quasiment gratuite.

Quelles sont les conséquences du recours massif aux pompiers volontaires ?

Comme les volontaires sont précaires, leurs effectifs sont instables. Certains viennent quelques jours ou quelques semaines, puis cessent leur activité. Cela pose des problèmes évidents pour l’organisation quotidienne de la caserne : on peut se retrouver sans personne pour conduire une ambulance ou un véhicule-échelle parce qu’un volontaire prévu au planning n’est pas venu.

Les pompiers volontaires sont les premières victimes de cette précarité. La majorité des accidents les concernent. Par ailleurs, comme nous sommes en sous-effectif, la direction demande aux sapeurs-pompiers professionnels d’intervenir au-delà de leur temps de travail… avec le statut de volontaire !

C’est frappant de comparer avec le fonctionnement de la police. Jamais l’Etat ne laisserait la sécurité de l’Elysée à des policiers volontaires. Ils ne jouent pas avec ça, car ils ont besoin de leur police pour protéger leurs intérêts. Nous, les pompiers, nous protégeons la population – et c’est pour cela qu’ils ne mettent pas les moyens.

Face à l’explosion du nombre d’incendies, de quoi les pompiers ont-ils besoin ?

Lorsqu’un incendie se déclare, il faut intervenir très rapidement, disposer de moyens humains et matériels suffisants et d’une alimentation continue en eau. Une fois que le feu se développe, il faut des moyens considérables !

Sans relais suffisant sur le front de flamme, le temps que le camion aille chercher de l’eau, le feu a déjà repris sur le terrain traité. C’est ce qu’on a constaté à Fontainebleau : on arrosait une zone, puis, lorsqu’on revenait, le feu était reparti ! Avec la chaleur – les caméras thermiques mesuraient 350 à 400 °C au sol –, l’eau ne suffit pas à empêcher le feu de reprendre.

Face à un mégafeu, la chaleur est si forte que les pompiers au sol ne peuvent pas atteindre le front de flamme. C’est là que les Canadairs sont essentiels : ils permettent de réduire l’intensité de l’incendie et de favoriser notre intervention au sol. Mais le sous-effectif nous oblige à prendre des risques inconsidérés. Quand la hiérarchie envoie un seul camion avec deux hommes sur le front de flamme, c’est les exposer à des accidents mortels. Cet été, quatre collègues ont perdu la vie.

Face au manque de moyens, quelle a été la réponse du gouvernement ?

L’Etat fait surtout appel à des renforts d’autres régions, mais cela pose d’autres problèmes. Par exemple, des pompiers de Seine-et-Marne sont partis en renfort dans le Sud-Ouest. Ils ont fait environ 11 heures de route, sont arrivés vers 23 heures et ont été engagés immédiatement, sans avoir le temps de se reposer.

Un collègue à moi, sapeur-pompier professionnel envoyé sous statut de volontaire, a alors été victime d’un grave accident : une bouteille de gaz a explosé sur son pied, provoquant une fracture ouverte de la malléole. A l’heure où je te parle, il est encore hospitalisé et la question d’une amputation se pose.

Les 27, 28 et 29 septembre, tous les syndicats de la profession appellent à la grève. C’est un bon point de départ. Il faut lutter avec des revendications claires : nous avons besoin de matériel, mais aussi d’effectifs suffisants et de temps de repos raisonnables. Selon la CGT, il faudrait a minima entre 16 000 et 20 000 pompiers professionnels supplémentaires : non seulement pour faire face aux incendies, mais aussi pour accomplir correctement nos missions du quotidien.

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