Chaque année, en France, des rapports officiels livrent des statistiques sur la santé mentale des jeunes. Dans celui que « Santé publique France » a publié en juin dernier, on apprend que « 20 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois », et que seuls 63 % d’entre eux « déclarent un bon niveau de bien-être mental ». Ainsi, plus d’un tiers éprouve un mal-être plus ou moins sévère. Chiffres glaçants : 15 % des lycéens déclarent avoir fait une tentative de suicide au cours de leur vie, et 3,1 % ont déjà été hospitalisés suite à un tel acte.
Sans surprise, le constat est analogue chez les collégiens, les étudiants et les jeunes travailleurs. En fait, la nette dégradation de la santé mentale de la jeunesse, ces dix dernières années, s’inscrit dans une régression générale : elle touche tous les âges.
Pour en comprendre les causes fondamentales, nul besoin d’avoir fait des études de psychologie et de psychopathologie. Il est évident que la crise du capitalisme – dans toutes ses expressions – pèse lourdement sur la vie psychique de la masse de la population. Précarité, exploitation, privations, oppressions, logements insalubres, angoisse face à l’avenir, etc. : les sources du mal-être – mais aussi de la révolte, tôt ou tard – sont très nombreuses.
Cercle vicieux
Conformément à leur méthode habituelle, Macron et sa clique se déclarent très « préoccupés » par ce fléau ; ils prennent toutes sortes d’« engagements » solennels pour s’y attaquer ; puis, l’instant d’après, ils retournent à leurs moutons, c’est-à-dire à leurs politiques d’austérité – qui aggravent sans cesse le problème qu’ils prétendent combattre.
D’une part, les politiques des gouvernements successifs ont beaucoup accentué les diverses pressions économiques et sociales qui s’exercent sur des millions de jeunes. D’autre part, ces mêmes politiques ont nettement affaibli les institutions publiques du soin psychique, de sorte qu’à la détérioration de la santé mentale des jeunes s’ajoute une dégradation constante de la réponse sociale aux souffrances psychiques. Or, plus se dégrade la prise en charge de ces souffrances, plus s’accumulent et s’aggravent les situations de crise psychique – et plus celles-ci, en retour, pèsent sur un système de soins déjà submergé. C’est un véritable cercle vicieux.
Délais absurdes
Prenons un exemple concret tiré d’une récente étude de la Drees. En 2022, « les enfants et adolescents attendaient en moyenne six mois avant la première consultation en Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP), puis cinq mois entre celle-ci et la suivante, qui marque le début de la prise en charge proprement dite par le CMPP. Le délai d’attente avant la première consultation en CMPP était en hausse de trois mois et demi par rapport à 2010 ». Cette situation ne s’est pas améliorée, depuis, et elle est à peine meilleure dans les Centres médicaux psychologiques (CMP) : plusieurs semaines à plusieurs mois d’attente, selon les villes, pour la première consultation – après laquelle commence une nouvelle attente avant « le début de la prise en charge proprement dite ». Lorsqu’on sait l’importance d’une réponse rapide aux demandes de soins psychiques, ces délais sont absurdes et scandaleux.
On pourrait multiplier les exemples. Le secteur public de la santé mentale est complètement débordé, ce qui pèse évidemment sur les conditions de travail – et le moral ! – du personnel soignant.
Le rôle du mouvement ouvrier
La gauche et l’ensemble du mouvement ouvrier doivent soutenir activement les revendications des organisations syndicales de ce secteur, qui réclament beaucoup plus de moyens humains et matériels (soit l’exact contraire des politiques menées). A défaut, le nombre de personnes confrontées à des états de détresse psychique et ne bénéficiant d’aucune prise en charge continuera d’augmenter. Quant à celles qui seront prises en charge, elles seront traitées de façon toujours moins humaine, faute de personnels suffisants – et donc de temps suffisant – pour construire avec elles une relation thérapeutique digne de ce nom.
Tout en luttant pour des services publics de qualité, il faut souligner l’évidence : il n’y aura pas de solution à la crise de la santé mentale dans un système fondé sur l’exploitation, les oppressions et la course aux profits. La lutte pour une meilleure santé mentale de la population est indissociable du combat pour la transformation socialiste de la société. Elle seule permettra d’en finir avec la prolifération des souffrances psychiques, ce symptôme social d’un système pourrissant.
