Depuis des décennies, la bourgeoisie mène une campagne raciste et islamophobe permanente. Dans les grands médias, ses politiciens et éditorialistes saisissent la moindre occasion pour déverser leurs insultes – plus ou moins explicites – contre les immigrés et les musulmans.
Les célébrations de la victoire du PSG en Ligue des champions, les baignades dans le canal Saint-Martin lors de la canicule du mois de mai ou encore l’élection de Bally Bagayoko (qualifié de « chef de tribu » et de « grand singe » sur CNews) furent autant de prétextes utilisés récemment par les réactionnaires de tous bords pour hurler – de manière toujours plus grotesque – contre les « dangers de l’immigration ». Pour lutter contre cette offensive raciste, il est urgent que la gauche et le mouvement syndical se dotent d’un programme de classe clair et offensif.
Division et diversion
Qu’elle soit menée au nom de « l’identité française », de la « lutte contre l’insécurité » ou de la « laïcité », cette campagne raciste est une politique de division et de diversion. Elle sert à détourner l’attention des véritables responsables de la crise économique, du chômage et de la régression sociale. La bourgeoisie désigne des boucs émissaires parmi les exploités et les rend responsables de tous les maux du capitalisme. Ce faisant, elle sème la division dans les rangs des travailleurs. Le racisme constitue donc l’un des instruments essentiels du maintien de la domination de la bourgeoisie.
L’ampleur des attaques racistes de la classe dirigeante est ainsi proportionnelle à la profondeur de la crise de son système. En France, l’accélération de cette propagande depuis plusieurs années découle de l’aggravation de la crise de régime et de l’intensification de la lutte des classes que connaît le pays depuis une décennie (loi Travail, Gilets jaunes, réforme des retraites…). La bourgeoisie redouble d’efforts pour diviser les exploités et empêcher qu’ils ne prennent conscience de leurs intérêts communs.
Pour autant, la classe capitaliste a besoin des immigrés sur le plan économique. Ils constituent une main-d’œuvre vulnérable, employée dans des secteurs essentiels et utilisée pour exercer une pression à la baisse sur les salaires. La classe dirigeante mène ainsi un double jeu hypocrite : elle surexploite les travailleurs immigrés tout en les accusant des maux qu’elle engendre.
Cette contradiction a été révélée au grand jour en 2023, lorsque le Conseil constitutionnel a annulé plusieurs des mesures les plus restrictives de la loi immigration votée par les députés macronistes, LR et RN. Si les « Sages » ont censuré ces mesures, ce n’est pas par « humanisme », mais parce qu’elles ne correspondaient pas aux intérêts économiques de la bourgeoisie.
Ruffin, la CGT et Mélenchon
La lutte contre le racisme est donc une question centrale pour le mouvement ouvrier et la gauche. Malheureusement, ses dirigeants multiplient les erreurs. Le document d’orientation adopté lors du dernier congrès confédéral de la CGT se limite par exemple à des « formations » ou des « droits d’enquête des CSE sur les discriminations ».
Certains dirigeants de gauche s’appuient sur l’utilisation de l’immigration par la bourgeoisie pour joindre leur voix à sa propagande raciste. C’est le cas de François Ruffin, qui déclarait sur BFM TV, le 1er mai dernier, qu’il « refuse le plan d’importation massive de main-d’œuvre étrangère […] que programme par exemple le Medef ». Trois jours plus tôt, il affirmait sur France 2 être « opposé à l’immigration de travail ». Cette position n’a rien de nouveau. Dans les années 1970 et 1980, le PCF réclamait déjà la fin de l’immigration au prétexte qu’elle servait à diviser la classe ouvrière et à aggraver son exploitation.
Contrairement aux postures hypocrites et hésitantes de Ruffin, Jean-Luc Mélenchon s’oppose clairement et explicitement au racisme et à l’islamophobie. Mais il le fait sur le terrain des idées, en mobilisant des concepts très abstraits comme la « créolisation » ou la « Nouvelle France ». Tout cela se résume grosso modo à un appel creux et moralisateur au « vivre ensemble », dans le cadre du capitalisme et de sa misère.
Par ailleurs, sur la question de l’immigration, Jean-Luc Mélenchon n’est favorable ni à la liberté de circulation et d’installation, ni à la régularisation de tous les sans-papiers. Le 24 juin, lors d’une conférence de presse, il a affirmé la nécessité de conserver les « frontières » et de régulariser seulement « les gens qui ont un emploi », car « par ce biais-là, on est certain d’avoir un nombre considérable de nouveaux cotisants à la sécurité sociale ». Si cette position semble moins réactionnaire que celle de Ruffin, elle est elle aussi problématique, car elle établit une distinction entre des sans-papiers qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. Quid des chômeurs, des ultra-précaires sans emploi fixe, de ceux qui sont trop jeunes ou trop malades pour travailler ? En distinguant entre les « bons » sans-papiers et les « mauvais », Mélenchon contribue en réalité lui aussi à diviser la classe ouvrière.
Quel programme ?
Le mouvement ouvrier organisé ne doit pas céder le moindre pouce aux manœuvres ourdies par la bourgeoisie pour diviser et affaiblir la classe ouvrière. Il doit adopter un programme de classe, qui vise à unir tous les travailleurs et les opprimés, immigrés ou non, dans la lutte pour de meilleures conditions de vie et de travail. Il doit lutter pour la régularisation de tous les sans-papiers ainsi que pour la liberté totale de circulation et d’installation.
Il faut dénoncer tous ceux qui, à gauche, participent d’une manière ou d’une autre à la campagne raciste de la bourgeoisie, et faire du refus de tout contrôle migratoire une question de principe : l’Etat bourgeois ne doit pas avoir le pouvoir de décider où un travailleur a le droit de vivre, de circuler ou de travailler. Les grandes confédérations syndicales doivent mener une vaste campagne de syndicalisation des travailleurs sans papiers, ce qui renforcerait considérablement les rangs du mouvement ouvrier organisé.
Si la classe dirigeante parvient à dresser une partie des exploités contre une autre en les accusant d’être responsables de la pénurie d’emplois, de logements ou de services publics, c’est parce que ces pénuries existent réellement. La lutte contre le racisme est donc aussi une lutte pour l’emploi, le logement, l’accès à la santé et à l’éducation pour tous. Cela signifie unir travailleurs français et immigrés dans un combat commun contre leur véritable ennemi : la bourgeoisie. C’est elle qui ferme les usines et détruit les emplois, spécule sur les logements inoccupés et démantèle les services publics. Dans cette lutte, les préjugés racistes qui traversent une partie de la classe ouvrière commenceront à s’effacer, lorsque les travailleurs constateront en pratique qu’ils ont les mêmes intérêts fondamentaux – et le même ennemi.

