Des millions de personnes suivent la Coupe du monde 2026, qui se déroule au Canada, au Mexique et aux Etats-Unis : il s’agit de l’événement sportif international le plus regardé dans le monde, juste après les Jeux olympiques.

« Neutralité » du sport ?

De tout temps, les pays organisateurs et vainqueurs de la compétition l’ont utilisée pour flatter le chauvinisme et redorer la popularité de leurs dirigeants – à l’image de ce qu’a fait Jacques Chirac, lors de la victoire des Bleus en 1998. La classe dirigeante aime prétendre que les événements sportifs internationaux échappent aux enjeux politiques et « rassemblent » au-delà des antagonismes de classes. La réalité est bien différente, et l’a toujours été.

En 1973, deux matchs de sélection pour le Mondial de l’année suivante devaient opposer l’URSS au Chili, où Pinochet venait d’instaurer une dictature sanglante. La fédération soviétique refusa que le match retour soit joué dans le stade de Santiago, qui avait été provisoirement transformé en camp de concentration par la junte militaire. Les dirigeants de la FIFA refusèrent en prétendant qu’au Chili, « le cours de la vie est normal » et « les gens ont l’air heureux ». L’équipe soviétique refusant d’aller jouer là où des ouvriers, des communistes et des socialistes étaient torturés et assassinés quelques semaines auparavant, la FIFA autorisa l’équipe chilienne à jouer sans adversaire et offrit au régime de Pinochet sa qualification pour le Mondial et un succès de propagande.

La soi-disant « neutralité » du sport est à géométrie variable. En 2022, à la suite de la guerre en Ukraine, la Russie a été exclue de toutes les compétitions de la FIFA. Pourtant, malgré le génocide des Gazaouis, l’invasion du Liban et l’oppression des Palestiniens, aucune sanction n’a visé Israël. De même, ni l’enlèvement du président vénézuélien Maduro, ni l’agression contre l’Iran n’ont provoqué de sanctions contre les Etats-Unis, organisateurs de la Coupe du monde. Gianni Infantino, président de la FIFA, n’a même pas retiré à Donald Trump le « prix FIFA de la paix » qu’il lui avait décerné en décembre 2025 !

Encouragés par cette passivité de la FIFA, les Etats-Unis ont imposé des mesures discriminatoires contre des arbitres, des joueurs et des supporters africains ou caribéens – certains ont même été interdits d’entrée aux Etats-Unis – ainsi que contre l’équipe nationale d’Iran. Si elle est restée passive face à ces provocations racistes, la FIFA a contraint l’équipe nationale d’Haïti à modifier son maillot, pour en retirer une représentation de la bataille de Vertières, symbole de la lutte contre l’esclavage et pour l’indépendance d’Haïti !

Une institution de plus en plus décrédibilisée

La FIFA est une gigantesque machine à fric, dont les revenus pour 2026 ont été évalués à 8,9 milliards de dollars. Le principal critère qui a conduit à attribuer aux Etats-Unis l’organisation de la coupe du monde 2026 tient au fait qu’ils sont le plus grand marché publicitaire du monde. Cela va permettre à la FIFA de réaliser des recettes records à travers la vente de segments publicitaires.

Dans ce but, la compétition a même été modifiée : des « pauses fraîcheur » ont été ajoutées au milieu de chaque mi-temps, pour pouvoir diffuser davantage de publicités, et la compétition est passée de 32 équipes à 48, soit 40 matchs en plus et recettes supplémentaires en sponsoring, en droits télévisuels et en billets. Et les prix des billets eux-mêmes ont augmenté : pour une demi-finale, il faut compter entre 2000 et 3000 euros la place.

Même si les audiences n’ont jamais été aussi importantes, un changement flagrant s’est opéré dans la façon dont de larges couches de travailleurs et de jeunes voient la FIFA et le Mondial. En 2014, des manifestations de masse avaient eu lieu au Brésil contre la Coupe du monde, organisée à grands frais alors que le pays multipliait les politiques d’austérité. Des appels au boycott du Mondial avaient été lancés en 2022, alors que de nombreux ouvriers étaient morts dans les chantiers pharaoniques des stades qataris. Cette édition a à nouveau été la cible d’appels au boycott en réaction à la politique de Donald Trump, qui ont trouvé un écho jusque dans les parlements français et britannique.

Les critiques croissantes contre cette « grand-messe » du sport-business sont le fruit de sa flagrante hypocrisie, de sa rapacité et de ses scandales de corruption. Mais elles sont aussi le signe de la profonde radicalisation politique qui est à l’œuvre à l’échelle mondiale et n’épargne aucune institution de la classe dirigeante.

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